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Le Bénin parie 3,95 milliards de FCFA pour percer sur le marché mondial du carbone

Climat finance, La Marina BJAlors que le marché mondial du carbone frôle les 1 000 milliards de dollars, l’exécutif béninois accélère discrètement sa préparation. Grâce à une proposition de don complémentaire de 7 millions de dollars accordée par la Banque mondiale via le fonds SCALE, le gouvernement béninois entend poser la « plomberie » technique nécessaire pour faire certifier et vendre ses premiers crédits carbone souverains. Décryptage d’une opération stratégique, entre ambitions de souveraineté et défis d’exécution.

Selon un document technique daté du 13 juillet 2026 et consulté par La Marina BJ, relatif au Projet de Gestion des Forêts Classées 2 (GFM2), la Banque Mondiale s’apprêtait à formaliser l’octroi proposé d’un financement additionnel de 7 millions de dollars (soit environ 3,95 milliards de FCFA), financé par le fonds fiduciaire SCALE (Scaling Climate Action by Lowering Emissions). Cette enveloppe, qui viendrait s’ajouter aux 80,7 millions de dollars engagés par l’Association Internationale de Développement (IDA), devrait porter le budget total du projet à 87,7 millions de dollars et prolonge sa mise en œuvre jusqu’en juillet 2033. Si l’opération n’a fait l’objet d’aucune cérémonie d’apparat, sa portée stratégique est capitale : donner au Bénin les moyens d’entrer de plein pied sur le marché mondial des crédits carbone.

Financer la « plomberie » avant la récolte

Selon le document, ces 3,95 milliards de FCFA ne serviront pas directement à planter de nouveaux arbres ou à distribuer des aides immédiates. L’intégralité du montant sera injectée dans une Composante 5 dédiée à la structuration technique et institutionnelle de la filière. Concrètement, le Bénin financera les prérequis indispensables aux exigences des acheteurs internationaux. Cela passe d’abord par la sélection des méthodologies internationales les plus crédibles, telles que ART-TREES, Verra JNR ou Gold Standard, afin de garantir la valeur marchande des futurs crédits émis. Le pays investira également dans la construction d’une architecture solide pour son système MRV, ce qui implique le renforcement du Système National de Surveillance Forestière (SNSF) et le calcul rigoureux du niveau d’émissions de référence. Par ailleurs, cette enveloppe permettra la rédaction de deux Documents de Conception de Projet (Project Design Documents ou PDD), l’un ciblant le secteur forestier et l’autre le secteur agricole, qui devront être soumis à la validation d’un auditeur tiers indépendant. Enfin, le volet juridique sera clarifié grâce à l’établissement d’un protocole d’imbrication (nesting protocol) et à l’opérationnalisation des règles de l’Article 6 de l’Accord de Paris, écartant ainsi tout risque de double comptage et favorisant l’attraction d’investissements privés.

Ce financement est le prolongement d’une vision méthodique. Dès décembre 2022, le gouvernement créait l’Autorité d’Enregistrement des Projets Carbone (AEPC). Placée sous la double tutelle du Ministère de l’Économie et des Finances (MEF) et du Ministère du Cadre de Vie (MCVT), l’AEPC agit comme le gardien de la souveraineté carbone du pays. Cette gouvernance mixte vise à prémunir le Bénin contre la fragmentation institutionnelle qui a fragilisé d’autres programmes africains. En s’appuyant sur les 16 forêts classées ciblées par le projet GFM2 et sur le secteur agricole, responsable à lui seul de près de 42 % des émissions nationales de gaz à effet de serre, le pays espère générer des réductions d’émissions vérifiables estimées à plus de 12,6 millions de tonnes équivalent CO_2.

Le benchmark régional

Dans ses évaluations, le bailleur justifie cet investissement au regard des leçons tirées sur le continent. En matière de réussite, la Côte d’Ivoire fait figure de modèle dans le bassin du Parc National de Taï, où elle a généré plus de 57 millions de dollars de paiements pour 29,1 millions de tonnes de CO_2 évitées, dont plus de 18,8 millions de dollars ont déjà été reversés aux communautés locales. À l’inverse, le programme de Sangha et Likouala en République du Congo sert d’avertissement. Ce dernier s’est soldé par une évaluation « Hautement Insatisfaisante », plombé par des défaillances de gouvernance, des ruptures de financement et une grande instabilité méthodologique. Le Bénin entend s’inspirer de la rigueur ivoirienne en intégrant d’emblée la Société Financière Internationale (IFC) pour structurer l’engagement du secteur privé et en ciblant des marchés exigeants comme le mécanisme CORSIA de l’aviation civile internationale.

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Le pari comporte toutefois ses zones d’ombre, que l’accord d’exécution ne dissimule pas. D’une part, le risque climatique et végétal reste majeur puisque les jeunes plantations d’Acacia auriculiformis demeurent très sensibles aux feux de brousse durant leurs trois premières années. Le projet doit donc continuer à financer des pare-feux, des tours de contrôle et des équipements de protection pour sécuriser cet actif forestier. D’autre part, il convient de neutraliser le piège des fausses attentes au sein des populations. Le document impose la mise en place d’un protocole de communication communautaire pour éviter que les riverains n’anticipent des retombées financières immédiates, sachant que les gains du carbone ne seront redistribués qu’une fois la certification obtenue et les premiers paiements fondés sur les résultats effectivement encaissés. Sur le plan de la transparence financière, le projet s’appuiera sur la plateforme FundsChain de la Banque mondiale, une technologie blockchain permettant de tracer en temps réel les décaissements de fonds entre l’institution financière et l’unité de gestion du projet.

En optant pour un investissement de 3,95 milliards FCFA dans l’ingénierie technique et juridique de ses forêts, le Bénin refuse d’être un simple spectateur de la finance climat (Lire LMBJ du 10/10/2025). La réussite de ce pari dépendra désormais de la vitesse à laquelle l’AEPC et l’Unité de gestion du projet finaliseront l’Évaluation Environnementale et Sociale Stratégique (EESS) et soumettront leurs premiers dossiers d’audit. C’est à cette condition seulement que la protection des forêts béninoises se transformera en une ressource financière durable, capable d’alimenter les caisses de l’État et le quotidien des communautés rurales.

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