Coopération, La Marina BJ – Réunis depuis le 19 mai 2026 à Porto-Novo dans le cadre du Programme d’accompagnement et de coopération parlementaire (PACOP), des fonctionnaires du département du Protocole et des relations extérieures de l’Assemblée nationale béninoise suivent pendant deux jours un atelier pratique animé par des experts des deux chambres du parlement français. Une étape charnière d’un projet bilatéral qui entre dans sa phase conclusive, et qui traduit une ambition claire : faire du protocole un levier stratégique au service du rayonnement institutionnel du parlement de Porto-Novo.
La salle polyvalente Antoine Kolawolé IDJI de l’Assemblée nationale du Bénin a accueilli ce mardi 19 mai 2026 le coup d’envoi d’un atelier pratique de deux jours consacré au protocole et à la diplomatie parlementaire. Autour de la table selon les informations rapportées par notre journaliste contributeur Gabin Tovonon, les fonctionnaires du département du Protocole et des relations extérieures de l’institution et, face à eux, des praticiens et experts venus de l’Assemblée nationale et du Sénat français. L’événement s’inscrit dans le cadre du PACOP ( Programme d’accompagnement et de coopération parlementaire ) dont le Bénin est l’un des quatre pays africains bénéficiaires, aux côtés du Botswana, du Gabon et de la Sierra Leone. Financé par le ministère de l’Europe et des Affaires étrangères français, le dispositif associe l’Assemblée nationale et le Sénat de France ainsi que l’Assemblée parlementaire de la Francophonie (APF), dans une logique affichée de renforcement de l’influence française dans des espaces où elle fait face à de nouveaux défis.
Un projet relancé après une parenthèse institutionnelle
Le PACOP n’en est pas à son coup d’essai au Bénin. Lancé le 1er septembre 2024, il avait dû marquer une pause en raison des élections législatives et de l’installation d’une nouvelle présidence à la tête de l’Assemblée nationale. C’est donc avec un soulagement non dissimulé que le professeur Jean-Philippe Derosier, consultant du programme et chef de projet, a pris la parole à la cérémonie d’ouverture. Professeur de droit public à l’université de Lille, membre de l’Institut universitaire de France et spécialiste reconnu de droit constitutionnel comparé , Derosier a rappelé l’intensité du chemin déjà parcouru : visioconférences régulières, accueils de délégations béninoises à Paris, missions à Porto-Novo pour des ateliers et séminaires. En mai 2025, une délégation de députés et de fonctionnaires béninois avait notamment été reçue au Sénat français pour des séances de travail portant sur la procédure législative, le fonctionnement des commissions permanentes et la gestion administrative du parlement. Quelques semaines plus tard, en juillet 2025, une autre délégation s’était immergée à l’Assemblée nationale française, où les échanges avaient notamment porté sur les projets PACOP et InterPares et sur la possibilité d’instaurer des stages d’immersion pour les fonctionnaires parlementaires béninois.
Avec cet atelier de mai 2026, le projet entre dans sa dernière ligne droite. Pas moins de cinq à six activités supplémentaires sont programmées d’ici la clôture, à un rythme que Derosier lui-même qualifie d’intense. « Le projet aura été, jusqu’à présent, un très grand succès », a-t-il affirmé, exprimant sa conviction que la coopération franco-béninoise aura, au terme des deux ans, « contribué à renforcer les liens de la diplomatie parlementaire, qui est tout aussi essentielle que la diplomatie au niveau de l’exécutif ».
Le protocole élevé au rang d’outil stratégique
C’est Primaël OGBONI, chef du département du Protocole et des relations extérieures, qui a ouvert les travaux au nom du Secrétaire général administratif de l’Assemblée nationale. Son intervention a d’emblée posé les termes d’une réflexion qui dépasse largement le cadre technique de l’atelier. Le protocole, a-t-il rappelé, n’est pas une simple affaire de préséance ou de formalisme : c’est « le lubrifiant de la diplomatie, l’outil subtil qui permet aux institutions de dialoguer, de négocier et de coopérer avec succès ». Cette formulation résume à elle seule l’ambition qui sous-tend la démarche : faire du département du Protocole et des relations extérieures un acteur à part entière du rayonnement international de l’Assemblée nationale, capable d’accompagner efficacement des missions diplomatiques, de gérer des visites de haut niveau et de s’inscrire dans les réseaux de la diplomatie parlementaire multilatérale.
La présence du professeur et ancien député Victor Prudent TOPANOU, relai du PACOP au sein de l’institution béninoise, aux côtés de Derosier à la cérémonie d’ouverture, témoigne de l’ancrage progressif du programme dans les structures mêmes du parlement de Porto-Novo. Une continuité humaine et institutionnelle qui conditionne la pérennité des acquis au-delà de la durée du projet.
Une coopération qui refuse la subordination
La phrase a frappé par sa clarté politique. En définissant la philosophie de l’atelier comme celle du « partage et non du clonage », Primaël OGBONI a tracé une ligne de démarcation nette entre apprentissage et mimétisme. Le message s’adresse autant aux participants béninois qu’aux experts français présents : les pratiques protocolaires et diplomatiques du parlement français constituent un référentiel utile, voire stimulant, mais non un modèle à reproduire mécaniquement. « Il n’existe pas de modèle parfait ou idéal qu’il suffirait de dupliquer aveuglément. Chaque Parlement a son histoire, sa culture, ses traditions et ses réalités propres », a-t-il insisté, avant d’affirmer que le parlement béninois « a une identité forte » dont le rôle des fonctionnaires est de la « sublimer, non de la remplacer ».
Cette posture n’est pas rhétorique. Elle s’inscrit dans une dynamique plus large de réaffirmation institutionnelle que l’Assemblée nationale du Bénin conduit depuis plusieurs années, multipliant les échanges avec Paris sur des sujets aussi variés que la gestion financière, la communication digitale ou la coopération parlementaire bilatérale, tout en assumant pleinement sa singularité. Dans un contexte où les relations entre la France et ses partenaires africains font l’objet de réévaluations profondes, la formule d’OGBONI sonne comme une posture de principe : celle d’une institution qui choisit délibérément l’émulation plutôt que la dépendance, et qui entend tirer de cette coopération des outils concrets au service de ses propres ambitions diplomatiques. Pour ce qui concerne l’atelier, il se poursuit ce mercredi 20 mai 2026.
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