Business, La Marina BJ – Le Forum d’affaires B2B multisectoriel qui se tient à Cotonou du 8 au 10 juillet marque une volonté partagée de Rabat et de Cotonou de transcender une coopération diplomatique solide par des liens économiques renforcés. Entre diplomatie offensive et nécessité de transformation industrielle, le face-à-face entre opérateurs des deux pays s’ouvre avec l’ambition de convertir, avant sa clôture prévue vendredi, les intentions en projets concrets.
En réunissant à Cotonou les acteurs économiques, l’Agence marocaine de développement des investissements et des exportations (AMDIE) et l’Agence béninoise de promotion des investissements et des exportations (APIEx), ne font pas que recevoir des délégations ; elles tentent de réparer une anomalie. Si les relations entre le Royaume du Maroc et le Bénin sont historiquement intenses sur le plan politique, les échanges commerciaux, eux, peinent encore à refléter ce dynamisme. Ce rendez-vous de trois jours, d’immersion totale avec symposiums, visites de sites et, surtout, rencontres B2B ciblées, se veut donc le catalyseur d’une nouvelle ère, où la complémentarité des économies doit supplanter le déséquilibre actuel des flux.
L’aveu d’une sous-performance commerciale
L’ambassadeur du Royaume du Maroc près le Bénin, Rachid Rguibi, a donné le ton dès l’ouverture des travaux. Sans détour, le diplomate a qualifié les échanges actuels de « fluctuants et peu diversifiés ». Une mise au point nécessaire pour sortir du ronronnement diplomatique. Pour le représentant du Royaume, ce forum n’est pas une énième cérémonie, mais une « plateforme privilégiée » pour forcer le destin économique des deux nations. Un aveu de sous-performance qui sonne comme un signal, Rabat est prêt à intensifier son empreinte sur le marché béninois.
Face à cette offensive, le Bénin, sous l’impulsion de son directeur général de l’APIEx, Éric Akoute, refuse la posture du simple destinataire d’investissements. Il prône une approche en miroir : « Nous voulons nous appuyer sur l’expérience marocaine, mais le Maroc doit aussi tirer profit de nos acquis, notamment en matière de zones industrielles et de tourisme. » Pour le représentant du ministre du Commerce, l’enjeu dépasse le cadre bilatéral, il s’agit d’ancrer le Bénin dans une dynamique continentale. En ligne de mire, la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAF). « L’Afrique doit être vue comme un grand marché », martèle le DG de l’APIEx, positionnant ainsi le Bénin comme un hub stratégique plutôt que comme un simple marché de consommation. Au-delà du simple commerce de marchandises, le Bénin propose aux opérateurs marocains de se projeter dans l’agro-industrie, le tourisme, la santé, le numérique et les infrastructures. En présentant ses plus de 13 millions de consommateurs comme la porte d’entrée d’un marché régional de plus de 400 millions de personnes au sein de la CEDEAO, l’APIEx entend transformer cette rencontre en une rampe de lancement pour des investissements industriels croisés durables.
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Entre diplomatie offensive et épreuve du terrain
Ce forum s’inscrit dans une dynamique marocaine résolument offensive, portée par la feuille de route du commerce extérieur 2025-2027, qui vise 84 milliards de dirhams d’exportations supplémentaires, dont 12 milliards ciblés sur le seul marché africain. Pour le Bénin, cette séquence confirme une accélération diplomatique et économique méthodique engagée ces derniers mois par le DG APIEX, entre le protocole d’accord signé avec la Côte d’Ivoire en janvier dernier et le mémorandum conclu avec le Nigeria la même quinzaine.
Cependant, le succès de cet événement ne se mesurera ni à l’aune des discours, ni aux protocoles signés. La réussite de ce « réveil commercial » dépendra de la capacité des acteurs privés à transformer ces trois jours de rencontres en investissements tangibles. Le format structuré et sectoriel choisi pour cette édition, privilégiant la pérennité institutionnelle entre l’AMDIE et l’APIEx, offre néanmoins des garanties de suivi inédites pour ancrer durablement cette nouvelle dynamique.
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