Télécoms, La Marina BJ – Trois jours après le retrait brutal des formules internet illimitées à 5 000 et 10 000 FCFA par les trois opérateurs mobiles du pays, l’Autorité de régulation des communications électroniques et de la poste (ARCEP) est enfin sortie du silence. Si le régulateur conclut à la conformité juridique des nouveaux catalogues commercialisés par MTN, Moov Africa et Celtiis, sa mise au point peine à dissiper toutes les zones d’ombre, laissant subsister un décalage flagrant entre le discours officiel et la réalité du terrain.
Depuis le mardi 4 août 2026, le paysage de la connectivité mobile au Bénin connaît de fortes perturbations. Sans communication préalable de la part des opérateurs, les abonnés ont découvert la disparition soudaine des forfaits mensuels à 5 000 FCFA (donnant accès à plus de 11 Go de données) et à 10 000 FCFA (offrant plus de 23 Go), lesquels permettaient de conserver un accès à Internet à débit réduit (1 Mbps) une fois le volume initial épuisé. Désormais, le ticket d’entrée pour bénéficier de cet avantage de connexion continue s’établit à 15 100 FCFA pour 20 à 25 Go selon les réseaux.
Face au tollé général alimenté sur les réseaux sociaux, le Secrétaire Exécutif de l’ARCEP a publié une note d’explication pour rassurer sur le cadre réglementaire et recadrer les débats.
Une validation juridique en amont
Sur le plan strictement légal, le régulateur remet l’église au milieu du village. Selon les informations rapportées par notre journaliste contributeur Gabin Tovonon, l’ARCEP indique que les nouveaux catalogues actuellement en vigueur ne relèvent pas d’une initiative unilatérale ou sauvage des opérateurs, mais ont fait l’objet d’une validation préalable. Ces grilles s’inscrivent, selon l’Autorité, dans le respect de la décision n° 2026-17 du 17 février 2026 relative aux conditions de fourniture des services de communications électroniques, ainsi que des cahiers des charges respectifs des trois réseaux.
Le communiqué insiste également sur la clarification des concepts. L’ARCEP rappelle ainsi que le terme « illimité » relève d’une appellation commerciale et non d’une réalité technique. Il s’agit en réalité d’offres à volume plafonné assorties d’un mécanisme de fidélisation — la connexion à débit dégradé — que chaque opérateur reste libre d’accorder selon sa propre appréciation commerciale et la dynamique du marché.
L’inconnue de l’offre de 5000 FCFA
Si cette mise au point ferme la porte au débat sur la légalité formelle des nouveaux tarifs, elle appelle une clarification importante pour les usagers. Dans son communiqué, l’ARCEP soutient que les offres à 5 000 FCFA « existent toujours dans les catalogues d’offres de services en vigueur ». De fait, le forfait subsiste bel et bien — mais sans l’avantage de connexion à débit dégradé une fois le volume de données épuisé, cet avantage étant désormais réservé aux paliers à partir de 15 000 FCFA. Autrement dit, ce n’est pas l’offre à 5 000 FCFA qui a disparu, mais sa version « illimitée » : les abonnés qui la souscrivent aujourd’hui perdent, une fois leur enveloppe de données consommée, la possibilité de continuer à naviguer à débit réduit.
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Cette distinction, techniquement fondée, n’a toutefois pas été explicitée par les opérateurs au moment du retrait, ce qui explique en grande partie l’incompréhension des abonnés, nombre d’entre eux ayant assimilé la disparition du bonus de fidélisation à la disparition pure et simple du forfait. Ce flou de communication, plus que le fond réglementaire, semble être à l’origine de la polémique. Ce contexte est d’autant plus sensible que l’Observatoire des tarifs de l’Internet mobile publié par l’ARCEP elle-même au 31 mars 2026 recensait encore l’offre à 5 000 FCFA avec son mécanisme de « fair use » et de débit dégradé, sans anticiper ce changement quatre mois plus tard.
L’accessibilité financière
En renvoyant les usagers vers son simulateur en ligne pour les inviter à faire jouer la concurrence, l’ARCEP privilégie une approche pédagogique et technique de la régulation. L’institution ne détaille toutefois pas les facteurs économiques ayant motivé ce bond du seuil de fidélisation de 5 000 à 15 000 FCFA — qu’il s’agisse d’une volonté des opérateurs de préserver leurs marges ou d’une réorientation de la fiscalité et des coûts d’interconnexion.
Si l’ARCEP a éteint l’incendie sur le terrain du droit des télécoms, la question de l’accessibilité financière au numérique reste entière. Dans un contexte où la transformation digitale est mise en avant comme un pilier de la stratégie de développement socio-économique du Bénin, le triplement du prix d’accès à une connexion ininterrompue pose un véritable défi au pouvoir d’achat des ménages et des petits acteurs économiques.
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