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Au Bénin, les actifs virtuels en tête des risques de blanchiment

Blanchiment de capitaux, La Marina BJ —Adoptée en février 2026 et présentée aux acteurs concernés le 10 septembre dernier, la mise à jour de l’Évaluation nationale des risques (ENR) distingue plusieurs niveaux d’exposition au blanchiment de capitaux et au financement du terrorisme. Selon le rapport synthétique consulté par La Marina BJ, les actifs virtuels affichent un risque résiduel « très élevé », les fintechs se situent au niveau « élevé » et l’immobilier au niveau « moyen ». Ces constats interviennent à moins de deux ans de la prochaine évaluation mutuelle du GIABA, prévue en février 2028, qui doit notamment apprécier l’efficacité des mesures prises par le Bénin. En savoir plus.

Huit ans après sa première évaluation (ENR 2018) qui n’avait pas analysé en profondeur plusieurs secteurs devenus sensibles, le Bénin a refait l’exercice. La mise à jour pilotée par le Comité national de coordination des activités de lutte contre le blanchiment (CNCA-LBC/FT/FP) et coordonnée par la CENTIF y consacre cinq évaluations sectorielles : l’immobilier, le financement du terrorisme, les organismes à but non lucratif, les personnes morales et constructions juridiques, ainsi que les actifs virtuels et leurs prestataires. Pour le président de la CENTIF, Abdou Rafiou Bello, l’exercice ne se limite pas à une actualisation, il a permis d’approfondir l’analyse de certaines menaces et d’intégrer de nouveaux domaines d’exposition.

La zone rouge des actifs virtuels

C’est le niveau de risque le plus élevé relevé dans les secteurs présentés par le rapport. Les actifs virtuels et leurs prestataires cumulent une menace « très élevée », des vulnérabilités élevées et des mesures d’atténuation jugées faibles. Le risque résiduel atteint ainsi le niveau maximal de l’échelle retenue par l’ENR. Le principal point de blocage tient au cadre réglementaire applicable. La loi n° 2024-01 du 20 février 2024 constitue un socle juridique général, mais le rapport estime que le dispositif propre aux prestataires de services sur actifs virtuels demeure « largement incomplet et faiblement opérationnel ». En l’absence de textes d’application adaptés, les conditions d’agrément, d’enregistrement, de supervision et de sanction ne sont pas suffisamment définies et aucune autorité de supervision spécialisée n’est formellement désignée, selon les constats présentés.

Cette situation limite la capacité des autorités à encadrer l’entrée sur le marché et à contrôler les activités des prestataires. Elle complique également le suivi des opérations, notamment lorsque l’identification des acteurs et la traçabilité des transactions transfrontalières se révèlent difficiles. Le rapport recommande donc d’adopter sans délai les textes d’application, de désigner une autorité de supervision disposant des compétences techniques nécessaires, d’instaurer un régime d’agrément obligatoire et de renforcer progressivement les capacités de contrôle. Sans ces mesures, les actifs virtuels risquent de demeurer un angle mort de la lutte nationale contre le blanchiment.

Fintechs, une supervision à adapter

Le risque résiduel des fintechs est évalué à un niveau « élevé », alors que celui des banques, des systèmes financiers décentralisés et des émetteurs de monnaie électronique est classé « moyen », selon les catégories retenues par le rapport. Pour les fintechs, l’ENR relève une menace moyenne, alimentée notamment par la rapidité de l’innovation, la diversité des modèles technologiques et la fragmentation des solutions de paiement. Les vulnérabilités sont, elles, jugées élevées. Le rapport relève une conformité inégale, des lignes directrices limitées, une supervision essentiellement indirecte et l’absence d’un cadre d’agrément dédié. Les mesures d’atténuation, considérées comme modérées, ne suffisent donc pas à ramener le risque résiduel au niveau moyen.

Le contraste avec les émetteurs de monnaie électronique éclaire les enjeux de supervision. Malgré des vulnérabilités élevées, ces derniers bénéficient d’un encadrement par la Commission bancaire et de réformes réglementaires au sein de l’UEMOA, qui contribuent à contenir leur risque résiduel à un niveau moyen. La comparaison souligne ainsi l’importance non seulement des règles applicables, mais aussi des mécanismes de contrôle effectivement mobilisés. Pour les fintechs, le défi consiste donc à renforcer les contrôles sans entraver inutilement l’accès aux services financiers.

Immobilier et autres poches de vulnérabilité

L’immobilier présente un profil différent et son risque résiduel est classé « moyen », avec une menace et des vulnérabilités également évaluées à ce niveau. Le rapport relève néanmoins plusieurs facteurs de fragilité notamment le poids des transactions en espèces, les difficultés d’identification des bénéficiaires effectifs et le faible degré de formalisation d’une partie des acteurs. Les mesures d’atténuation, jugées modérées, ne permettent pas d’écarter entièrement ces risques structurels. Ce classement ne signifie donc pas que le secteur est exempt de vulnérabilités. Il indique que, selon la méthode d’évaluation retenue, le niveau de risque résiduel y est inférieur à celui observé dans les actifs virtuels ou dans certaines autres activités. Ainsi, l’immobilier figure parmi les domaines nécessitant une attention particulière, aux côtés notamment des actifs virtuels et des organismes à but non lucratif.

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D’autres secteurs restent classés à un niveau de risque élevé, parmi lesquels le change manuel et les passeurs de fonds, les jeux et casinos, les professionnels du droit, ainsi que les personnes morales et constructions juridiques ou certaines catégories d’OBNL. La transparence sur les bénéficiaires effectifs et l’efficacité de la supervision figurent parmi les enjeux transversaux qui ressortent de ces évaluations.

Une limite demeure toutefois; le rapport synthétique ne donne ni volumes, ni nombre de prestataires, ni chiffres de déclarations de soupçon par secteur. Les niveaux de risque sont qualitatifs et attribués par les groupes de travail. Côté chiffres, la CENTIF a recensé 529 déclarations d’opérations suspectes en 2025, dont 84,9 % émanent des banques (Lire LMBJ du 15/07/2026), tandis que l’assurance-vie et les TPE s’imposent comme des canaux de blanchiment émergents.

À l’approche de l’évaluation mutuelle du GIABA, prévue en février 2028, l’enjeu sera de démontrer que ces niveaux de risque débouchent sur des réponses adaptées; des textes d’application pour les actifs virtuels, une supervision mieux ajustée pour les fintechs et des contrôles effectifs dans les secteurs les plus exposés. Au-delà du classement des vulnérabilités, c’est la capacité du Bénin à prouver l’efficacité de ses mécanismes de prévention, de détection et de répression qui sera examinée.

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