Paiement, La Marina BJ – À un mois et demi de l’échéance fixée par la Banque Centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO), le paysage béninois du paiement instantané se dessine peu à peu. Si le train de l’interopérabilité régionale est en marche, force est de constater que des pans entiers de l’écosystème financier béninois manquent encore à l’appel. Entre dynamisme bancaire, angles morts du mobile money et attentisme de la microfinance, en savoir plus sur une transition sous haute tension.
Lancée par la BCEAO pour révolutionner les transactions numériques dans l’espace UEMOA, la Plateforme Interopérable du Système de Paiement Instantané (PI-SPI) poursuit son déploiement. À l’échelle régionale, la dynamique est bien réelle : l’écosystème est passé de 80 acteurs connectés lors de son lancement fin septembre 2025 à 104 participants officiels recensés à la fin du mois de juillet 2026.
Au Bénin, la progression est visible. Le pays est passé de 6 acteurs autorisés en avril 2026 à 11 participants dans la dernière mise à jour officielle de la BCEAO arrêtée au 31 juillet 2026. Une embellie certes, mais qui cache de profondes disparités sectorielles à l’approche de la nouvelle échéance du 30 septembre 2026 fixée par l’Institut d’émission pour l’intégration effective des banques et des Établissements de Monnaie Électronique (EME).
Des absents de marque
Sur les 14 banques agréées que compte le Bénin (auxquelles s’ajoute l’Africaine des Garanties et de Cautionnement en tant qu’établissement financier à caractère bancaire), 9 figurent désormais dans le wagon de tête du PI-SPI : BGFIBank, BOA, BSIC Bénin, CBAO, Coris Bank, Ecobank, NSIA Banque, Orabank et UBA. L’arrivée récente de BGFIBank, BSIC Bénin, NSIA Banque ou encore CBAO témoigne d’une mobilisation forte des groupes panafricains. Néanmoins, cinq institutions bancaires et financières manquent encore à l’appel sur la liste officielle de juillet, notamment la Société Générale Bénin, une absence d’autant plus remarquable que le groupe bancaire français est déjà connecté au Sénégal et vient d’intégrer le dispositif en Côte d’Ivoire. S’ajoutent à cette liste Bange Bank Bénin (ex-CCEI Bank), la BIIC (Banque Internationale pour l’Industrie et le Commerce), la succursale de la Sonibank ainsi que l’AFGC. Ces établissements ont désormais un peu plus d’un mois pour finaliser leurs intégrations techniques avant l’échéance du 30 septembre 2026.
Du côté des Émetteurs de Monnaie Électronique (EME), la liste officielle du 31 juillet 2026 enregistre une avancée majeure pour le Bénin : MTN a rejoint Moov Money, brisant ainsi le quasi-monopole en vigueur lors des premiers mois du dispositif. Pourtant, un grand absent subsiste : Celtiis Cash. Alors que l’ARCEP Bénin a officialisé l’interconnexion des trois plateformes GSM du pays, permettant aux utilisateurs de naviguer entre les écosystèmes (Lire LMBJ du 03/08/2026), le portefeuille mobile de l’opérateur public/national Celtiis ne figure toujours pas parmi les services grand public autorisés sur le PI-SPI. Un paradoxe pour un acteur en plein essor qui grignote des parts de marché significatives, laissant temporairement ses abonnés en marge de l’interopérabilité bancaire instantanée.
L’autre grand vide
C’est incontestablement l’angle mort le plus vertigineux du marché béninois. Selon les données de l’Agence Nationale de Surveillance des Systèmes Financiers Décentralisés (ANSSFD), le Bénin s’appuie sur un réseau dense de 51 institutions de microfinance (IMF) actives, cumulant plus de 4,8 millions de comptes et un taux d’utilisation frôlant les 51%. Pourtant, au 31 juillet 2026, zéro institution de microfinance béninoise n’est connectée au PI-SPI.
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Ce retard contraste fortement avec l’élan observé ailleurs dans l’Union, où des structures comme ACEP au Burkina Faso, ou encore l’UM-ACEP et l’UM-PAMECAS au Sénégal, ont déjà franchi le pas. Si la BCEAO a pris soin d’accorder un répit à ce secteur en repoussant la date limite de connexion des IMF au 30 juin 2027, le chantier colossal de la mise en conformité (appuyé par la loi n°2025-14) impose aux acteurs de premier plan (PADME, FECECAM, etc.) d’accélérer le pas pour ne pas laisser une part majeure de la population non bancarisée à l’écart de la révolution des paiements instantanés.
Concernant le volume total des acteurs sur le marché, on dénombre 15 banques et établissements financiers, 3 opérateurs de mobile money (GSM), et 51 institutions de microfinance (IMF / SFD). Sur ces totaux, les acteurs connectés au PI-SPI s’élèvent à 9 pour les banques et établissements financiers, 2 pour le mobile money, et 0 pour la microfinance, ce qui représente respectivement des taux de couverture de 60%, 67% et 0%. Enfin, les échéances limites fixées par la BCEAO sont arrêtées au 30 septembre 2026 pour les banques, les établissements financiers et le mobile money, et au 30 juin 2027 pour les institutions de microfinance. Le compte à rebours est bel et bien lancé. Si la bascule technique des banques et des telcos monopolise l’agenda d’ici la fin du troisième trimestre 2026, la véritable inclusion financière au Bénin se jugera demain dans la capacité des géants de la microfinance à intégrer la grande plomberie numérique de la BCEAO.
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