Commerce international, La Marina BJ – Tout en saluant la vitalité économique et le dynamisme des réformes au Bénin, le ministère vietnamien de l’Industrie et du Commerce appelle ses entreprises à renforcer la diligence raisonnable avant de s’engager avec des partenaires locaux. En cause : des contraintes récurrentes au niveau du système bancaire et des délais d’exécution internationaux qui incitent les autorités asiatiques à la vigilance.
À première vue, le tableau économique du Bénin séduit et rassure. Dans une note d’analyse publiée à la suite d’une mission de terrain à Cotonou, les délégués du Bureau commercial du Vietnam au Maroc, dont la juridiction couvre également le Bénin, ont rendu un hommage appuyé aux performances macroéconomiques nationales. La croissance soutenue, conjuguée aux politiques gouvernementales incitatives en matière d’investissements directs étrangers (IDE), place le pays parmi les destinations d’affaires les plus attractives d’Afrique de l’Ouest.
Cependant, derrière cet élan de prospérité globale, la réalité des échanges bilatéraux impose un pragmatisme rigoureux. Le gouvernement vietnamien vient en effet de diffuser une mise en garde formelle à l’attention de son tissu entrepreneurial : l’enthousiasme du marché béninois ne doit en aucun cas éclipser la nécessité d’une gestion stricte des risques transactionnels.
Un secteur bancaire sous surveillance
Selon les informations rapportées par notre journaliste contributeur Noé William HOUNKANRIN, au cœur des préoccupations transmises par le Bureau commercial d’Hanoï figure le secteur bancaire et financier béninois. Bien que la note reconnaisse les avancées substantielles réalisées ces dernières années par les institutions financières locales, elle dresse un état des lieux sans complaisance des vulnérabilités opérationnelles qui persistent. Le diagnostic pointe notamment des délais anormalement longs dans le traitement des règlements et des documents commerciaux internationaux. À cette lourdeur administrative s’ajoute une coordination souvent jugée suboptimale entre les établissements de crédit et les opérateurs économiques, complexifiant le suivi fluide des opérations de fret et de paiement.
Plus préoccupant pour les exportateurs asiatiques, le règlement des litiges financiers en cas d’impayé ou de blocage exige un temps considérable de concertation avec les banques et les autorités de régulation. La note souligne également une forte hétérogénéité des pratiques de vigilance à l’égard de la clientèle (KYC) et des protocoles de gestion du risque d’un établissement bancaire à un autre, rendant les anticipations financières particulièrement délicates pour les fournisseurs étrangers. Face à ces faiblesses, le Bureau commercial formule des règles strictes en matière d’instruments de paiement sécurisés et de gestion du crédit client.
Les autorités recommandent d’exiger impérativement l’utilisation de lettres de crédit irrévocables (L/C) pour l’ensemble des contrats de grande valeur. De même, les exportateurs sont invités à rejeter fermement les clauses de paiement différé ou la mainlevée des documents d’expédition avant paiement complet, à moins d’avoir procédé au préalable à une évaluation irréprochable de la solvabilité de la contrepartie. Enfin, cette discipline financière impose une vérification systématique de l’identité juridique des partenaires à travers la fourniture préalable du certificat RCCM, du numéro IFU, des informations bancaires et des coordonnées du représentant légal.
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L’APIEX comme garde-fou de la transparence
Face à ces risques de contrepartie, les autorités vietnamiennes n’encouragent pas le repli, mais prônent la vérification proactive. Hanoï met ainsi en lumière un instrument stratégique développé par l’État béninois : la base de données d’entreprises en ligne gérée par l’Agence de Promotion des Investissements et des Exportations (APIEX). Disponible publiquement via le portail officiel, cet outil numérique permet aux partenaires internationaux d’effectuer un contrôle préalable à partir du nom commercial, du registre du commerce (RCCM) ou du numéro d’identification fiscale (IFU). Pour le régulateur vietnamien, cette consultation systématique constitue la première ligne de défense indispensable pour valider la légitimité légale des acteurs béninois et prévenir d’éventuelles déconvenues contractuelles (Lire LMBJ du 22/06/2026).
Loin d’être un désaveu pour l’économie béninoise, ce rappel à l’ordre institutionnel traduit une phase de maturation dans les relations commerciales entre Cotonou et Hanoï. En formalisant ces exigences de diligence et en orientant ses opérateurs vers les registres officiels béninois, le Vietnam cherche à bâtir un canal d’échange plus résilient et sécurisé. Pour les acteurs économiques béninois et le secteur bancaire national, cette alerte sonne comme une invitation à accélérer la digitalisation des circuits de paiement international et à harmoniser les règles de compliance. C’est à ce prix que le Bénin transformera pleinement son attractivité macroéconomique en partenariats commerciaux durables et sans friction.
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