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Interconnexion Mobile Money au Bénin : « Le précédent montre qu’un libre choix ne suffit pas à rééquilibrer le marché »

Télécoms, La Marina BJ Alors que l’ARCEP Bénin intensifie depuis quelques jours la sensibilisation des usagers sur l’interconnexion des portefeuilles de monnaie électronique sur un numéro unique, une avancée offrant un confort d’usage inédit aux abonnés, une note d’analyse du cabinet WE Connector montre que la liberté d’arbitrage offerte au consommateur ne se traduit pas automatiquement par une redistribution des revenus dans un marché dominé par un acteur historique. Décryptage.

Depuis fin juillet 2026, l’Autorité de Régulation des Communications Électroniques et de la Poste (ARCEP Bénin) déploie une campagne nationale pour faire connaître l’interconnexion des plateformes de monnaie électronique. Désormais, chaque abonné mobile peut rattacher sur sa seule carte SIM l’ensemble des trois portefeuilles disponibles dans le pays. Présenté par le régulateur dans son Rapport annuel d’activités 2025 comme l’un des leviers renforçant le pouvoir de négociation et d’arbitrage des usagers, aux côtés de la portabilité du numéro, ce dispositif semblait promettre, à première vue, une recomposition rapide des forces en présence.

C’est précisément cette illusion d’un rééquilibrage automatique que vient interroger une note d’analyse du cabinet de conseil WE Connector, consultée en exclusivité par La Marina BJ. En décortiquant les mécanismes économiques à l’œuvre, l’étude rappelle une réalité structurelle : offrir un libre choix technique à l’usager ne suffit pas à réorienter les flux financiers d’un marché mature.

La leçon de la portabilité

Pour expliquer ce décalage entre l’émancipation technique de l’abonné et l’inertie des positions commerciales, l’analyse établit une distinction fondamentale entre la portabilité des numéros mobiles et l’interconnexion des portefeuilles électroniques. La portabilité des numéros, introduite en septembre 2018, repose sur une logique de substitution exclusive. Passer d’un opérateur à un autre impose un choix tranché et le renoncement au fournisseur d’origine. Pourtant, l’historique du marché béninois montre les limites de ce seul levier. Entre 2020 et 2021, alors que la portabilité était parfaitement opérationnelle, la part d’abonnés du leader MTN s’est renforcée, passant d’environ 58 % à environ 60 %, tandis que celle de Moov s’érodait d’environ 42 % à environ 40 %. Il aura fallu attendre 2022 et l’entrée commerciale de la SBIN sous la marque Celtiis pour observer une véritable redistribution des cartes, la note précisant toutefois que ce basculement relève vraisemblablement d’un effet combiné, la portabilité déjà disponible ayant pu faciliter l’adoption de cette offre nouvelle, plutôt que du seul effet de l’arrivée du troisième opérateur.

À l’inverse, l’interconnexion des portefeuilles Mobile Money, rendue fonctionnelle dès janvier 2025 conformément au Code du numérique, relève du multi-homing, c’est-à-dire du cumul d’usages. L’abonné n’a plus besoin de rompre avec son fournisseur principal pour tester une offre concurrente : il accumule les comptes sur un même numéro. Cette souplesse favorise l’élargissement du nombre de portefeuilles ouverts plutôt qu’une réallocation forcée des parts de marché déjà acquises. « Le précédent béninois suggère donc que la portabilité, prise isolément et en l’absence d’un nouvel entrant, n’a pas suffi à éroder la position de l’opérateur historiquement dominant », précise la note d’analyse de WE Connector.

L’arbitrage des frais, seul véritable juge de la compétition à venir

Les données publiées par l’ARCEP à la clôture de l’exercice 2025 mettent en lumière une asymétrie spectaculaire entre le nombre de comptes enregistrés et la captation de la valeur financière réelle. Au 31 décembre 2025, MTN Mobile Money rassemble 51 % des comptes actifs, mais capte environ 83 % du chiffre d’affaires global du secteur (Lire LMBJ du 4/05/2026). Moov Money enregistre 22 % des comptes actifs pour 10,6 % des revenus. De son côté, le challenger Celtiis Cash confirme sa dynamique d’adoption en regroupant 27 % des comptes actifs, mais ne génère encore que 6,4 % de la valeur financière totale.

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Cette concentration s’explique en partie par l’ancrage historique du leader, mais aussi par une distorsion mise en évidence par le cabinet WE Connector : l’emprise sur le terrain ne garantit plus la domination économique. En 2025, Moov Money disposait du réseau d’agents physiques le plus dense du Bénin, contrôlant 48,4 % des points de service, contre 30,2 % pour MTN Mobile Money et 21,4 % pour Celtiis Cash. La proximité géographique d’un guichet s’avère donc être une condition nécessaire, mais désormais insuffisante face à la force des habitudes, à la confiance accumulée et aux effets de réseau au sein des communautés d’utilisateurs.

Le décalage de dix-huit mois entre la mise en œuvre technique de l’interconnexion en janvier 2025 et le lancement de la campagne grand public en juillet 2026 impose la prudence. Les données de l’exercice 2025 constituent un point de départ et non le bilan d’un dispositif dont le grand public prend seulement possession. En corrigeant une friction résiduelle précise de la portabilité, l’impossibilité de recevoir ses fonds Mobile Money sur son ancien portefeuille après avoir porté son numéro, l’interconnexion sécurise la continuité d’accès aux trois portefeuilles sur un même numéro. La présence simultanée des trois syntaxes USSD sur un même numéro permet à présent à chaque utilisateur de comparer instantanément les frais de retrait, de transfert ou de paiement marchand au moment exact de réaliser son opération. D’après la note, les prochaines publications de l’ARCEP pour l’année 2026 et l’exercice 2027 serviront de crash-test empirique. Elles permettront de vérifier si cette facilité d’arbitrage immédiat permettra aux challengers de transformer ce simple cumul d’usages en une réelle migration de la valeur financière.

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