Environnement, La Marina BJ – L’exécutif béninois veut solder ses comptes avec la Banque mondiale, qui attend le bilan vert de la première phase du Projet Forêts Classées Bénin. D’après un document consulté par La Marina BJ et signé par le coordonnateur général de l’Unité intégrée de gestion des projets, monsieur Eliassou HAMIDOU SEKO, une mission de soixante jours ouvrables en préparation devra trancher sur l’efficacité réelle d’un programme forestier à 105 millions de dollars, avant la clôture prévue en novembre 2026 et l’entrée en vigueur d’une deuxième phase déjà financée.
Mandaté par l’exécutif béninois à travers le ministère du Cadre de vie et des Transports, le coordonnateur général de l’UIGP s’apprête à engager un consultant indépendant pour conduire l’évaluation finale du Projet Forêts Classées Bénin. La mission, d’une durée prévisionnelle de soixante jours ouvrables, devra produire un diagnostic exhaustif d’un programme lancé en octobre 2019, restructuré en cours de route après la réaffectation de 15 millions de dollars à la riposte Covid-19, puis renforcé par un financement additionnel de 30 millions de dollars. Au total, c’est une enveloppe d’environ 105 millions de dollars, mobilisée par l’Association internationale de développement, qui sera passée au crible à quelques mois de la date de clôture officielle du projet.
Un bilan à dix dimensions
L’étendue du mandat confié au consultant témoigne de la complexité de l’exercice. La mission ne se limitera pas à cocher des indicateurs. Selon les informations de notre journaliste contributeur David Agboton, elle devra mesurer les progrès accomplis vers l’Objectif de développement du projet, évaluer la pertinence des interventions au regard des contextes initial et actuel, documenter les résultats obtenus et analyser leur contribution effective à l’objectif de développement. Une étude économique des activités à décaissement significatif viendra apprécier l’efficience financière vis-à-vis des résultats et des impacts obtenus.
Le consultant devra également se prononcer sur les conditions de durabilité des acquis après la clôture du projet, une question centrale dans un secteur où les dynamiques de déforestation reprennent rapidement dès que la pression programmatique se relâche. L’examen du dispositif de suivi-évaluation, de communication et de capitalisation complétera le tableau, avant la formulation de leçons apprises et de recommandations opérationnelles pour les projets futurs.
80,7 millions en attente du verdict
Sur le terrain, le PFC-B affiche un bilan technique difficilement contestable. Au terme de quatre campagnes de reboisement, 18 748 hectares de plantations de bois-énergie ont été installés sur une cible initiale de 15 000 hectares, soit un taux d’avancement de 125 %. Les plantations de bois d’œuvre atteignent 5 807 hectares pour une cible de 7 000 hectares, soit 83 % d’avancement. Le programme couvre onze forêts classées représentant 63 % de la superficie totale des 46 forêts classées du pays, et a généré plus de 33 700 emplois directs et indirects, dont près d’un tiers sont occupés par des femmes.
Ces résultats, qualifiés de globalement satisfaisants par les missions de supervision de la Banque mondiale, ont directement conditionné la décision de Washington de financer une deuxième phase. Mais derrière les chiffres, les analyses institutionnelles disponibles pointent des fragilités structurelles persistantes : insuffisance du personnel forestier, faible capacité de renouvellement des équipements, non-opérationnalisation du cadre de concertation entre acteurs, et absence de structures dotées d’une autonomie administrative et financière réelle pour assurer la gestion pérenne des forêts classées. C’est précisément sur ces tensions entre performance affichée et fragilités sous-jacentes que l’évaluation finale devra apporter un éclairage rigoureux.
L’enjeu dépasse le seul PFC-B. En avril 2025, la Banque mondiale a approuvé un financement de 80,7 millions de dollars de l’IDA pour le Projet Forêts Classées Bénin 2, dont l’ambition est de reboiser 20 000 hectares supplémentaires dans des forêts classées dégradées, tout en développant l’agroforesterie, l’intensification agricole durable et les mécanismes d’accès aux crédits carbone. Les conclusions du consultant, attendues d’ici la rentrée 2026, constitueront ainsi bien plus qu’un document de clôture : elles formeront la boussole opérationnelle de l’équipe du PFC-2, et le premier grand document de bilan environnemental produit sous le prochain régime du président élu Romuald Wadagni, dont l’investiture est prévue pour le 24 mai 2026. Pour l’exécutif béninois, l’exercice relève autant de la redevabilité institutionnelle que de la crédibilité stratégique.
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