Business, La Marina BJ – Au-delà des indicateurs macroéconomiques flatteurs, le Livre Blanc 2025 de la Chambre de Commerce Européenne du Bénin (Eurocham) se distingue par une approche pragmatique. L’organisation ne se contente pas d’analyser les performances ; elle dresse une liste précise de réformes chirurgicales destinées à lever les derniers verrous de l’investissement. Voici la synthèse des leviers actionnables pour fluidifier l’écosystème entrepreneurial béninois.
Le document ne se limite pas à une critique de la pression fiscale ou des lenteurs administratives (Lire LMBJ du 16/02/2026). Il propose un ensemble cohérent de mesures ciblant la fiscalité, le financement des PME, les démarches administratives, l’énergie, l’immigration et la sécurité sociale. Objectif affiché : consolider les acquis des réformes et renforcer la compétitivité du Bénin dans un environnement régional de plus en plus concurrentiel.
Fiscalité : vers plus d’équité, de lisibilité et d’incitations
La fiscalité demeure le premier point de friction évoqué par les entreprises. Eurocham avance plusieurs pistes précises. Sur la TVA, les opérateurs dénoncent les difficultés de traitement des crédits. La proposition est de mettre en place un mécanisme effectif et fluide de remboursement des crédits de TVA afin d’éviter l’asphyxie de trésorerie, notamment pour les entreprises exportatrices. Dans le commerce, la question des abattements douaniers appelle plus de transparence. Le Livre Blanc recommande de rendre publique et accessible la liste des produits bénéficiant d’abattements à l’importation, afin de réduire l’incertitude et les disparités d’interprétation.
Pour le secteur du tourisme, les hôteliers-restaurateurs jugent le taux de TVA pénalisant. Le livre blanc d’Eurocham suggère de dissocier clairement les activités d’hôtellerie et de restauration au sein d’une même entreprise, permettant à la restauration de bénéficier d’un taux réduit de 5 %. Une mesure pensée comme levier de compétitivité face aux destinations régionales.
Le rapport plaide également pour un meilleur encadrement des contrôles fiscaux, souvent perçus comme cumulés et déstabilisants. Il propose un mécanisme de catégorisation des entreprises selon leur niveau de conformité, avec davantage de souplesse pour celles respectant scrupuleusement leurs obligations.
Autre point sensible, la taxation des mesures de responsabilité sociétale (crèches, salles de sport) bien qu’elles n’engendrent pas de ressources pour l’entreprise. Le secteur privé recommande des allégements fiscaux pour encourager ces démarches vertueuses. Enfin, la double imposition des résultats pour les sociétés à associé unique — même sans distribution de dividendes — est pointée du doigt, avec un appel à supprimer cette pratique pour favoriser le réinvestissement.
Sécuriser les PME et fluidifier la commande publique
Le financement des PME reste un défi structurel. Pour y répondre, le livre blanc recueillant les propositions du secteur privé pour l’amélioration du climat des affaires, propose un système de garantie porté par la Caisse des Dépôts et Consignations, avec des tickets d’entrée adaptés aux petites et moyennes entreprises. L’objectif est de réduire le risque bancaire et de faciliter l’accès au crédit productif.
La question des délais de paiement dans les marchés publics revient avec insistance. Des retards dépassant les 60 jours réglementaires fragilisent la trésorerie des entreprises, aggravés par la détection tardive d’erreurs mineures dans les factures et décomptes. Le Livre Blanc recommande d’intégrer la correction de ces erreurs dans le décompte suivant, afin d’éviter le blocage total des paiements.
Pour les entreprises du BTP, particulièrement exposées, il est proposé d’accorder une avance de démarrage plus conséquente, versée en deux tranches, afin d’amortir les charges initiales.
Des ajustements ciblés
Si la digitalisation a transformé la création d’entreprise, le rapport souligne que des goulots d’étranglement persistent. Eurocham recommande la dématérialisation complète de certaines procédures encore hybrides, notamment les demandes de change auprès du Trésor public. De même, le dépôt physique de dossiers à la direction départementale des impôts de l’Atlantique-Littoral pour la création d’entreprise est jugé obsolète. La suppression de cette étape constituerait un signal fort de modernisation. Au-delà des outils numériques, les entreprises réclament des interlocuteurs techniques identifiés au sein des administrations, capables d’apporter des réponses concrètes et opérationnelles face aux nouvelles dispositions réglementaires souvent jugées complexes.
Le coût de l’énergie demeure un enjeu pour l’industrie et l’hôtellerie. Le secteur privé suggère d’envisager une tarification différenciée en heures pleines et heures creuses, afin d’optimiser les coûts pour les entreprises à forte consommation. Sur le plan de l’immigration économique, la lourdeur des démarches pour l’obtention de titres de séjour est pointée comme un frein à l’attractivité des talents étrangers. La simplification des procédures est proposée comme mesure prioritaire.
Enfin, la Caisse Nationale de Sécurité Sociale est appelée à poursuivre la digitalisation de ses processus, les entreprises évoquant encore des lourdeurs administratives dans leurs interactions avec l’institution.
Un plaidoyer structuré pour consolider l’attractivité
Le catalogue de solutions proposé par le livre blanc d’Eurocham ne remet pas en cause la trajectoire économique du Bénin. Il s’inscrit plutôt dans une logique d’optimisation. Le pays affiche des indicateurs macroéconomiques robustes, des réformes saluées et des investissements structurants. Mais pour franchir un nouveau palier d’attractivité, le secteur privé appelle à un ajustement fin des mécanismes fiscaux, administratifs et financiers.
En filigrane, le message est que la compétitivité ne se joue plus seulement sur la stabilité ou la croissance, mais sur la qualité opérationnelle de l’environnement des affaires. En proposant des mesures concrètes, calibrées et sectorisées, Eurocham transforme son Livre Blanc en outil de dialogue stratégique. Le climat des affaires béninois n’est plus en phase d’émergence ; il entre dans une phase de maturité. Reste à traduire ces recommandations en décisions publiques pour consolider la position du pays comme hub économique durable en Afrique de l’Ouest.
Restez connectés à l’actualité en temps réel en rejoignant notre chaîne WhatsApp pour ne rien manquer : actus exclusives, alertes, et bien plus encore.