Criminalité transnationale, La Marina BJ — L’Office Central de Répression du Trafic Illicite des Stupéfiants du Niger (OCRTIS) a présenté à la presse le lundi 25 mai 2026 une saisie de 233 briques de cocaïne d’un poids total de 268,045 kg, interceptées le 19 mai dans la région de Zinder. Un record national qui met en lumière un corridor de narco-trafic traversant le Bénin, le Togo, le Ghana et le Nigeria avant d’atteindre les pistes sahélo-sahariennes vers la Libye.
Selon les informations rapportées par notre journaliste contributeur Noé William HOUNKANRIN, l’opération a été déclenchée grâce à un renseignement opérationnel précis signalant la circulation d’un camion suspect en provenance d’Accra. Un dispositif d’interception stratégiquement déployé à l’entrée de Zinder a permis d’immobiliser le véhicule et de le conduire dans les locaux de l’antenne régionale de l’OCRTIS. La fouille minutieuse de la remorque a révélé des compartiments secrets spécialement aménagés, dissimulant la drogue dont la valeur marchande est estimée à 16,08 milliards de FCFA. À ce stade, huit individus de nationalité nigérienne ont été interpellés, tandis que plusieurs complices sont activement recherchés au Niger, au Ghana et à Lomé. Les perquisitions menées dans des garages et des domiciles liés aux suspects ont permis de découvrir de nombreuses plaques d’immatriculation de différents pays, confirmant la logistique transfrontalière et l’organisation quasi-industrielle du réseau.
Les investigations policières ont permis de reconstituer précisément le tracé de la cargaison, qui s’étend sur cinq pays d’Afrique de l’Ouest. Partie d’Accra au Ghana, la drogue a transité par Lomé au Togo, puis par Kandi au Bénin, avant de rejoindre Sokoto au Nigeria. Elle est ensuite entrée sur le territoire nigérien par Konni, transitant par Maradi et Zinder, avec pour destination finale présumée la Libye via la bande sahélo-saharienne. Le Bénin apparaît ainsi nommément comme une étape clé de cet itinéraire criminel. Cette configuration confirme les analyses des spécialistes de la sécurité, qui observent que la cocaïne débarquée dans les pays côtiers du Golfe de Guinée emprunte désormais des couloirs terrestres de convergence vers le Niger, véritable plaque tournante avant les routes sahariennes menant vers la Méditerranée et l’Europe.
L’axe Cotonou-Niamey sous la loupe des enquêteurs
Cette affaire établit un lien direct avec des dossiers criminels antérieurs et met en cause des visages connus des services de sécurité. Le cerveau présumé de ce réseau a été identifié comme étant un certain Hamadou Samey Issa, alias « le Malien ». Ce dernier est déjà impliqué dans la saisie de 51,7 kg de cocaïne réalisée par l’OCRTIS le 29 septembre 2025 à Gaya, la ville frontalière jouxtant le Bénin, au sud-ouest du Niger. Actuellement en fuite et visé par un mandat d’arrêt international, sa traque mobilise les services de la sous-région. En raison de sa complexité et de ses ramifications internationales, l’ensemble du dossier sera transmis au Pôle Judiciaire Spécialisé en matière de lutte contre le terrorisme et la criminalité transnationale organisée de Niamey.
Ce développement n’est pas isolé et rappelle la vulnérabilité des axes logistiques régionaux connectés au port de Cotonou. En février 2026, l’interception d’un véhicule Volkswagen à la barrière de Badaguiri, dans le département d’Illela, avait déjà mis en alerte les autorités. L’enquête douanière avait permis de retracer le parcours du véhicule, arrivé au port de Cotonou en janvier 2026 après avoir été embarqué à Marseille en décembre 2025. Il dissimulait à son bord 800 000 comprimés d’ecstasy, pour une valeur estimée à 8 milliards de FCFA.
Cette nouvelle saisie record de Zinder intervient alors que l’USPFM béninoise venait elle-même de saisir plus de 90 kg de cocaïne dans le bassin portuaire de Cotonou le 16 mai 2026 (Lire LMBJ du 19/05/2026). L’accumulation de ces affaires illustre la consolidation progressive de corridors de narco-trafic articulant les façades maritimes ouest-africaines à l’hinterland saharien. Face à une architecture criminelle d’une telle envergure, touchant au moins cinq États dans le cas en espèce, la réponse ne peut être qu’une coordination sécuritaire régionale structurée.
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