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Bénin–Portugal : quarante ans d’absence, quatre accords et un pari sur l’avenir entre l’APIEx et l’AICEP

Diplomatie, La Marina BJ La visite de travail du ministre d’État, ministre des Affaires étrangères du Portugal, Paulo Rangel, à Cotonou ce vendredi 24 avril 2026, marque une étape décisive dans les relations bilatérales entre les deux nations. Reçu par son homologue béninois, Olushegun Adjadi Bakari, le chef de la diplomatie portugaise a acté la reprise d’un dialogue de haut niveau, interrompu depuis quatre décennies et qui a déjà abouti à la signature de quatre accords stratégiques visant à renforcer la coopération politique, économique et technique entre Porto-Novo et Lisbonne.

Il aura fallu quarante ans pour que les fils de l’histoire se nouent à nouveau au sommet de l’État. La présence de Paulo Rangel sur les rives de la lagune de Cotonou marque la fin d’une anomalie diplomatique. Car si le silence durait depuis quarante ans, l’empreinte lusitanienne au Bénin est séculaire. Du Fort São João Baptista de Ajudá à Ouidah — enclave portugaise jusqu’en 1961 — à l’héritage culturel de la communauté Aguda, le passé est omniprésent. C’est précisément sur ce terreau, complexe et ambivalent, que les deux nations ont choisi de bâtir leur « pari sur l’avenir ».

Un arsenal juridique pour une nouvelle ère

Accueilli par son homologue béninois Olushegun Adjadi Bakari, Paulo Rangel n’est pas venu les mains vides. Au terme d’un marathon diplomatique de 24 heures, quatre accords structurants ont été paraphés, jetant les bases d’une coopération que les deux capitales souhaitent désormais stratégique. Le premier volet concerne la mobilité institutionnelle avec une exemption réciproque de visas pour les passeports diplomatiques, ce qui constitue un préalable indispensable à la fluidité des échanges. Parallèlement, l’institutionnalisation du dialogue est scellée par un mémorandum d’entente sur les consultations politiques, créant enfin un canal de discussion permanent entre Lisbonne et Cotonou.

Le désenclavement aérien est également au cœur des priorités grâce à un accord sur les services aériens qui pose les jalons d’une liaison directe Lisbonne-Cotonou, permettant ainsi de court-circuiter les traditionnels hubs de Paris ou Casablanca. Enfin, une offensive économique est lancée via un partenariat inédit entre l’APIEx du Bénin et l’AICEP du Portugal. Ce dernier point est crucial car, l’AICEP, agence gouvernementale portugaise en charge de l’attraction des investissements et de l’internationalisation de l’économie nationale, dispose d’un réseau dans une cinquantaine de pays et a attiré 420 millions d’euros d’investissements en 2024. Son adossement à l’APIEx constitue un signal concret en direction des entreprises portugaises : le Bénin entre désormais dans leur radar institutionnel.

Le Bénin, porte d’entrée de la lusophonie en Afrique de l’Ouest ?

Pour le gouvernement béninois, cette réactivation diplomatique répond à une logique implacable d’attractivité. Les secteurs ciblés par Olushegun Adjadi Bakari, notamment le BTP, l’hôtellerie et l’agro-transformation, correspondent parfaitement aux domaines d’excellence du patronat portugais. L’ouverture imminente, avant l’été 2026, du bateau-musée Aurore et du futur Musée de l’esclavage à Ouidah, offre une fenêtre d’opportunité unique. Le Portugal, acteur historique majeur de la façade atlantique, possède une expertise pointue dans le tourisme de mémoire et la gestion patrimoniale, des atouts que Cotonou compte bien exploiter pour dynamiser son offre culturelle.

Cette escale béninoise s’insère dans une séquence diplomatique portugaise plus vaste. Après Alger en février 2026 dans le cadre de la réactivation de l’axe Algéro-portugais et des échanges nourris avec le ministre marocain des Affaires Étrangères, reçu au Portugal, Lisbonne redessine sa carte d’influence. En se rapprochant du Bénin, le Portugal s’offre un point d’ancrage stratégique dans une Afrique de l’Ouest francophone en pleine mutation, sortant ainsi de sa zone de confort habituelle centrée sur l’Angola, le Mozambique ou le Cap-Vert. Pour le Bénin, dont la diplomatie de continuité vise une diversification accrue des partenaires, le Portugal représente une alternative crédible en tant que puissance européenne à taille humaine, capable d’agilité et partageant une façade maritime commune.

« Il y a une histoire commune des siècles et il y a un avenir qui sera certainement plus prospère », a résumé Paulo Rangel selon notre reporter Marc TODO. Si les mots sont séduisants, le défi reste entier. Quarante ans d’absence ne s’effacent pas par la seule magie d’une signature. Le succès de ce rapprochement se mesurera à la réalité des grues sur les chantiers, à l’atterrissage des premiers vols directs et à la vigueur des échanges commerciaux. Le Bénin et le Portugal ont désormais un cadre. Ils ont aussi une urgence, rattraper le temps perdu.

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