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Électrification rurale au Bénin (PERU I) : Le boom des branchements domestiques masque des retards structurels

Électricité, La Marina BJSi les récents indicateurs de terrain affichent une accélération spectaculaire du raccordement des ménages ruraux, le dernier rapport de supervision de la Banque africaine de développement (BAD) tire la sonnette d’alarme. Derrière les chiffres encourageants des branchements, le Projet d’électrification rurale (PERU) – Phase I s’embourbe dans des lenteurs administratives et financières qui menacent son calendrier final.

Le Projet d’électrification rurale (PERU) traverse une phase paradoxale. D’un côté, l’impact social commence enfin à se faire sentir pour les populations ; de l’autre, la machine administrative semble grippée, plaçant le projet sous haute surveillance à quelques mois de son échéance de décembre 2026.

Un impact social sélectif

Le progrès le plus visible concerne l’accès direct à l’énergie. Entre la mission d’octobre 2025 et celle de février 2026, selon le dernier rapport sur l’état d’exécution et sur les résultats (EER), le nombre de nouveaux clients raccordés sur financement de la Banque a bondi, passant de 1 286 à 4 909 foyers. Si l’on inclut les fonds de contrepartie nationale, le total des branchements est passé de 2 846 à 7 057 en l’espace de quatre mois. Cette dynamique s’explique par la livraison effective de l’ensemble des matériels de branchement et des compteurs d’énergie dans les magasins de la SBEE. Toutefois, malgré ce boom relatif, le taux de réalisation par rapport à la cible finale de 48 324 branchements ne culmine qu’à 14,60 %, un chiffre qui souligne l’immensité du chemin restant à parcourir.

Sur le plan technique, les réseaux s’étendent. Le nombre de localités électrifiées a atteint 138 en février 2026, contre 121 quelques mois plus tôt. Le réseau de lignes basse tension (BT) a également connu une extension notable, passant de 554 km à plus de 659 km. Cependant, cette expansion géographique cache des zones d’ombre persistantes. Le raccordement des infrastructures communautaires constitue un indicateur encore à construire : aucune des 35 écoles prévues n’a à ce jour été raccordée au réseau électrique. Les rapports de supervision évaluent néanmoins cet indicateur « en bonne voie », estimant que la finalisation du recrutement des entreprises de branchement devrait permettre d’atteindre la cible à l’achèvement du projet.

De même, le volet genre stagne. Le nombre d’emplois permanents occupés par des femmes reste figé à 12 sur une cible de 30, et aucune femme n’a encore bénéficié des formations prévues. Sur les emplois temporaires, les 71 femmes recensées dans les deux missions successives confirment cette absence de progression depuis plusieurs mois. Les rapports maintiennent ces indicateurs « en bonne voie », mais leur trajectoire appelle une attention soutenue pour les derniers mois d’exécution.

Les deux défis

Le véritable point de rupture se situe au niveau de la gestion administrative et financière. Le taux de décaissement du projet est quasi statique, progressant péniblement de 54,26 % à 55,06 %. Cette léthargie financière fait désormais planer le risque de voir le projet entrer dans la « ligne rouge » de la BAD pour faible performance. Les causes de ce blocage sont clairement identifiées dans le rapport daté du 21 avril 2026, établi à la suite d’une mission de terrain organisée du 23 février au 5 mars 2026.

L’Unité de gestion du projet (UGP) souffre d’un déficit d’expertise dû à l’absence de personnel clé, notamment un spécialiste en passation de marchés et un responsable administratif et financier. À cela s’ajoute un imbroglio contractuel : les travaux dans 52 localités — initialement confiés au groupement ESB/SOGETEC dont le contrat a été résilié, contre 47 localités recensées lors de la mission précédente d’octobre 2025, accusent un retard critique dans leur réattribution à de nouveaux prestataires. Enfin, les lenteurs de paiement dans le règlement des avances de démarrage aux entreprises de branchement freinent le déploiement sur le terrain.

Si l’objectif de développement est toujours jugé « très satisfaisant » par les bailleurs de fonds, et que le projet conserve officiellement le statut de projet non potentiellement problématique, le PERU Phase I joue désormais contre la montre. La finalisation de la réattribution des marchés résiliés avant le 30 juin 2026 constitue le verrou principal à lever. Sans une réaction vigoureuse pour lever ces blocages structurels, le succès technique des branchements domestiques risque de rester insuffisant pour garantir l’atteinte de l’ensemble des objectifs fixés à l’échéance de décembre 2026.

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