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Investiture à Cotonou, Olivier Boko, Sénat, grâce … Ce qu’il faut retenir du dernier grand oral de Wilfried Léandre Houngbédji

Gouvernance, La Marina BJ C’est un rituel qui s’achève, non sans une pointe de solennité. Ce mercredi 20 mai 2026 à Cotonou, Wilfried Léandre Houngbédji a orchestré ce qui restera sa dernière conférence de presse en tant que secrétaire général adjoint et porte-parole du gouvernement de Patrice Talon. À quatre-vingt-seize heures exactement de la passation de pouvoir et de l’investiture du président élu Romuald Wadagni, celui qui fut pendant près d’une décennie la voix officielle de la « Rupture » s’est prêté au traditionnel jeu des questions-réponses avec la presse.

Affaire Olivier Boko, couacs de l’investiture, avenir du Sénat et grâces présidentielles : aucun sujet tabou n’a été esquivé. Synthèse d’un grand oral en forme de testament politique.

Investiture à Cotonou

La première question d’importance portait sur le changement de lieu de la cérémonie d’investiture du nouveau président de la République. Depuis l’avènement du renouveau démocratique, Porto-Novo s’était imposée comme le lieu naturel de prestation de serment des présidents béninois, notamment au stade Charles-de-Gaulle, des dernières investitures.

Wilfried Léandre Houngbédji a fourni une explication technique sans ambiguïté : la cérémonie de prestation de serment du président élu, initialement prévue à Porto-Novo, ne pouvait finalement pas se tenir au stade Charles-de-Gaulle en raison des travaux de réhabilitation engagés sur l’infrastructure sportive, décidés en Conseil des ministres lors de la séance du 15 octobre 2025. Les études techniques ayant pris plus de temps que prévu, les travaux de réfection n’ont démarré que tout récemment, rendant matériellement impossible l’organisation de l’événement sur le site dans les délais impartis. C’est ainsi que le Palais des Congrès de Cotonou a été retenu comme cadre de substitution. À ceux qui s’interrogeaient sur une éventuelle perte de charge symbolique ou spirituelle liée à l’absence de Porto-Novo, le porte-parole du gouvernement béninois sortant a répondu avec aplomb que « La République est partout chez elle… »

Olivier Boko en prison, point final

Deuxième sujet brûlant, la situation d’Olivier Boko, l’homme d’affaires longtemps présenté comme le numéro deux informel du régime Talon avant sa chute spectaculaire. Condamné le 30 janvier 2025 par la CRIET à vingt ans de réclusion criminelle et à 4,5 milliards de francs CFA d’amende pour « complot contre l’autorité de l’État et corruption d’agent public », son transfert discret, le 7 mai dernier, de la prison de haute sécurité de Missérété vers la prison civile de Cotonou a ravivé les rumeurs d’une supposée « exfiltration sanitaire » ou de passe-droits sur les réseaux sociaux. Face à ces spéculations, la réponse de Wilfried Léandre Houngbédji a été glaciale et laconique. Selon lui, « Monsieur Boko, à ce que je sache, se trouve en prison.» Rappelant que la charge de la preuve incombe aux colporteurs de rumeurs, il a fustigé des « polémiques artificielles ».

Le flou calendaire du Sénat était également au coeur de cette dernière rencontre avec la presse. Validée lors de la révision constitutionnelle de novembre 2025, la future chambre haute du Parlement béninois se fait attendre. Interrogé sur le calendrier de son installation, le porte-parole du gouvernement s’est voulu rassurant mais mystérieux. « Vous n’attendrez plus aussi longtemps que vous avez déjà attendu. » affirme-t-il. Pour rappel, l’activation de cette institution stratégique devrait figurer au sommet de la pile des dossiers du président élu Romuald Wadagni dès le lendemain de son investiture.

