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Bénin : Pour Komi Koutché, le président Romuald Wadagni « a les capacités de faire le job »

Politique, La Marina BJRompant un long silence médiatique, l’ancien ministre d’État chargé de l’Économie et des Finances, Komi Koutché, s’est prononcé sur les premiers pas du président Romuald Wadagni à la magistrature suprême. Entre validation technique, réserves économiques sur l’héritage Talon et stratégie de communication minutieusement calibrée, le natif de Bantè redistribue les cartes du débat politique national.

C’est ce qui s’appelle une offensive médiatique d’envergure. Pour qui en doutait, le timing est tout sauf un hasard. Alors que son entretien grand format accordé à Jeune Afrique est accessible en ligne depuis hier, mercredi 8 juillet, Komi Koutché enfonce le clou ce jeudi 9 juillet 2026 dans les colonnes du quotidien national Matin Libre, disponible en kiosque. En occupant simultanément les canaux internationaux et la presse locale, l’ancien grand argentier de Boni Yayi signe un retour politique fracassant et livre un message central : sur le plan des compétences, le nouveau chef de l’État, Romuald Wadagni, a l’étoffe de sa fonction.

« Sagesse » et légitimité technique

Interrogé par nos confrères de Matin Libre sur le profil du nouveau président béninois, investi le 24 mai dernier, Komi Koutché n’a pas tari d’éloges sur les qualités intrinsèques de l’homme. Évoquant des relations humaines basées sur un « respect franc et sincère » depuis leur passation de charges en 2016, l’ancien ministre en exil dit avoir décelé chez son successeur trois vertus cardinales : « l’authenticité, l’humilité et la sagesse ».

Au-delà de l’homme, c’est le technocrate que Koutché valide. Pour lui, Romuald Wadagni a été « parmi les personnalités les moins clivantes » de la décennie Talon. Malgré des réserves à peine voilées sur les conditions de l’élection du 12 avril dernier, estimant que Wadagni « mériterait mieux d’être le produit d’une élection organisée dans les règles de l’art » , le verdict de l’exilé est qu’« Il a les capacités de faire le job, s’il s’en donne les moyens et conserve ses propres qualités personnelles. » Face à l’urgence de gouverner, Komi Koutché choisit le réalisme politique ; « Il faut bien dans tous les cas que le pays soit dirigé. Avançons donc ».

L’observation avant le jugement

Si l’ancien ministre d’État valide le potentiel du président, il garde un œil critique sur ses premiers pas, notamment le dégel diplomatique amorcé avec les pays de la sous-région (Niger, Mali, Burkina Faso). Pour Koutché, la normalisation des relations est vitale car « nos économies sont fortement interdépendantes », rappelant au passage que l’ex chef de l’Etat Patrice Talon avait lui-même amorcé ce virage en fin de mandat sans réussir à briser une « crise de confiance presque irréversible ».

Cependant, concernant les premières annonces sociales et économiques du nouveau pouvoir, l’ex ministre de Boni Yayi appelle à la prudence, y voyant pour l’instant une « stratégie de neutralisation des consciences » destinée à faire baisser la tension sociale. « C’est dans le genre de maman qui trouve quelque chose pour occuper son bébé qui pleure pour avoir le temps de s’occuper du ménage », image-t-il, préférant attendre des éléments plus concrets pour juger.

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Le paradoxe de la croissance économique

Le cœur de l’analyse de Komi Koutché reste macroéconomique. Confrontant les discours officiels aux réalités du terrain, il soulève un paradoxe que certains opposants ne cessent d’analyser depuis le régime de la Rupture, la déconnexion entre une croissance robuste (supérieure à 6 % en moyenne sur la décennie) et la précarité des ménages. S’appuyant dit-il sur les chiffres récents du Conseil Économique et Social, Koutché rappelle que « 72,9 % de la population active vit en situation de sous-emploi ». Une statistique alarmante qu’il juxtapose aux propres déclarations de Romuald Wadagni lors du lancement de son projet de société, admettant que « l’extrême pauvreté se trouve aux portes de Cotonou ». Pour l’ancien ministre, une économie résiliente ne devrait pas laisser subsister une telle vulnérabilité.

À l’aube de ses 50 ans, Komi Koutché affirme avoir évacué toute amertume vis-à-vis de l’ancien président Patrice Talon, « la principale victime d’une telle amertume serait moi-même » déclare-t-il. Il se dit prêt à mettre son expérience à la disposition des plus jeunes générations, tout en saluant les avancées du régime sortant sur le plan infrastructurel et de la modernisation de l’état civil. Pourtant, cette double sortie médiatique en moins de 24 heures, démontre que l’homme politique reste un stratège. En adoubant techniquement le Président Romuald Wadagni tout en se posant en garant de la rigueur macroéconomique, Komi Koutché ne fait pas que commenter l’actualité, il redéfinit sa posture sur l’échiquier politique national pour l’après-Talon. L’histoire est en marche, et Komi Koutché refuse manifestement de la regarder depuis le rétroviseur.

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