Gouvernance, La Marina BJ – Après plusieurs années de réformes budgétaires et fiscales, le gouvernement béninois se dirige vers un nouvel appui financier de la Banque mondiale évalué à environ 220 millions de dollars US, soit près de 125 milliards de FCFA. Selon nos informations, ce programme en cours d’instruction, prévu pour accompagner les réformes publiques jusqu’en 2031, vise à renforcer la mobilisation des recettes intérieures, optimiser la dépense publique et corriger les déséquilibres territoriaux dans la répartition des investissements de l’État.
Alors que l’économie béninoise affiche une trajectoire macroéconomique solide avec une croissance du Produit intérieur brut (PIB) établie en moyenne autour de 7 % sur la période 2021-2025, la conversion de ces performances en opportunités d’emplois durables et en amélioration nette du niveau de vie continue de se heurter à des contraintes structurelles majeures. L’informalité prédominante du marché du travail, estimée à 96 %, associée à la vulnérabilité marquée du territoire face aux chocs climatiques, restreint la marge de manœuvre budgétaire des autorités.
Pour franchir un nouveau cap, le nouveau régime du Président Romuald Wadagni prépare la mise en œuvre du « Programme de gestion des ressources publiques pour l’emploi et la croissance », une initiative conjointe combinant 70 millions de dollars (près de 40 milliards de FCFA) de financement de la Banque mondiale, dont 63 millions de dollars de crédit de l’Association internationale de développement (IDA) et 150 millions de dollars (85,2 milliards de FCFA) de contrepartie nationale, qui viendra constituer le premier ancrage opérationnel du Plan national de développement (PND 2026-2035) et de la Vision Bénin 2060 ALAFIA.
Fin des exonérations inefficaces
Malgré la progression du taux de pression fiscale de 9,2 % à 13,9 % du PIB entre 2016 et 2025 sous l’impulsion de la digitalisation, le Bénin demeure en deçà du seuil de convergence de 20 % fixé par l’UEMOA. Pour combler cet écart, le programme en préparation s’attaque directement aux failles du système fiscal. Le diagnostic technique montre notamment que l’Acompte sur Impôt assis sur les Bénéfices (AIB), conçu initialement comme un levier pour inciter les opérateurs informels à se formaliser, produit un effet contre-productif; En 2025 selon le document programme, les prélèvements d’AIB sur les entités non immatriculées ont généré 5,4 milliards de FCFA, surpassant le rendement de la Taxe professionnelle synthétique (TPS) payée par les entreprises enregistrées (4,59 milliards de FCFA).
Selon nos informations, le futur programme prévoit une restructuration profonde du régime des TPE avec un ciblage vers un taux synthétique du chiffre d’affaires. Parallèlement, une purge systématique vise le répertoire de plus de 100 exonérations de TVA jugées économiquement inefficaces, dont la sous-optimisation a représenté un manque à gagner d’au moins 1,76 % du PIB en 2023. Outre la révision des dispositifs existants, le nouveau cadre opérationnel introduit des réformes de seconde génération. Il s’agit en particulier de l’assujettissement à la TVA des transactions issues du commerce électronique et des services numériques opérant au Bénin, conformément aux orientations communautaires de l’UEMOA.
Du côté de l’administration douanière, la réforme table sur le déploiement d’algorithmes automatisés basés sur l’analyse de risque pour sélectionner les conteneurs soumis au contrôle physique, réduisant ainsi les marges d’appréciation discrétionnaires et l’évasion fiscale. Ce volet s’accompagne d’un plan strict de recouvrement du stock d’arriérés douaniers et de l’adoption d’un code d’éthique rénové instaurant des mécanismes de plainte indépendants. Afin d’atténuer tout impact régressif de la réorganisation fiscale sur les ménages vulnérables, le programme rend obligatoire l’analyse d’incidence fiscale de chaque mesure importante et s’appuie sur le Registre social unique (RSU) pour cibler les transferts compensatoires.
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Vers un rééquilibrage territorial des investissements publics
Le second pilier de ce financement attendu apportera des réponses aux distorsions constatées dans la répartition spatiale de la commande publique. Les données consolidées révèlent des écarts d’investissements publics par habitant très prononcés sur le territoire, variant de 0,60 dollar US dans certaines petites communes comme Savè à 34 dollars US dans la métropole de Cotonou. Le programme instaure l’obligation d’appliquer une grille d’analyse socio-économique, spatiale et climatique à l’évaluation préalable de tous les nouveaux projets d’investissement financés sur ressources nationales. Enfin, pour pallier les retards de transfert de recettes centrales qui ont amputé les budgets d’investissement communaux de plus de 50 % en 2024, une formule de répartition horizontale transparente et un calendrier contraignant de décaissement seront formellement mis en place.
S’inscrivant pleinement dans la stratégie d’optimisation de l’exécutif béninois depuis plus de dix ans, la validation formelle de ce programme hybride, attendue à l’issue de l’évaluation du Conseil d’administration de la Banque mondiale prévue d’ici la fin du mois de septembre constituera un test grandeur nature pour les administrations fiscales et budgétaires. Au-delà du volume financier, la réussite de ce nouveau cycle reposera sur la capacité des institutions nationales à transformer ces exigences de gouvernance et de transparence en leviers de croissance inclusive, capables de conjuguer discipline budgétaire, justice fiscale et création d’emplois pour la jeunesse béninoise.
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