Trafic, La Marina BJ – Avec 999 kg interceptés entre avril et juin, le second trimestre 2026 confirme l’accélération de la traque contre les produits pharmaceutiques contrefaits. Le bilan semestriel frôle désormais les deux tonnes, révélant une mutation profonde des modes opératoires des trafiquants, entre usines de reconditionnement clandestines et nouveaux corridors frontaliers.
La lutte contre le « poison en gélules » passe à la vitesse supérieure. Selon les données compilées par le cabinet WE Connector pour La Marina BJ, la Police Républicaine a réalisé un véritable tour de force au deuxième trimestre 2026 en saisissant précisément 999 kilogrammes de médicaments contrefaits. Ajouté au bilan corrigé du premier trimestre (943,5 kg), ce sont au total 1 942,5 kilogrammes de produits médicaux falsifiés qui ont été retirés du marché noir en l’espace de six mois. Un bilan semestriel qui frôle les deux tonnes et témoigne d’un changement d’échelle dans la riposte sécuritaire.
Bassila, nouveau hub logistique du trafic ?
La grande surprise de ce deuxième trimestre vient du département de la Donga, jusqu’ici épargné par les saisies majeures. Le 1er juin, une opération d’envergure au village Camp Pionnier, à Bassila, a permis de démanteler une infrastructure d’un genre nouveau, à savoir un entrepôt clandestin où des individus étrangers stockaient et préparaient la marchandise pour redistribution. À elle seule, cette saisie de 540 kg représente plus de la moitié du volume intercepté au cours du trimestre. Contrairement aux simples saisies de transit, la découverte de cet entrepôt à l’écart des grands centres urbains suggère que les réseaux criminels tentent d’installer des bases logistiques arrière dans le nord et le centre du pays pour approvisionner ensuite les marchés du sud.
Si le premier trimestre avait révélé le couloir nigérian via Igolo (Lire LMBJ du 03/04/2026), le second trimestre consacre la poussée du corridor ouest. Le département du Mono, et plus particulièrement l’arrondissement d’Adjaha à Grand-Popo, est devenu un point chaud de l’activité policière. En l’espace d’un mois, deux interceptions majeures y ont ciblé des conducteurs de taxi-moto jouant les passeurs depuis la bande frontalière togolaise. La première intervention s’est déroulée le 19 mai à Kotokoli où une course-poursuite a permis de récupérer 177 kg de produits abandonnés dans la brousse par les trafiquants. La seconde s’est produite dans la nuit du 20 au 21 juin à Sazué où une filature policière minutieuse a conduit à l’arrestation d’un motocycliste avec 95 kg de cargaison illicite. Parallèlement, la vente domiciliaire persiste puisqu’à Agblangandan, dans l’Ouémé, fin avril, la police a démantelé une véritable officine clandestine au domicile d’une commerçante sexagénaire en saisissant 187 kg de produits disposés sur des étagères comme dans une pharmacie légale.
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Vers une stratégie policière plus chirurgicale
Au-delà des volumes, c’est la méthode qui évolue d’après notre journaliste contributeur Noé William HOUNKANRIN. Les données du rapport du cabinet WE Connector pour La Marina BJ, révèlent que la police fait « mieux avec moins » car le volume total a augmenté de 5,9 % alors que le nombre d’opérations médiatisées a diminué. Conséquence directe, la saisie moyenne par opération a bondi de 32,4 %, s’établissant à près de 250 kg par intervention. Cette efficacité accrue s’explique par la sophistication des méthodes d’enquête. Les descentes fortuites cèdent la place à des techniques de pointe comme les filatures frontalières et les bouclages de périmètres planifiés. Autre signal de professionnalisation, le taux de chiffrage des opérations est passé à 100 % ce trimestre, traduisant une rigueur accrue des unités locales dans la pesée et la conservation des preuves matérielles.
Malgré ces victoires tactiques, des questions de fond demeurent en suspens. Si les suspects de Grand-Popo ont été transférés à la Brigade Économique et Financière (BEF), la majorité des dossiers de ce trimestre a été orientée vers les parquets locaux pour des procédures de garde à vue classiques. De plus, l’absence de données publiques sur la valeur marchande réelle des saisies, la nature des molécules interceptées et, surtout, le taux de condamnation effectif des individus présentés devant les procureurs reste le maillon faible de la communication institutionnelle. Pour assécher définitivement la filière selon l’un de nos spécialistes à la rédaction, l’effort de transparence devra non seulement porter sur les saisies de terrain, mais aussi sur l’effectivité des sanctions judiciaires contre les cerveaux de ce réseau transfrontalier.
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