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Au-delà du PIB, l’équation à 2,4 milliards de dollars qui attend l’économie béninoise

Économie, La Marina BJSur le papier, le Bénin affiche l’une des trajectoires les plus enviables d’Afrique de l’Ouest, largement au-dessus des moyennes continentale et régionale. C’est le constat que dresse le Rapport Pays 2026 de la Banque africaine de développement (BAD), publié à l’issue d’une mission de consultations menée à Cotonou les 23 et 24 mars derniers. Mais derrière cette performance, un chiffre, plus discret, mérite qu’on s’y arrête : 2,43 milliards de dollars US par an, soit environ 1 397 milliards de francs CFA, c’est le besoin de financement additionnel que la BAD estime nécessaire, chaque année jusqu’en 2030, pour que le Bénin comble son retard dans les secteurs moteurs de sa propre transformation : transport, énergie, éducation, innovation.

Une économie qui accélère, mais qui n’a pas encore les moyens financiers de sa propre ambition? Selon les données compilées par la BAD à partir du ministère de l’Économie et des Finances, les flux globaux de capitaux au Bénin, combinant flux officiels, investissements directs étrangers, transferts de la diaspora et prêts bancaires, atteignaient en 2025 environ 3 047 milliards de francs CFA. Rapporté aux 1397 milliards annuels supplémentaires nécessaires rien que pour rattraper le retard structurel, l’écart reste béant : il faudrait, en théorie, quasiment la moitié des flux actuels en ressources additionnelles, chaque année, pendant cinq ans.

Toujours d’après les données, le Bénin affiche une croissance moyenne du PIB de 5,2 % sur deux décennies, solide, résiliente aux chocs, mais le pays « reste encore peu industrialisé » et fait face à un « impératif de transformation structurelle », selon les termes mêmes du rapport. La pauvreté touchait encore 36,2 % de la population en 2022. Autrement dit, la croissance macroéconomique ne se traduit pas mécaniquement, ni assez vite, en recul de la pauvreté ou en infrastructures suffisantes.

Un fossé financier

Cette contrainte rappelle une réalité souvent occultée par les chiffres du PIB : la croissance du Bénin, bien que solide avec une moyenne de 5,2 % sur deux décennies, s’appuie sur un tissu encore faiblement industrialisé. Avec un taux de pauvreté s’établissant à 36,2 % selon les données de 2022, l’accélération économique ne se traduit pas automatiquement ni assez vite en infrastructures sociales et en opportunités inclusives.

L’un des apports majeurs de ce rapport, analysé par le cabinet WE Connector pour La Marina BJ, est de mettre en lumière le coût d’opportunité des choix de financement passés. Entre 2021 et 2023, le Bénin a consacré 1,8 % de son PIB au paiement des seuls intérêts de sa dette publique, contre seulement 0,4 % pour ses dépenses de santé. Cet écart défavorable de 1,4 point de PIB place le pays parmi les plus sous pression de la sous-région, juste derrière le Ghana, le Nigéria et le Togo. Cette tension budgétaire est la contrepartie directe de la mutation du portefeuille de la dette béninoise. La dette commerciale privée est passée de 0 % du PIB en 2010 à 18 % en 2024, témoignant de l’accès réussi du pays aux marchés financiers internationaux. En conséquence, le poids du service de la dette extérieure représentait 21,4 % des recettes publiques sur la période 2020-2023, contre 7,7 % entre 2015 et 2019. Selon la BAD, le niveau global d’endettement du Bénin est évalué à 60,5 % du PIB en 2024, avec une projection à 57,3 % en 2025, un ratio qui reste heureusement sous le plafond prudentiel de 70 % fixé par l’UEMOA.

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La feuille de route de la BAD

Cette contrainte locale s’inscrit dans un paysage mondial dégradé par la fragmentation financière, caractérisée par la contraction de l’aide publique au développement, le durcissement des taux sur les marchés obligataires et une prime de risque estimée par la BAD à environ 2,9 points en moyenne par rapport aux fondamentaux réels des économies africaines. Face à ce resserrement des liquidités, le Bénin a fait preuve d’une agilité financière saluée par les marchés. Parmi les opérations récentes du Trésor béninois figure l’opération obligataire et bancaire de janvier 2025 : une émission obligataire internationale de 500 millions de dollars US, non garantie, à échéance de 16 ans, complétée par un prêt de 500 millions d’euros (environ 578 millions de dollars US) contracté auprès de Deutsche Bank, dont seule une tranche de 200 millions d’euros bénéficiait d’une garantie partielle de l’Association Internationale de Développement — IDA, Groupe Banque mondiale. De plus, le 22 janvier 2026, le pays a réalisé la levée historique de 850 millions de dollars US, soit 489 milliards de francs CFA, combinant un premier Sukuk souverain de 500 millions de dollars en finance islamique avec un coupon de 4,92 % et la réouverture d’un Eurobond 2038 pour 350 millions de dollars additionnels. Si ces opérations sécurisent le financement de la loi de finances 2026, elles reposent sur des instruments de marché lourds à échoir, qui renforcent l’urgence de trouver des relais de croissance internes.

Pour sortir de la dépendance aux emprunts commerciaux extérieurs, la Banque africaine de développement esquisse une trajectoire claire articulée en trois temps. À court terme, la priorité doit être donnée à la digitalisation de la collecte fiscale et de la commande publique, à l’instauration d’une taxe à l’exportation sur les produits agricoles bruts comme le cajou, le soja ou le karité, ainsi qu’à la mobilisation des ressources concessionnelles auprès des banques multilatérales de développement. À moyen terme, le pays doit viser la sophistication des partenariats public-privé grâce au recyclage d’actifs et à la titrisation, tout en créant une Facilité dédiée à la préparation de projets verts bancables. Enfin, à long terme, la stratégie repose sur la valorisation du Capital Naturel dans les comptes nationaux, le développement du marché carbone et de la finance bleue, ainsi que sur l’opérationnalisation du Fonds Souverain alimenté par les revenus naissants du champ pétrolier de Sèmè.

Cette partie du rapport de la Banque africaine de développement ne laisse pas de place au doute : le sujet n’est plus la capacité du Bénin à générer de la croissance, ses fondamentaux solides étant d’ailleurs confirmés par diverses agences de notations financières. La vraie question est d’ordre stratégique et consiste à savoir jusqu’à quand l’économie béninoise pourra financer ses ambitions par de la dette commerciale au prix fort. Pour convertir ses performances en véritable autonomie, le pays doit réussir le pari de la fiscalité industrielle, de la formalisation de son économie et de la valorisation de ses ressources propres.

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