Climat, LA MARINA BJ – Un accord signé, des chiffres colossaux, mais une zone d’ombre : sur les 200 millions de dollars engagés par l’IDA en faveur du Bénin en mars dernier, quelle part relève véritablement de la lutte pour le climat ? Un document technique de la Banque mondiale, consulté par La Marina BJ, apporte une réponse chiffrée et nuancée.
À la suite de la signature, les 2 et 3 mars 2026, de l’accord sur la « première politique de transformation économique accélérée et de création d’emplois » (Lire LMBJ du 11/03/2026)— pour une enveloppe globale de 111,7 milliards de FCFA obtenue grâce à neuf réformes structurelles validées par l’Exécutif béninois —, une fiche d’évaluation de la Banque mondiale datée du 6 avril 2026 révèle l’envers du décor. Ce document soumet chaque action à un examen rigoureux afin d’en mesurer l’impact environnemental réel.
Conformément à ses pratiques, l’institution ne se contente plus de prêter, mais s’engage à traquer la part climatique selon la méthodologie commune « Joint MDB ». Cette grille distingue la finance d’adaptation, qui aide les populations face aux chocs tels que les inondations ; la finance d’atténuation, axée sur la réduction des gaz à effet de serre ; et enfin la finance à double bénéfice pour les mesures cumulant ces deux objectifs.
Le verdict du tri
Le verdict chiffré issu de cette analyse est sans ambiguïté. Sur un financement total de 200 millions de dollars, la Banque mondiale a formellement qualifié 24,44 millions de dollars comme finance climatique, ce qui représente 12,22 % du montant global. Ce financement se répartit précisément entre 13,33 millions de dollars dédiés à l’adaptation et 11,11 millions consacrés à l’atténuation, tandis qu’aucun investissement à double bénéfice n’a été retenu. Concrètement, cela signifie que sur les neuf actions préalables qui structurent l’accord, sept n’ont reçu aucune qualification climatique et seules deux mesures ont passé avec succès le filtre méthodologique des banques multilatérales de développement.
La première mesure retenue concerne la réforme de la Société nationale des eaux du Bénin (SONEB) à travers le décret n° 2025-671, qui a recentré le mandat de l’opérateur sur la gestion urbaine. Aux yeux de la Banque mondiale, la sécurisation et la modernisation du système d’approvisionnement en eau potable constituent une réponse directe aux perturbations climatiques, justifiant une comptabilisation intégrale en finance d’adaptation pour 11,11 millions de dollars. La seconde mesure validée est l’opérationnalisation du Fonds pour l’électrification rurale et les énergies renouvelables (FERER) via le décret n° 2025-644. En orientant le déploiement de l’électricité vers les énergies propres plutôt que vers des générateurs thermiques en zone rurale, cette action est comptabilisée en finance d’atténuation pour un montant identique de 11,11 millions de dollars.
Une absence qui interroge
Une absence dans ce décompte mérite une attention particulière : la standardisation du marché du gaz domestique, incluant l’interchangeabilité des bouteilles de 1,5 kg et 3 kg. Bien qu’elle ait été présentée comme un levier pour réduire le recours au charbon de bois, la fiche d’évaluation de la Banque mondiale attribue à cette action zéro dollar de finance climatique. Selon notre spécialiste à la rédaction, ce silence ne signifie pas que la mesure est dénuée d’intérêt environnemental, mais indique qu’elle n’a pas été jugée suffisamment transformative ou documentée pour répondre aux critères techniques précis de la finance climatique institutionnelle.
Si le taux de 12,22 % peut sembler modeste, il convient de le replacer dans son contexte, puisque ce programme est un prêt adossé à des réformes de politiques publiques et non un projet d’investissement sectoriel. Par nature, les transformations institutionnelles — comme les codes d’investissement ou les réformes fiscales — ont une empreinte climatique directe plus difficile à mesurer. À titre de rappel, l’État béninois a mobilisé 620,5 milliards de FCFA au 31 décembre 2025, soit 101,9 % des prévisions initiales, pour des actions liées à la préservation de l’environnement. Ce document confirme enfin que la Banque mondiale se soumet à une discipline de transparence rigoureuse qui permet aujourd’hui de savoir exactement ce que recouvre le terme « finance climatique » dans l’accord liant le Bénin à l’IDA jusqu’au 31 juillet 2027.
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