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Bénin : Derrière 34 remplacements au CES, une recomposition politique à peine voilée

Gouvernance, La Marina BJLe Conseil des ministres du 1er juillet 2026 a validé la nouvelle composition du Conseil économique et social. Sur les 117 membres de l’institution, 34 changent de titulaire par rapport à la liste installée sous Patrice Talon en février 2025. Derrière ce renouvellement de 29 %, une réalité politique implacable se dessine : le parti Les Démocrates, laminé lors des législatives de 2026, paie l’essentiel de la facture, tandis que ses anciens cadres ralliés à la nouvelle mouvance présidentielle sauvent ou consolident leur strapontin.

Installée en février 2025 sous la présidence de l’ex Chef de l’État Patrice Talon, la 7ᵉ mandature du CES obéissait à la loi organique du 17 juillet 2024, qui fixait exceptionnellement la fin du mandat quatre-vingt-dix jours après la présidentielle de 2026. Cette loi structure les 117 sièges entre délégués départementaux (corps de métiers, choix parlementaires selon la configuration politique, quotas présidentiels) et représentants nationaux (société civile, arts, institutions consulaires). Un an et demi plus tard, l’avènement du président Romuald Wadagni, élu le 12 avril 2026, déclenche un renouvellement institutionnel d’envergure. Le Conseil des ministres a ainsi validé une nouvelle liste actant la reconduction de 83 conseillers et le remplacement de 34 autres.

La lecture détaillée du décret révèle une géographie précise du mouvement au sein de l’institution. Les collèges agricole et artisanal des douze départements restent totalement inchangés puisque leurs 24 titulaires sont intégralement maintenus dans leurs fonctions. Par ailleurs, les sièges présidentiels, qu’ils soient départementaux ou nationaux, n’évoluent qu’à la marge sans bouleverser l’équilibre initial. C’est en réalité du côté du collège parlementaire que se concentre l’essentiel du séisme institutionnel. Les chiffres indiquent que 23 des 34 remplacements, soit plus des deux tiers des mouvements enregistrés, concernent exclusivement des personnalités désignés par les députés. Cette forte concentration n’est pas un fait du hasard, mais la conséquence mécanique directe de la refonte intégrale de l’Assemblée nationale lors des dernières élections législatives.

Un remaniement concentré sur un seul collège

En septembre 2024, lors de la première désignation par les députés de la 9ᵉ législature, le paysage parlementaire reposait sur un triptyque bien défini. L’Union progressiste le Renouveau disposait de 25 sièges au CES, le Bloc Républicain comptait 13 sièges, et le parti Les Démocrates, alors principale force d’opposition, était également crédité de 13 sièges. Depuis cette période, l’échiquier politique béninois a été profondément bouleversé par les événements. Fragilisé par des crises internes successives, un conflit de leadership persistant entre l’ancien président Boni Yayi et plusieurs cadres historiques, ainsi qu’une absence de parrainages valides pour la présidentielle d’avril 2026, le parti Les Démocrates a essuyé une sanction sans appel lors des scrutins couplés du 11 janvier 2026.

L’opposition n’a obtenu aucun siège et a perdu la totalité de ses 28 députés sortants. Privé de tout groupe parlementaire au sein de la nouvelle Assemblée, le parti a logiquement perdu son quota de représentation au sein du Conseil économique et social. Le constat des chiffres est implacable puisque sur les 13 personnalités qu’ils avaient désignées en 2024, 11 sont purement et simplement évincées, ce qui représente un taux de remplacement massif de 85 %. À titre de comparaison, le taux de renouvellement s’avère beaucoup plus faible pour les autres formations, n’atteignant que 28 % pour l’Union progressiste le Renouveau avec 7 sièges modifiés sur 25, et 38 % pour le Bloc Républicain avec 5 sièges renouvelés sur 13. Parmi les figures notables de l’opposition qui quittent l’institution, on retrouve l’ex-désigné national Alassane Tigri, remplacé par Pascal Essou, ainsi que les représentants départementaux René Bagoudou Orou Igari pour l’Alibori, Abiba Dafia pour l’Atacora, Christophe Monsia pour les Collines, ou encore Eugène Azatassou pour le département du Zou.

