Inclusion financière, La Marina BJ — Selon les dernières données de la BCEAO publiées ce 17 juin 2026, le Bénin s’est hissé au premier rang de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) en matière d’inclusion financière. En une décennie, le pays a opéré une transformation structurelle sans précédent, propulsant son Taux de Bancarisation Élargi (TBE) à un niveau historique de 89,3 %. Décryptage d’une trajectoire d’exception.
Ce n’est plus une simple progression, c’est un changement de paradigme. Les statistiques de la Banque Centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) passées au crible sur la période 2014-2024 dressent un portrait saisissant du Bénin. En l’espace de dix ans, le pays est passé du statut d’élève appliqué à celui de leader incontesté de la finance inclusive au sein de la zone UEMOA.
Avec un Indice Synthétique d’Inclusion Financière (IIF) établi à 0,663 en 2024, le Bénin surclasse le Sénégal (0,643) et le Togo (0,641), s’installant durablement au-dessus de la moyenne régionale (0,600). Pour comprendre comment le pays a réussi à intégrer près de 90 % de sa population au système financier formel et semi-formel, il faut analyser les rouages d’un modèle fondé sur une capillarité territoriale unique.
L’effet de levier du « Mobile Money » et des IMF
Le premier secret de la réussite béninoise réside dans l’accès physique aux services. En 2014, le Taux Global de Pénétration Démographique (TGPSFd) mesurait un niveau modeste de 45 points de services pour 100 000 habitants. Neuf ans plus tard, en 2023, ce chiffre enregistrait une explosion spectaculaire pour atteindre 608 points, un record absolu dans l’espace communautaire. À titre de comparaison, la moyenne de l’UEMOA plafonnait alors à 204 points. Bien qu’une correction technique ou méthodologique ait ramené cet indicateur à 417 en 2024 — traduisant une phase logique de rationalisation et d’assainissement des réseaux —, la densité géographique reste hors norme. Le Bénin compte 2 867 points de services par millier de km², loin devant la Côte d’Ivoire (1 295) ou le Sénégal (1 139). Ce quadrillage chirurgical du territoire, des centres urbains aux zones semi-rurales, est le fruit du déploiement massif des terminaux de mobile money et du dynamisme des Systèmes Financiers Décentralisés (SFD).
Avoir un point de service au coin de la rue est une chose, inciter les populations à l’utiliser en est une autre. Sur ce plan, le Bénin affiche un profil dual mais particulièrement performant. Le secteur bancaire classique, historiquement sous-dimensionné, a fourni des efforts notables : Le Taux de Bancarisation Strict (TBS) s’établit à 38,2 % en 2024, plaçant le Bénin en tête de l’union sur cet indicateur, devant la Côte d’Ivoire (33,6 %) et la moyenne de la zone (25,2 %). Mais la véritable bascule vers la finance de masse s’est faite par le canal de la finance digitale et des institutions de microfinance (IMF). Le Taux de Bancarisation Élargi (TBE), qui intègre ces acteurs, culmine à 89,3 %. Près de 9 Béninois sur 10 disposent ainsi d’un canal financier formel. Ce dynamisme est corroboré par le Taux Global d’Utilisation des Services Financiers (TGUSF) corrigé de la multibancarité qui, à **89,8 %, affiche une progression linéaire et continue depuis 2014 (57,7 %). L’usage des services financiers est désormais ancré dans le quotidien des agents économiques béninois.
L’ombre au tableau
Si la trajectoire macroéconomique consacre le modèle de croissance béninois, les données de la banque centrale mettent également en lumière un point de vigilance structurel : le coût de l’argent. Si l’épargne est rémunérée de manière compétitive avec un taux d’intérêt nominal sur les dépôts de 5,34 % (contre 5,26 % pour la moyenne régionale), le loyer de l’argent reste cher. Le taux d’intérêt nominal des crédits bancaires s’établit à 7,24 % en 2024, soit un demi-point de pourcentage au-dessus de la moyenne de l’UEMOA (6,76 %). Bien que le Bénin reste plus attractif que le Niger (8,85 %) ou la Guinée-Bissau (8,67 %), il souffre de la comparaison avec les locomotives économiques de l’Union comme le Sénégal (5,93 %) ou la Côte d’Ivoire (6,45 %). Pour le tissu entrepreneurial national et les PME, ce différentiel de taux représente un défi de compétitivité majeur qu’il conviendra d’atténuer pour transformer l’inclusion financière en levier de financement de l’économie réelle.
La décennie 2014-2024 restera celle de l’accès et de l’adoption pour le Bénin. Ce succès est la convergence de trois facteurs déterminants : la stratégie agressive des opérateurs de téléphonie (MTN MoMo, Moov Money), l’adaptation du cadre réglementaire de la BCEAO en matière de paiements électroniques, et la résilience sectorielle des SFD. La légère contraction des indicateurs d’accès physique observée en fin de période indique que le marché béninois entre désormais dans une phase de maturité. L’enjeu des dix prochaines années ne sera plus d’ouvrir des points de vente, mais de diversifier l’offre (micro-assurance, épargne à long terme) et d’abaisser le coût du crédit pour consolider définitivement ce leadership régional.
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