Le grand flou artistique de la grâce présidentielle

C’est sur la question des détenus présentés par certains observateurs comme des « prisonniers politiques » que Houngbédji a livré sa réponse la plus diplomatiquement ciselée. La position du porte-parole sur ce sujet demeure constante. À Paris comme à Cotonou, il nie l’existence de prisonniers politiques au Bénin, assurant que personne ne s’est retrouvé derrière les barreaux sans avoir commis une infraction. Cette ligne, il l’a réaffirmée avec une nuance sémantique qu’ « il y a des acteurs politiques qui sont en prison pour diverses infractions. Cela n’en fait pas des prisonniers politiques. » Cette position fait écho à ce qu’il avait déclaré sur France 24 le 5 avril 2026, répondant à des questions sur des personnalités comme le professeur Joël Aïvo et l’ancienne ministre Reckya Madougou.

Sur la possibilité d’une grâce présidentielle avant le 24 mai, le porte-parole n’a ni confirmé ni infirmé. Pour Wilfried Léandre Houngbédji « en quatre-vingt-seize heures, beaucoup de choses peuvent se passer y compris les choses que vous n’espérez pas. Et peut-être aussi que les choses que vous espérez peuvent ne pas advenir. » Une formule d’oracle, assumée, qui dit tout de la posture d’un homme en fin de mission.

Sur le bilan de dix ans de gouvernance, Wilfried Léandre Houngbédji n’a pas ménagé les superlatifs. Sur la démocratie, terrain glissant, le porte parole a persisté dans une thèse désormais rodée, non pas un recul, mais une « normalisation ». Sur la sécurité, il a rapporté un échange matinal avec le chef d’état-major général des forces armées béninoises, soulignant la résilience du territoire face aux tentatives d’attaques terroristes, et la capacité à avoir organisé les élections dans l’ensemble des villages et quartiers du pays. Autre sujet évoqué, la question des licenciements massifs à la Société de Radio et Télévision du Bénin (SRTB) que le porte-parole trouve « humainement déplorable ».

Les confidences de « l’avocat intrépide »

L’un des moments les plus inattendus de la séance a été celui où Houngbédji a parlé en son nom propre. Interrogé sur son plus grand regret, il a choisi l’esquive élégante de l’homme qui sait que ses mémoires, s’il les écrit, auront plus de valeur que n’importe quelle déclaration à chaud. Mais il a livré une leçon tirée de neuf ans et demi d’exercice : « La vie n’est pas ou chaude ou froide, ou noire ou blanche. Entre le chaud et le froid, vous avez plusieurs nuances de tiède. » À son successeur dans les fonctions de porte-parole, il n’a laissé qu’un seul conseil, formulé comme un mandat de fond de « se faire l’avocat du Bénin, un avocat intrépide, qui ne concède rien tant qu’il s’agit de l’honneur du Bénin. »

En général, cette conférence de presse est moins un bilan exhaustive qu’une mise en scène maîtrisée de la transmission. Wilfried Léandre Houngbédji y a défendu avec constance la ligne du gouvernement sortant sur l’ensemble des dossiers, sans jamais sortir du cadre, sans jamais concéder l’essentiel. Le président élu SEM Romuald Wadagni, élu le 12 avril 2026 avec 94,05 % des suffrages exprimés pour un mandat de sept ans, prend d’ici quelques jours les rênes d’un pays que son prédécesseur, Patrice Talon, lui remet avec un bilan revendiqué comme solide, et des chantiers institutionnels, le Sénat en tête, qui attendront son propre agenda pour se concrétiser. Les dossiers non soldés notamment les détenus politiques, la grâce présidentielle éventuelle, la composition définitive du Sénat, demeurent, sauf changement de dernière minute, en suspens à quelques heures de la passation.

Dans quatre-vingt-seize heures, une nouvelle page s’ouvre. Et pour la première fois depuis dix ans, ce ne sera probablement plus Wilfried Léandre Houngbédji qui en dictera les éléments de langage.

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