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Filières agricoles au Bénin : Adin Yéton Bloukounon annonce un mécanisme « assez pacifique » pour retenir les récoltes

Agriculture, La Marina BJ – En tournée récente dans le centre du pays, le ministre de l’Agriculture, de l’Élevage et de la Pêche a mis le doigt sur le maillon faible de l’ambition industrielle béninoise : la sécurisation des flux de récoltes vers les usines nationales. Entre maillage territorial et régulation incitative, décryptage d’une stratégie en pleine mutation avec le nouveau gouvernement du Président Romuald Wadagni.

C’est le paradoxe d’une transition industrielle réussie qui affiche désormais ses propres limites structurelles. En visitant les installations de l’usine Premium Rice, spécialisée dans la transformation du riz Padi, à l’occasion d’une récente tournée de trois jours à Glazoué, Dassa et Paouignan, le ministre Adin Yéton Bloukounon Goubalan a posé un diagnostic lucide sur l’état de l’agroindustrie béninoise. Si le pays a su attirer les investisseurs et moderniser ses capacités de transformation, comme en témoigne la présence sur le marché de plusieurs marques locales, l’enjeu s’est déplacé des usines vers les champs. L’urgence n’est plus seulement de construire des infrastructures, mais de les nourrir.

Des capacités à saturer

Le constat de départ du ministre est pragmatique car l’État a joué son rôle de facilitateur en créant un écosystème attractif pour les capitaux privés. Cependant, cette prolifération d’unités de transformation modernes crée une pression inédite sur l’amont agricole. Le ministre a d’ailleurs martelé que lorsqu’il y a des efforts du secteur privé et lorsque l’État met en place un environnement favorable pour permettre au privé de s’installer comme ça, « il faut mettre à la disposition du privé la matière première ».

Aujourd’hui, la viabilité économique de fleurons industriels comme Premium Rice dépend entièrement de la régularité de leur approvisionnement. Face à la concurrence des circuits d’exportation brute vers les pays voisins et à la spéculation transfrontalière, le gouvernement béninois fait face à son plus grand chantier. Le ministre reconnaît explicitement que le grand défi actuel est de savoir comment faire pour sécuriser cette matière première qu’est le coton, le riz, le soja ou encore la noix de cajou.

Mailler le territoire pour fixer la valeur

Pour répondre à ce défi, Adin Yéton Bloukounon Goubalan dévoile une stratégie articulée autour d’un modèle mixte, soutenu techniquement et financièrement par le Fonds international de développement agricole (FIDA) et le Centre d’investissement de la FAO. L’ambition majeure est de rompre définitivement avec une vision exclusivement macro-industrielle pour interconnecter efficacement les grands transformateurs à un réseau d’unités intermédiaires.

Le chef du département de l’agriculture du gouvernement Wadagni(lire LMBJ du 25/05/2026) a précisé ce choix stratégique en expliquant que ce ne sera pas un programme de transformation de l’agro-industrie seulement focalisé sur les grandes industries, mais que ce sera bel et bien un programme mixte. L’objectif à terme est de mailler le territoire national avec de ces petites usines qui vont automatiquement créer de la main-d’œuvre locale au niveau des hameaux et au niveau des communes, tout en restant positionnées aux côtés des grandes usines.

Selon les informations rapportées par notre journaliste contributeur Gabin Tovonon, ce maillage territorial vise un double objectif stratégique car il permet d’abord de sécuriser la collecte au plus près des zones de production pour court-circuiter les réseaux informels d’exportation sauvage, tout en garantissant l’impact social de la croissance agricole pour permettre aux exploitants de quitter l’extrême pauvreté vers la richesse.

L’État refuse la méthode « gendarme »

La question cruciale reste celle des modalités concrètes de cette sécurisation car il faut trouver le moyen de retenir le riz Padi, le soja ou le cajou sur le sol béninois sans recourir à des mesures coercitives qui pénaliseraient directement le pouvoir d’achat des producteurs nationaux.

Sur ce point précis, le ministre se veut rassurant en indiquant que des discussions interministérielles sont actuellement en cours pour concevoir un mécanisme de régulation innovant. Il a ainsi confié « que ce ne sera pas un mécanisme gendarme, mais plutôt un mécanisme assez pacifique » pour sécuriser en fait ces matières-là. Ce choix de la diplomatie économique et contractuelle suggère, selon l’un de nos spécialistes à la rédaction, la mise en place prochaine de contrats d’agrégation renforcés, de prix planchers garantis et d’incitations fiscales pour les producteurs qui choisissent volontairement la filière locale. Pour ce dernier, c’est une approche indispensable pour absorber les chocs et stabiliser un secteur où, selon les mots du ministre, l’agriculture est un métier noble qui doit impérativement devenir un métier structurellement rentable pour tous.

Pour le Bénin, l’enjeu de la campagne agricole en cours et des années à venir ne se mesurera plus seulement en volumes récoltés, mais bien en tonnes transformées sur le sol national. Le virage est définitivement amorcé et l’exécution de ce mécanisme pacifique en sera la véritable clé de voûte.

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