Infrastructures, La Marina BJ — À Banikoara, l’urgence scolaire doit composer avec plusieurs réalités dont celle de la bureaucratie. Engagé en juin 2024 par l’ancien conseil communal, le projet de construction et de réhabilitation de modules de classes et de latrines dans plusieurs écoles de la commune est aujourd’hui dans une impasse totale. Entre promesses de financements non tenues et réévaluation drastique des ambitions à la baisse, en savoir plus d’un projet vital pour la communauté qui n’a toujours pas vu le jour.
Face au déficit criard d’infrastructures d’accueil, la mairie de Banikoara initiait le 13 juin 2024 un appel d’offres d’envergure. Au menu, la construction et la réhabilitation de deux modules de trois salles de classe avec bureaux et magasins pour les écoles maternelles et primaires d’Aviation et de Yadikparou, complétées par la réalisation de trois blocs de latrines destinés à plusieurs établissements de la commune.
L’engouement du secteur privé local ne s’est pas fait attendre. À l’issue des procédures d’ouverture et d’évaluation des offres, trois entreprises se distinguaient en décembre 2024 comme attributaires provisoires des trois lots du marché : les Établissements DEROPH SERVICES pour le lot 1 (55 372 918 FCFA), BERHEC-SERVICES pour le lot 2 (51 235 604 FCFA) et SEUSO Sarl pour le lot 3 (9 085 268 FCFA). Au total, une enveloppe globale de 106 608 522 FCFA TTC était sur le point d’être engagée pour transformer le quotidien des élèves. Les lettres de notification sont signées, les marchés paraphés par la Personne Responsable des Marchés Publics (PRMP). Le chantier semblait sur de bons rails mais le déblocage du financement fait défaut.
L’ambition divisée par deux
Pour financer ce vaste chantier estimé initialement à 115 millions de francs CFA, la municipalité comptait sur les ressources transférées des lignes du Fonds d’Appui au Développement des Communes (FADeC) issues du Ministère des Enseignements Maternels et Primaires (MEMP) et du Ministère du Cadre de Vie. Malgré les annonces de crédits, aucun Bordereau de Transmission des Ressources (BTR) n’est jamais parvenu sur la table de la commune. Bloqué par cette absence de garanties financières, le Directeur des Affaires Administratives et Financières de la mairie s’est retrouvé dans l’incapacité légale de délivrer la fiche d’engagement et de réservation de crédits. Sans ce visa budgétaire obligatoire, impossible d’honorer la signature des contrats sans violer les règles élémentaires de la sincérité publique.
Face à l’asphyxie financière et à l’impossibilité de reconduire l’intégralité du projet initial sur le budget 2025, le Conseil communal de Banikoara de l’époque, a tenté de sauver les meubles en 2026. Une reformulation substantielle des besoins a été opérée en urgence pour s’adapter à la nouvelle donne locale. Le projet initial, qui prévoyait de solides modèles de bâtiments extensibles en R+1, a été purement et simplement sacrifié au profit d’un modèle beaucoup moins coûteux à « toiture légère ». Les spécifications techniques ont été intégralement modifiées, faisant chuter le coût estimatif global de 115 millions à seulement 60 millions de francs CFA.
Pour financer cette version low-cost, la commune a dû abandonner le FADeC affecté ministériel pour se tourner vers ses fonds propres et son FADeC non affecté. Un constat d’échec technique évident : les entreprises avaient soumissionné pour des infrastructures modernes qui ne correspondent plus du tout aux capacités financières réelles ni aux plans actuels de la mairie.
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Le dossier renvoyé devant l’organe de contrôle
C’est pour sortir de ce tunnel administratif et acter l’abandon définitif de la procédure initiale de 2024 que le nouveau conseil communal de Banikoara installé à l’issue des élections du 11 janvier 2026, a fini par saisir l’Autorité de Régulation des Marchés Publics (ARMP) le 26 juin 2026, demandant un avis conforme pour motif d’intérêt général lié à l’indisponibilité des crédits.
La décision de l’instance de régulation, rendue publique par l’Avis n°2026-084 du 10 juillet 2026 et consulté par La Marina BJ, est tombée comme un couperet procédural. Présidé par Séraphin Agbahoungbata, le Conseil de régulation s’est déclaré strictement incompétent pour autoriser cet arrêt de procédure. Le gendarme des marchés publics a rappelé à la commune une règle fondamentale du code des marchés publics béninois : si l’arrêt d’un marché pour « intérêt national » relève de sa compétence, un problème de financement local et propre à une commune ne saurait être assimilé à une cause nationale. L’autorité de régulation a formellement invité la PRMP de Banikoara à se tourner vers la Direction Nationale de Contrôle des Marchés Publics (DNCMP), seule instance légalement habilitée à valider l’annulation de ce type de dossier de plein droit.
Pour la mairie de Banikoara et plus précisément du service dédié aux marchés publics, le marathon administratif continue. Il lui faut désormais convaincre la DNCMP d’acter la mort juridique du projet de 2024 afin de pouvoir espérer, un jour, relancer de nouveaux appels d’offres pour ses écoliers qui espèrent la concrétisation sur le terrain.
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