Santé publique, La Marina BJ — Sept ans après l’intégration du dolutégravir dans les protocoles nationaux du Bénin, les données de laboratoire confirment un contrôle virologique élevé chez les patients suivis dans le Littoral et l’Atlantique. Cependant, une analyse scientifique récente met en garde : ce niveau de suppression virale repose sur un dispositif d’accompagnement communautaire fortement tributaire de l’aide internationale.
L’adoption des recommandations de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) en 2019 a marqué un tournant dans la prise en charge du VIH au Bénin, avec l’introduction du dolutégravir (DTG) au cœur de la première ligne de traitement antirétroviral (TAR). Une étude rétrospective menée en 2024 auprès de 17 001 patients suivis au Laboratoire National de Référence du Programme Santé de Lutte contre le SIDA (LNR/PSLS), sous DTG depuis au moins six mois dans les départements de l’Atlantique et du Littoral, apporte un éclairage précis sur cette transition.
Publiée le 1er octobre 2026 sous forme de version préliminaire (Article in Press) dans la revue BMC Infectious Diseases (Springer Nature) selon les informations rapportées par notre journaliste contributeur Gabin Tovonon, l’étude indique que 90,9 % des patients évalués ont atteint la suppression de leur charge virale (< 1 000 copies/mL). Parmi eux, 68,5 % présentaient une charge virale indétectable (< 40 copies/mL), un niveau qui élimine le risque de transmission sexuelle du virus lorsque l’indétectabilité est maintenue.
Cette étude descriptive ne mesurant pas directement l’adhérence ni la durée exacte de traitement, ses auteurs soulignent que ces bons résultats pourraient notamment refléter l’impact des formations et du suivi psychosocial dispensés par les Centres d’Information, de Prospective, d’Écoute et de Conseil (CIPEC). Dans le dispositif béninois, lorsqu’un patient présente une charge virale supérieure à 1 000 copies/mL, un réseau de médiateurs, de pairs-éducateurs et de psychologues est mobilisé pour l’accompagner et renforcer son éducation thérapeutique. Ce maillage communautaire est considéré comme le pivot central de la rétention des patients dans le parcours de soin.
Des incertitudes budgétaires internationales
C’est précisément ce maillon psychosocial qui se trouve aujourd’hui fragilisé. Une part significative du financement des activités de médiation et de formation des agents repose sur l’appui américain à travers le PEPFAR, notamment via l’USAID. Les auteurs de l’étude alertent sur le fait que la suspension des activités de l’USAID fait peser un risque sur l’encadrement des patients. Sans soutien pérenne pour maintenir les relances et le suivi personnalisé, le risque principal réside dans une hausse de la non-observance et la survenue de rebonds virologiques. Selon l’analyse, une telle dégradation contraindrait à terme le système de santé à basculer davantage de patients vers des lignes thérapeutiques de deuxième ou troisième intention, financièrement plus coûteuses.
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L’étude met également en évidence des disparités au sein de la cohorte analysée. Chez les enfants, le taux de suppression virale atteint environ 84 % (1 120/1 340), contre 91,5 % chez les adultes. Bien que cet écart soit statistiquement significatif, l’étude ne permet pas d’en établir formellement la cause, même si les auteurs évoquent des pistes comme les difficultés d’administration des formes galéniques, les contraintes de dosage liées à la croissance ou de possibles résistances transmises. Par ailleurs, selon le genre, les hommes présentent des chances légèrement inférieures aux femmes d’atteindre le seuil d’indétectabilité, mais l’analyse multivariée ne montre aucune différence significative entre les sexes concernant la suppression virale globale. Les chercheurs rappellent toutefois les limites méthodologiques de leur travail. L’absence de données sur l’observance réelle, les taux de CD4 initiaux ou l’historique des résistances impose de lire ces associations statistiques comme des constats d’observation en routine de soin, et non comme la preuve formelle d’un lien de cause à effet.
Pour le gouvernement béninois, renforcé par son récent accord avec l’ONUSIDA à New York lors de la dernière 81e session de l’Assemblée générale des Nations Unies, le défi stratégique immédiat reste de mobiliser des ressources nationales pour pérenniser l’accompagnement communautaire et préserver ces acquis de santé publique.
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