Trafic maritime, La Marina BJ – Cinq ans après la saisie du 18 mai 2021, presque jour pour jour, l’Unité Spéciale de Police Fluviale et Maritime récidive avec une prise de plus de 90 kilogrammes, cette fois dissimulés non dans un conteneur, mais dans la crépine d’un navire étranger. Même mois, même port, méthode différente.
Dans la nuit du 16 au 17 mai 2026, des éléments de l’Unité Spéciale de Police Fluviale et Maritime (USPFM) ont mené une opération de surveillance et de récupération de substances psychotropes dans le bassin portuaire de Cotonou. Au terme de l’intervention, et selon les informations rapportées par notre journaliste contributeur Gabin Tovonon, cinq ballots de produits suspects ont été extraits de la crépine, système de filtration situé sous la ligne de flottaison, d’un navire porte-conteneurs battant pavillon étranger.
Les analyses menées sur les substances récupérées ont confirmé qu’il s’agissait de cocaïne, pour un poids total évalué à plus de quatre-vingt-dix kilogrammes, précise une communication de la Police Républicaine du Bénin. Les produits saisis ont été immédiatement remis à l’Office Central de Répression du Trafic Illicite des Drogues et Précurseurs (OCERTID) pour exploitation technique et poursuite des investigations.
Nouvelle méthode
La saisie de mai 2026 constitue, selon les sources documentées accessibles, la première opération de cette nature dans le bassin portuaire de Cotonou depuis les grandes affaires de 2021. Elle se distingue en outre par son mode opératoire. En 2021, la cocaïne de 145,5 kg avait été découverte dans un conteneur de sucre au port de Cotonou, une méthode classique bien documentée dans les ports du golfe de Guinée. Cinq ans plus tard, les trafiquants ont changé de tactique avec la crépine, pièce mécanique fonctionnelle immergée sous la ligne de flottaison et inaccessible sans plongeurs spécialisés, a servi de coffre-fort dissimulé sous la coque du navire.
Ce déplacement de la cachette, du conteneur vers la structure même du bâtiment, traduit une adaptation des réseaux aux dispositifs de contrôle portuaire classiques, qui concentrent leurs moyens sur l’inspection des marchandises déclarées. Selon l’un de nos spécialistes à la rédaction, des cas similaires ont été documentés ailleurs, notamment par la marine colombienne dans le port de Buenaventura, où des organisations de trafic avaient dissimulé de la cocaïne dans des tubes en PVC peints aux couleurs du navire, configurés pour simuler des canalisations intégrées à la structure. La technique relevée à Cotonou relève de la même logique : exploiter les angles morts de la fouille ordinaire en jouant sur l’inaccessibilité physique de certaines parties du navire.
L’OCERTID en position clé pour la suite judiciaire
La réussite opérationnelle de l’USPFM, dont les capacités ont été renforcées en juillet 2023 par le don américain d’une vedette d’intervention de 12 mètres équipée de deux moteurs de 300 chevaux, ne constitue qu’un premier maillon. La suite de la procédure repose désormais sur l’OCERTID, dont la mission est de reconstituer les filières d’approvisionnement, d’identifier les complicités éventuelles à bord ou à quai, et d’établir les connexions avec les réseaux internationaux concernés.
L’expérience de 2021 avait montré les limites de l’exercice. L’affaire des 145,5 kg saisis dans un conteneur de sucre avait conduit à la poursuite de quatorze individus, tandis que la découverte parallèle de 2,5 tonnes dans un entrepôt au PK 10 avait entraîné l’inculpation de douze personnes, dont des membres influents d’un cartel utilisant l’Afrique de l’Ouest comme point d’expédition vers l’Europe, certains d’entre eux étant alors activement recherchés par les autorités judiciaires de plusieurs pays européens. Cinq ans plus tard, la saisie de mai 2026 rouvre le dossier d’un port que les réseaux transatlantiques n’ont manifestement jamais cessé de considérer comme une voie d’accès opérationnelle.
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