Financement des risques, La Marina BJ— Selon nos informations, le Bénin s’apprête à se doter d’un nouvel instrument financier taillé pour l’urgence. Un Projet de Réponse d’Urgence Contingente (CERP), en cours de finalisation avec la Banque mondiale, promet de ramener à dix jours ouvrés le délai entre la déclaration d’une crise et le premier décaissement de fonds. Une première pour le pays, dans un contexte où les inondations et les épidémies frappent avec une régularité de plus en plus préoccupante.
Le constat qui sert de socle à ce nouveau dispositif est sans appel. Selon les données consolidées par la Banque mondiale dans son rapport de préparation du projet, le Bénin se classe en 2026 au 35ᵉ rang des pays les plus à risque sur 191, selon l’Indice INFORM Risk. Entre 1980 et 2022, les inondations ont représenté 42% de l’ensemble des catastrophes recensées dans le pays et affecté 61% des personnes sinistrées, tandis que les épidémies — choléra, méningite, fièvre hémorragique de Lassa — concentrent à elles seules 85% des décès liés aux catastrophes.
Le pays n’a pas attendu ce nouveau projet pour se doter d’outils de riposte. Un Fonds National de Réponse aux Catastrophes (FONCAT), institué par décret en août 2020, sert déjà de mécanisme budgétaire unifié pour la gestion des urgences sanitaires et naturelles. En septembre 2023, le Bénin avait également obtenu une option de tirage différé en cas de catastrophe (Cat DDO) de 80 millions de dollars auprès de la Banque mondiale — un instrument dont 54,67 millions de dollars avaient été mobilisés dès mars 2024, en pleine gestion de l’état de catastrophe déclaré dans 32 communes à la suite des inondations de 2023.
Mais ce dispositif, aussi utile soit-il, ne couvre qu’une partie du problème : il finance les chocs les plus lourds, laissant un vide sur les crises de moyenne intensité et sur la rapidité opérationnelle du décaissement.
Un mécanisme sans enveloppe propre, mais activable rapidement
C’est précisément cette faille que le CERP est censé combler. Contrairement au Cat DDO, qui repose sur une ligne de crédit contingente dédiée, le CERP fonctionne comme un instrument-relais : il ne dispose d’aucune enveloppe propre à l’approbation. Une fois activé, il sert de canal pour réaffecter des ressources non décaissées issues d’opérations Banque mondiale déjà en cours au Bénin — un mécanisme rendu possible depuis octobre 2024 par l’Option de Réponse Rapide (RRO), qui plafonne à 10% par an la part mobilisable du portefeuille non décaissé. Le montant effectivement disponible lors de chaque activation du CERP sera déterminé projet par projet, sur la base d’une revue annuelle conjointe entre le Ministère de l’Économie et des Finances et la Banque mondiale.
L’objectif affiché est ambitieux : réduire à dix jours ouvrés le délai entre la soumission, par le gouvernement, d’une demande d’activation, et le premier décaissement effectif des fonds. Un indicateur de performance directement inscrit dans le cadre de résultats du projet, aux côtés d’un objectif de 100% d’utilisation des fonds réalloués pendant la période d’activation.
Le mécanisme s’articule autour de trois axes d’intervention. Le premier concerne l’appui direct aux ménages sinistrés, via des transferts monétaires d’urgence s’appuyant sur les circuits existants du programme de filets sociaux productifs Gbessoké et du Projet d’inclusion des jeunes. Le deuxième axe couvre la fourniture de biens et services essentiels — vivres, médicaments, intrants agricoles, carburant, équipements légers de déblaiement. Le troisième finance la coordination opérationnelle de la réponse : logistique, expertise technique, suivi-évaluation. Chaque activation du CERP est conçue pour durer au maximum douze mois, dans le cadre d’un engagement global fixé sur six ans, de 2026 à 2032.
Une gouvernance calquée sur le FONCAT
Sur le plan institutionnel, le Ministère de l’Économie et des Finances portera la responsabilité globale du dispositif, en coordination avec les ministères sectoriels concernés. Le pilotage stratégique reviendra au Conseil d’Orientation Stratégique du FONCAT, dont le mandat sera formellement élargi pour couvrir les activations du CERP. Cette instance est présidée par le ministre de l’Économie et des Finances, avec le ministre chargé de la Sécurité publique comme vice-président, aux côtés des représentants des ministères de la Santé, de la Décentralisation, de l’Agriculture et de l’Énergie. La mise en œuvre opérationnelle sera confiée à une unité déjà rompue aux procédures de la Banque mondiale, actuellement en charge d’un autre projet de gouvernance économique. Un choix qui traduit une volonté d’aller vite en s’appuyant sur une capacité fiduciaire existante plutôt que de créer une structure entièrement nouvelle.
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Le rapport de préparation du projet, consulté par La Marina BJ, ne masque pas les limites persistantes du dispositif national de gestion des catastrophes. Si 74 des 77 communes béninoises disposent aujourd’hui d’un plan communal de contingence approuvé, une large part de ces documents sont jugés obsolètes, faute de financement communal suffisant pour les actualiser régulièrement. Les systèmes d’alerte précoce hydrométéorologique existent, mais souffrent de défaillances de communication qui retardent l’information des populations les plus exposées. Autre point relevé, la concentration économique extrême sur Cotonou, qui génère à elle seule plus de 80% des recettes fiscales du pays tout en figurant parmi les zones côtières les plus vulnérables du Bénin. Un risque asymétrique qui, selon le rapport, n’est pas encore pleinement intégré dans la planification nationale de contingence ni dans les stratégies de protection des infrastructures.
Pour combler ces lacunes, un exercice de simulation grandeur nature sera organisé dès l’approbation du projet, afin de tester les circuits de décision et d’identifier les points de blocage avant qu’une véritable urgence ne survienne. Des accords-cadres avec des fournisseurs seront également négociés en amont, pour raccourcir davantage les délais de passation de marchés en période de crise.
Un maillon dans une architecture plus large
Ce nouveau mécanisme ne surgit pas isolément. Il s’inscrit dans une dynamique de coopération renforcée entre le gouvernement béninois et la Banque mondiale, marquée notamment par le lancement, le 17 juillet 2026, d’un nouveau cadre de partenariat pays couvrant la décennie 2026-2036, présenté à Cotonou par Anna Bjerde, directrice générale des opérations de l’institution, en présence des membres du gouvernement du président Romuald Wadagni (Lire LMBJ du 18/07/2026). Cette même visite avait été l’occasion de signer des accords de financement pour plusieurs chantiers structurants, dont le barrage hydroélectrique de Dogo-Bis sur le fleuve Ouémé et le programme de nutrition Alafia.
Le futur Cadre de Partenariat Pays, dont le CERP se veut l’un des instruments d’application, place explicitement la résilience aux chocs — climatiques, sanitaires ou économiques — au cœur de la stratégie de développement du Bénin pour la prochaine décennie. Un choix cohérent avec les projections de croissance les plus récentes de la Banque mondiale, qui table sur une progression du PIB béninois de l’ordre de 7% en 2026, portée notamment par l’agriculture et l’industrie — deux secteurs particulièrement exposés aux aléas climatiques identifiés dans le rapport de préparation du CERP.
Reste à voir si ce nouvel outil, une fois pleinement opérationnel, parviendra à tenir la promesse des dix jours qui le distingue des mécanismes existants — et à transformer, sur le terrain, la rapidité budgétaire en protection effective pour les populations les plus exposées.
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