Deux anciens désignés du parti d’opposition Les Démocrates ont pourtant réussi à conserver leur fauteuil au sein de la nouvelle configuration, à savoir Yves Patrick Djivoh dans le Littoral et Félix Alowanou dans le Mono. Loin d’infirmer la logique politique globale du remaniement, ces deux cas spécifiques viennent plutôt la valider. Ancien parlementaire et ex-cadre de sa formation, Yves Patrick Djivoh fait partie de la vague de démissionnaires ayant quitté le parti Les Démocrates à la fin de l’année 2025, avant d’afficher publiquement son soutien à la candidature de Romuald Wadagni. Le cas de Guy Dossou Mitokpè est encore plus symptomatique de cette dynamique de reconfiguration. L’ancien secrétaire national à la communication des Démocrates, ayant claqué la porte du parti en mars 2026 pour rallier l’actuel chef de l’État, fait une entrée remarquée au Conseil économique et social au titre du département de l’Atlantique, évinçant au passage Paulin Dossa qui était resté fidèle à la ligne de l’opposition. Le message politique est transparent car au-delà de l’étiquette partisane d’origine, c’est la loyauté effective envers la nouvelle majorité présidentielle au moment de la désignation qui a dicté le maintien ou l’éviction des conseillers.

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La bataille pour la présidence du CES

Au-delà des trajectoires individuelles, cette nouvelle mouture matérialise le nouveau rapport de force national issu des urnes. Elle acte la disparition de l’opposition de l’échiquier institutionnel tout en démontrant la capacité de la nouvelle majorité à absorber les cadres dissidents. Le Conseil économique et social entame ainsi sa nouvelle mandature avec une stabilité technique dans ses collèges professionnels couplée à une recomposition politique radicale. Dès lors, toutes les attentions se tournent vers la question cruciale de la présidence de l’institution. La loi organique réserve strictement ce poste aux seules personnalités désignées au niveau national. Conrad Gbaguidi, président sortant du CES, est bien reconduit au sein de l’institution, mais il glisse du contingent présidentiel vers le contingent parlementaire. Ce repositionnement stratégique lui permet de rester éligible à sa propre succession pour la direction du bureau.

Toutefois, son ancien fauteuil de désigné présidentiel national échoit désormais à un poids lourd de la république, en la personne d’Abdoulaye Bio Tchané, ministre d’État et premier responsable du parti Bloc Républicain. Selon les indiscrétions, le leader du Bloc Républicain figure comme le favori naturel pour prendre la tête de l’institution lors de l’élection du nouveau bureau. Si cette option se confirme dans les jours à venir, le Conseil économique et social deviendra le nouveau laboratoire d’observation des équilibres internes de la coalition au pouvoir, marquant une étape clé entre la vieille garde et la nouvelle configuration de la mouvance présidentielle.

À cette intense recomposition politique s’ajoute une profonde réforme structurelle de l’appareil institutionnel béninois qui redessine l’avenir de la médiation nationale. D’après la loi récemment modifiée par le Parlement le mercredi 24 juin 2026 (Lire LMBJ du 24/06/2026), l’Assemblée nationale a officiellement décidé de confier les attributions et fonctions de Médiateur de la République au premier vice-président du Conseil économique et social. Cette réorganisation majeure consacre l’absorption des compétences de l’organe de médiation par le bureau de l’institution consultative. Selon les toutes dernières indiscrétions issues des couloirs du pouvoir, le choix du profil idéal pour occuper ce poste stratégique fusionné suscite déjà d’intenses tractations en coulisses. La compétition finale devrait ainsi se jouer entre trois grandes figures institutionnelles, à savoir Conrad Gbaguidi, le président de la mandature finissante du Conseil économique et social, Razack Amouda Issifou, qui occupait jusqu’ici le poste de premier vice-président de cette même mandature finissante, et enfin Pascal Essou, le médiateur de la République sortant fraîchement intégré à l’institution.

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