Diplomatie, La Marina BJ — Alors qu’Ottawa vient de porter sa représentation diplomatique à Cotonou au rang d’ambassade de plein exercice, le Bénin et le Canada franchissent un cap décisif dans leurs relations bilatérales. Au cœur de cette dynamique structurante : une accélération spectaculaire des échanges commerciaux et une feuille de route sectorielle ciblée sur six leviers de croissance.
Soixante-quatre ans après l’établissement de leurs liaisons diplomatiques, le Bénin et le Canada réinventent leur modèle de coopération. La visite de travail effectuée du 4 au 6 août à Cotonou par la cheffe de la diplomatie canadienne, Anita Anand, sa toute première mission sur le continent africain depuis sa prise de fonction, marque l’officialisation de cette mutation. Aux côtés de son homologue béninoise, Corinne Amori Brunet, la ministre canadienne a procédé à l’inauguration de la nouvelle ambassade du Canada près le Bénin, mettant fin à une décennie d’intérim géré depuis Ouagadougou.
Mais au-delà du symbole politique et de la signature d’un protocole d’entente instituant un mécanisme permanent de consultations diplomatiques, c’est sur le terrain économique et commercial que le partenariat bénino-canadien entend marquer les esprits.
Un bond de 77 % des flux commerciaux en un an
Les chiffres traduisent une montée en puissance rapide. Selon la déclaration conjointe rendue publique par les deux gouvernements et rapportée par notre journaliste contributeur Noé William HOUNKANRIN, le volume des échanges commerciaux bilatéraux a bondi de 77 % entre 2024 et 2025, s’établissant désormais à 77,1 millions de dollars canadiens, soit environ 31,37 milliards de FCFA. Pour consolider cette trajectoire et dépasser le simple cadre des échanges de matières premières, Cotonou et Ottawa ont identifié six axes stratégiques prioritaires.
Le premier repose sur l’agro-industrie, à travers la promotion de la transformation locale et le renforcement de chaînes de valeur agricoles résilientes face aux contraintes climatiques. Le deuxième volet concerne la formation professionnelle, avec pour ambition d’assurer l’adéquation entre l’offre éducative et l’emploi tout en favorisant le transfert de compétences vers la jeunesse. En troisième lieu, les deux nations misent sur les industries extractives pour garantir une exploitation responsable et une valorisation optimale des ressources minières. Le quatrième axe privilégie les technologies numériques en vue d’accélérer la modernisation des infrastructures et la transition digitale. Enfin, ce cadre stratégique intègre les énergies propres pour porter les projets de décarbonation et de mix énergétique durable, ainsi que la finance durable pour structurer des mécanismes d’investissement à impact et renforcer la microfinance.
Afin d’opérationnaliser ces orientations, Anita Anand a multiplié les consultations directes avec plusieurs figures clé du gouvernement béninois, notamment Olushegun Adjadi Bakari, ministre du Tourisme, du Commerce extérieur, de l’Industrie et de la Promotion de l’investissement privé, ainsi qu’avec des représentants du secteur privé local.
⚠️ Toute reproduction, même partielle de nos articles, sans mention explicite de la source lamarina.bj est strictement interdite et constitue une violation du droit d'auteur.
Une approche transversale
L’illustration concrète de cette approche sectorielle s’est matérialisée lors d’un déplacement sur le Port autonome de Cotonou, véritable poumon de l’économie béninoise et infrastructure clé de la Vision 2060. Les deux ministres y ont salué l’attribution d’un prêt de 26 millions de dollars canadiens accordé via le Fonds climatique Canada–Banque africaine de développement. Cette enveloppe financière cible directement la modernisation des infrastructures portuaires, la résilience face aux aléas climatiques et le renforcement de l’accès des femmes aux opportunités économiques de la zone portuaire.
L’offensive économique canadienne s’accompagne d’un volet d’accompagnement social et sécuritaire rigoureusement structuré. Ottawa a ainsi officialisé un nouvel apport de plus de 5 millions de dollars canadiens, soit 2,03 milliards FCFA, dédié à la sécurité régionale et à la prévention de l’extrémisme violent dans la sous-région. À cela s’ajoute une enveloppe complémentaire d’environ 11,5 millions de dollars canadiens, soit 4,68 milliards FCFA, fléchée vers l’autonomisation économique des femmes, la transformation numérique et l’inclusion sociale. Ces nouvelles annonces s’ajoutent à un portefeuille global d’aide publique au développement qui s’élevait déjà à plus de 49,2 millions de dollars canadiens pour l’exercice 2024-2025, principalement orienté vers l’égalité des genres, l’employabilité des jeunes, la microfinance et l’agriculture résiliente.
S’inscrivant dans la nouvelle Stratégie du Canada pour l’Afrique, l’ancrage direct d’Ottawa à Cotonou confirme le positionnement stratégique du Bénin sur la scène diplomatique et économique ouest-africaine.
Restez connectés à l’actualité en temps réel en rejoignant notre chaîne WhatsApp pour ne rien manquer : actus exclusives, alertes, et bien plus encore.