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Bénin : au-delà du raccordement, une enquête auprès de 4 065 ménages dessine les prochains défis énergétiques

Énergie, La Marina BJ — Le prochain défi de l’accès à l’énergie au Bénin ne se limite plus à raccorder les ménages au réseau. Publiée le 25 septembre 2026 par l’Energy Sector Management Assistance Program (ESMAP) avec l’appui de la Banque Mondiale, une analyse fondée sur une enquête menée auprès de 4 065 ménages met en évidence les contraintes qui devront encore être traitées : fiabilité du service, capacité disponible, coût du raccordement, couverture des zones rurales, qualité des solutions solaires et conditions de cuisson. En savoir plus

Avec des données collectées en février et mars 2022 dans les 12 départements, le rapport s’appuie sur le Multi-Tier Framework (MTF), une méthodologie qui dépasse la distinction classique entre ménages raccordés et non raccordés. L’accès est évalué selon sept attributs à savoir la capacité, la disponibilité, la fiabilité, la qualité, l’abordabilité, la légalité de la connexion, la santé et la sécurité. Le niveau global, de 0 à 5, est déterminé par l’attribut le plus faible. Cette approche fait apparaître une réalité plus nuancée selon laquelle disposer d’une connexion ne garantit pas nécessairement un service électrique suffisamment fiable, abordable ou adapté aux usages du ménage.

L’insuffisance de la connexion

En 2022, 48,9 % des ménages disposaient d’une source d’électricité, dont 33,6 % via le réseau national et 15,3 % à partir de solutions hors réseau, principalement solaires. À l’inverse, 51,1 % ne disposaient d’aucune source d’électricité. L’écart territorial était particulièrement marqué, un peu plus de la moitié des ménages urbains étaient raccordés au réseau, contre seulement 17,5 % des ménages ruraux. Dans les zones rurales, 20 % des ménages utilisaient une solution hors réseau, contre 10,2 % en milieu urbain. Selon le rapport, le facteur économique accentuait également les écarts. 64,6 % des ménages du quintile le plus pauvre ne disposaient d’aucune source d’électricité, contre 27,3 % dans le quintile le plus aisé.

Même parmi les ménages raccordés, la qualité du service restait différenciée. Selon la grille MTF, 43,5 % se situaient au niveau 2, notamment en raison de contraintes liées au coût, à la disponibilité en soirée ou à la qualité de la tension, tandis que 56,3 % atteignaient les niveaux 3 à 5, dont 33,2 % le niveau 5. Plus d’un ménage raccordé sur trois, soit 35,3 %, déclarait par ailleurs subir plus de quatre interruptions par semaine ou des coupures dépassant deux heures. Parmi les ménages raccordés, 13,4 % signalaient des fluctuations de tension susceptibles d’endommager les appareils.

Ces résultats déplacent ainsi le centre de gravité du défi énergétique; après l’extension de la couverture, la question porte aussi sur la capacité du système à fournir un service régulier et suffisamment performant pour les usages des ménages.

Autres obstacles

Pour les ménages non raccordés, la distance au réseau constituait le principal obstacle cité : 75,7 % en milieu rural et 63,3 % en milieu urbain. Le coût du raccordement et celui du câblage intérieur figuraient également parmi les freins à l’accès. L’analyse met surtout en évidence l’effet des modalités de paiement. La possibilité d’étaler les dépenses sur 12 mois ou plus augmentait sensiblement la disposition des ménages à se raccorder. Une minorité resterait toutefois hors de portée d’une offre payante. Selon les données de l’époque, 5,5 % des ménages ruraux et 8,4 % des ménages urbains refuseraient de payer un raccordement, même avec des facilités et le coût du câblage intérieur est la raison la plus citée (70,9 %), devant le coût mensuel de l’électricité (16,6 %).

Les solutions autonomes ne suppriment pas toutes les contraintes. Parmi les utilisateurs de systèmes solaires individuels, 76,4 % se situaient au niveau 1 de capacité, correspondant principalement à l’éclairage de base et à la recharge des téléphones. Les problèmes de batterie étaient cités par 31 % des utilisateurs et l’incapacité à alimenter des appareils de forte puissance par 18 %.

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Pour les prochaines politiques d’accès, le rapport met ainsi en avant plusieurs leviers notamment la densification du réseau, la réduction des coûts de raccordement et de câblage pour les ménages vulnérables, développement de mini-réseaux et diffusion de systèmes solaires de plus forte capacité. L’amélioration de la fiabilité et de la qualité de la fourniture du réseau apparaît également comme un enjeu distinct de la seule extension géographique de la couverture.

La cuisson, l’autre front de l’accès à l’énergie

L’analyse élargit enfin la question énergétique aux usages domestiques. Près de neuf ménages sur dix utilisaient encore la biomasse pour la cuisson : 61,2 % recouraient au bois et 26,8 % au charbon. Les foyers à trois pierres ou à feu ouvert concernaient près de la moitié des ménages au niveau national et plus de deux ménages ruraux sur trois.

Le recours au gaz de pétrole liquéfié (GPL) demeurait limité à 10 % des ménages, avec un écart marqué entre les villes et les campagnes. Les combustibles propres étaient utilisés par 19,9 % des ménages urbains contre 1,4 % des ménages ruraux. Sur l’échelle MTF appliquée à la cuisson, 60,3 % des ménages se situaient aux niveaux 0 ou 1, contre seulement 5,5 % aux niveaux 4 ou 5. Le coût constitue ici encore un levier déterminant. Pour une cuisinière fonctionnant avec une bouteille de gaz de 6 kg, la proportion de ménages disposés à adopter cette solution passait de 51,6 % en cas de paiement comptant à 78,3 % avec un paiement étalé sur 24 mois.

Au-delà de ses enseignements, l’analyse propose donc un changement de perspective pour les prochaines années : mesurer l’accès à l’énergie non plus uniquement par le nombre de ménages raccordés, mais par la qualité, la continuité, la capacité et l’abordabilité du service effectivement disponible. Les données ayant été collectées en 2022, elles ne permettent pas de mesurer directement la situation du Bénin en septembre 2026. Toutefois elles fournissent en revanche une base détaillée pour identifier les contraintes structurelles que les prochaines politiques d’électrification et de transition vers une cuisson plus propre devront encore traiter.

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