Numérique, La Marina BJ — Rendu public, le 6 juillet 2026, au terme de six années d’exécution, le rapport d’évaluation de l’Independent Evaluation Group (IEG) de la Banque mondiale dresse le bilan du Projet de Transformation Numérique des Régions Rurales (PITN2R). Au-delà du déploiement d’infrastructures télécoms, le document révèle les avancées mesurables et les limites structurelles du volet dédié à la digitalisation de l’économie agricole et à l’inclusion financière en milieu rural.
Achèvement officiel depuis le 30 juin 2025, le Projet de Transformation Numérique Rurale (PITN2R), financé à l’origine à hauteur de 100 millions de dollars US par l’Association internationale de développement (IDA), vient d’être sanctionné par une note globale « Satisfaisante » de la Banque mondiale. Ce résultat est le fruit d’une restructuration opérée en février 2021, consécutive au prélèvement d’urgence de près de 50 millions de dollars en 2020 pour répondre à la crise de la COVID-19. En renonçant au volet routier initialement prévu, le programme a recentré ses moyens sur un objectif clé : faire du numérique un levier direct d’inclusion financière et de modernisation des chaînes de valeur agricoles béninoises.
Des avancées mesurables
L’évaluation finale confirme l’atteinte de résultats significatifs quant à l’accès aux outils numériques en milieu rural. À la clôture des interventions, 275 235 personnes ont bénéficié d’un accès nouveau à des services financiers numériques, dépassant la cible révisée fixée à 100 000 individus. Sur le terrain des infrastructures logicielles, trois plateformes « agritech » publiques ont été développées et transférées au ministère de l’Agriculture, de l’Élevage et de la Pêche (MAEP) : un outil d’e-conseil agricole, une plateforme de gestion des exploitations et un système de gestion du matériel agricole.
L’adoption de ces technologies a été appuyée par une campagne massive de formation à la littératie numérique et financière ayant touché 234 649 bénéficiaires. Ce volume, sept fois supérieur à la cible révisée de 30 000 personnes, s’explique par l’intégration des modules de formation directement au sein du processus d’enrôlement sur les plateformes agritech. En parallèle, 1 200 commerçants et acteurs des coopératives ruraux ont été équipés de terminaux de paiement électronique afin de stimuler l’usage du mobile money dans les transactions locales.
Sur le plan de la connectivité institutionnelle, le détail des 76 sites publics et agricoles raccordés se décompose selon le rapport ainsi : 34 mairies et 5 préfectures ont reçu une connexion haut débit fixe, des équipements informatiques et des panneaux solaires, tandis que 37 structures décentralisées du ministère de l’Agriculture, de l’Élevage et de la Pêche (MAEP) ont été intégrées au dispositif. Parmi ces dernières, 15 structures ont bénéficié d’un raccordement au haut débit fixe, et 22 centres de recherche et développement agricoles ont été équipés en ordinateurs portables et modems. Ces investissements ont permis de connecter directement 346 577 nouveaux utilisateurs dans les localités rurales nouvellement desservies, un résultat supérieur à la cible révisée de 130 000 bénéficiaires fixée après restructuration.
Du split rating
Pour évaluer ce projet au périmètre fortement remanié, l’IEG a appliqué la méthode de la notation scindée (split rating), pondérant les résultats par le volume des ressources déboursées. La période initiale (2019-2021), marquée par la complexité du design d’origine et des cibles trop ambitieuses, ne représente que 6 % des décaissements (2,15 millions de dollars) et reçoit la mention « Insatisfaisant ». Sur ce segment, l’efficacité de l’objectif lié aux chaînes de valeur et à l’inclusion financière a été jugée « Négligeable ».
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À l’inverse, la seconde séquence (2021-2025), qui concentre 94 % des fonds exécutés — soit 33,44 millions de dollars sur un coût total du projet ramené à 35,5 millions à la clôture, est qualifiée de « Substantielle ». Le recentrage sur des indicateurs d’accès direct et la mesure d’impact imputable aux interventions ont permis d’atteindre la mention « Satisfaisant » pour cette phase pivot, tirant la note globale pondérée vers le haut.
Les défis
Malgré ces indicateurs quantitatifs favorables, le rapport d’évaluation pointe des faiblesses persistantes dans la transformation des usages sur le terrain. L’IEG note un écart net entre la mise à disposition des technologies et leur adhésion réelle par les producteurs. L’utilisation active des services numériques agricoles est restée en deçà des attentes, plafonnant à 34 522 utilisateurs pour une cible de 50 000. Ce déficit est particulièrement prononcé chez les femmes : bien qu’elles aient dépassé la cible d’accès au haut débit mobile, seules 6 126 d’entre elles ont activement adopté les solutions agritech, loin de la cible de 20 000.
Le rapport soulève également des incertitudes quant à la viabilité économique à long terme des équipements déployés. Si le maintien du réseau mobile rural repose sur l’intérêt commercial des opérateurs privés, la pérennité des terminaux de paiement distribués aux commerçants reste posée. Leur durée de vie étant estimée à trois ans, le renouvellement de ce parc matériel reposera à terme sur la capacité d’auto-financement des acteurs locaux, constituant un test majeur pour la durabilité de l’écosystème de paiement numérique en milieu rural béninois.
Au-delà du bilan chiffré, l’évaluation invite à tirer les leçons de cet écart entre accès et usage pour les futures opérations numériques de la région. Elle recommande notamment l’intégration de stratégies véritablement sensibles au genre dès la conception des projets, ainsi que des cadres de suivi capables de mesurer les gains de productivité réels des bénéficiaires plutôt que le seul taux d’adoption des outils. Une orientation qui pourrait peser sur la conception des prochains programmes de digitalisation rurale actuellement à l’étude dans la sous-région ouest-africaine.
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