Coopération énergétique, La Marina BJ — Coup de froid sur le Système d’Échange d’Énergie Électrique Ouest-Africain (EEEOA). Suite à un incendie survenu le 23 avril 2026 au sein du poste de transformation de la Ghana Grid Company Limited (GRIDCo) à Akosombo, ayant entraîné la perte de 720 MW à près de 1 000 MW sur le réseau ghanéen, auxquels s’ajoutent entre 150 et 200 MW supplémentaires provenant de la centrale voisine de Kpong, également mise hors service, Accra a décidé de suspendre l’intégralité de ses exportations d’électricité. Pour le Bénin, qui dépend en partie de cette interconnexion, l’heure est à la vigilance et à la réorganisation du flux national.
Le paysage énergétique sous-régional vacille. Le Ghana, l’un des poumons électriques de l’Afrique de l’Ouest, a officiellement annoncé l’arrêt temporaire de ses livraisons d’énergie vers quatre de ses voisins : le Togo, le Bénin, la Côte d’Ivoire et le Burkina Faso. En cause : un incendie dévastateur au cœur d’une infrastructure névralgique de transport, localisée à proximité du barrage emblématique d’Akosombo. Selon les éléments recueillis par le service national des pompiers du Ghana, le sinistre a pris naissance dans un panneau de courant continu avant de s’étendre à la salle de commutation à la suite d’une explosion. Plus de soixante sapeurs-pompiers mobilisés depuis plusieurs localités ont pu maîtriser le feu en fin de soirée, sans faire de victimes. Mais les dégâts sont considérables : la salle de contrôle principale du poste de transformation est entièrement hors service et irrécupérable. Sa reconstruction intégrale pourrait prendre plusieurs mois.
Le Bénin exposé, mais mieux armé qu’hier
La décision de suspendre les exportations, confirmée le vendredi 24 avril 2026 par Richmond Rockson, porte-parole du ministère ghanéen de l’Énergie et de la Transition Verte, lors d’un entretien accordé à la station locale Joy FM, se veut avant tout conservatoire. Pour éviter un black-out généralisé sur son propre territoire, Accra a activé des protocoles d’urgence, redirigeant toute sa production disponible vers sa consommation intérieure. La mesure se comprend aisément au regard des chiffres : la demande de pointe du Ghana avoisine 4 400 MW, et la perte combinée d’Akosombo et de Kpong représente près d’un quart de cette capacité nationale. Si cette décision est techniquement justifiée pour stabiliser le réseau ghanéen, elle crée un déficit immédiat sur le marché régional de l’énergie.
Selon notre journaliste contributeur Wilfrid Akoho, le Bénin, interconnecté via le réseau de la CEB (Communauté Électrique du Bénin) et intégré au WAPP (West African Power Pool), se retrouve directement exposé à cette rupture de flux. Historiquement, le Ghana constitue un appoint stratégique, notamment pour absorber les pics de demande sur le réseau national. Cependant, contrairement aux crises passées, le pays dispose aujourd’hui de leviers de résilience plus robustes. Les investissements massifs de ces dernières années (Lire LMBJ du 13/10/205) dans les centrales thermiques locales, notamment à Maria-Gléta, et le développement progressif de l’énergie solaire pourraient permettre d’atténuer le choc, à condition que la gestion de la charge soit optimisée par la SBEE.
Un autre test pour l’intégration énergétique régionale
Cet incident à Akosombo rappelle la vulnérabilité des interconnexions transfrontalières. Le Bénin, le Togo, le Burkina Faso et la Côte d’Ivoire sont tous logés à la même enseigne : celle d’une dépendance mutuelle qui, si elle offre des coûts compétitifs en temps normal, expose à des risques systémiques en cas d’avarie technique chez un partenaire. À l’heure actuelle, les ingénieurs ghanéens sont mobilisés pour reconstituer, dans un premier temps dans des conditions provisoires, les capacités de transmission d’Akosombo. Du côté de Cotonou, les autorités énergétiques, qui prévoient par ailleurs des travaux de maintenance ce mardi 28 avril 2026 dans onze départements du pays, scrutent sans doute de près l’évolution de la situation à Accra. La question demeure de savoir pendant combien de temps le réseau béninois devra-t-il se passer du « courant ghanéen ».
Pour l’un de nos spécialistes à la rédaction, cet événement souligne l’urgence de poursuivre la marche vers l’autonomie énergétique nationale, afin que chaque incident technique chez un voisin ne se transforme pas en menace pour l’économie locale. Selon lui, « bien que la situation soit préoccupante, la diversification des sources d’approvisionnement du Bénin, à savoir le Nigeria, Côte d’Ivoire et production propre, devrait permettre d’éviter des délestages massifs, sous réserve d’une coordination étroite avec les instances du WAPP. »
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