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Flambée du ciment au Bénin : les producteurs dédouanent leurs usines et accusent les revendeurs

Consommation, La Marina BJAlors que le prix du sac de ciment atteint des sommets vertigineux sur le marché local, l’Association des Producteurs de Ciment du Bénin (APCB) rompt le silence. Entre démentis techniques et dénonciation de pratiques illicites, les industriels pointent du doigt les « commerçants indélicats »

L’heure est à la mise au point. Face à la grogne sociale qui monte, l’APCB, sous la plume de son président par intérim, Dadjié Konlambigue, clarifie la situation : aucune hausse n’a été opérée au niveau des unités de production. L’organisation précise que les tarifs pratiqués à la sortie des usines demeurent inchangés, réfutant ainsi l’idée d’une inflation d’origine industrielle.

Pour couper court aux rumeurs de pénurie technique, elle apporte une précision capitale : aucune unité, qu’il s’agisse de SCB-Lafarge, NOCIBE ou CIMBÉNIN, n’est actuellement en maintenance. La production se poursuit normalement dans toutes les installations industrielles du pays. L’APCB s’engage par ailleurs à « prendre toutes les dispositions en vue de satisfaire la forte demande observée ces derniers temps sur le marché béninois ».

Le mécanisme de la spéculation

Sur le terrain, avec des ruptures de stock constatées dans plusieurs villes, la tonne de ciment se négocie désormais entre 100 000 et 120 000 FCFA selon les localités. Cela porte le sac de 50 kg à 5 000, voire 6 000 FCFA selon les points de vente, contre des niveaux nettement inférieurs il y a encore quelques semaines. Si les usines maintiennent leurs prix, d’où vient cette fièvre inflationniste ? Pour les producteurs, le coupable est identifié : le réseau de distribution.

L’APCB dénonce une manœuvre orchestrée par des intermédiaires qu’elle qualifie expressément d’« indélicats ». Ces derniers profiteraient de la tension du marché pour gonfler illégalement leurs marges bénéficiaires. Le mode opératoire semble reposer sur la rétention de stocks et des pénuries organisées pour contraindre le consommateur à la surenchère. Face à ce maquis commercial, l’association appelle fermement les distributeurs au strict respect des tarifs réglementés et exhorte les consommateurs à une vigilance accrue lors de leurs achats.

L’impuissance des régulations passées ?

Ce scénario de crise n’est pourtant pas inédit, malgré l’arsenal réglementaire existant. On pense notamment à l’article 17 de la loi n° 90-005 du 15 mai 1990, toujours en vigueur, qui encadre strictement les marges bénéficiaires des commerçants et expose les contrevenants à des sanctions, ou encore au décret fixant les prix du ciment par département. Déjà en février 2025, la ministre de l’Industrie et du Commerce, Alimatou Shadiya Assouman, était montée au créneau pour dénoncer ces mêmes dérives. Elle rappelait alors que les prix d’usine n’avaient subi aucune modification et ordonnait des contrôles sur l’ensemble du territoire. Ces mesures, annoncées avec fermeté, n’ont vraisemblablement pas produit les effets escomptés et n’ont pas suffi à discipliner durablement les réseaux de revente.

Si l’APCB réaffirme son engagement à saturer le marché pour briser la spéculation, elle renvoie implicitement la balle dans le camp des autorités. L’appel à la vigilance des citoyens est un premier pas, mais dans un secteur aussi stratégique que le BTP, la communication a ses limites. L’enjeu est désormais celui de la sanction effective. Pour stabiliser durablement le marché, le gouvernement devra transformer ses mises en garde en actions de terrain coercitives. Car, tant que le profit de la spéculation restera supérieur au risque de l’amende, le sac de ciment demeurera un luxe hors de portée pour le citoyen moyen.

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