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Barrage Dogo-Bis : comment l’État béninois veut gérer la réinstallation des 554 personnes affectées

Électricité, La Marina BJAvant de produire ses premiers kilowatts, le projet hydroélectrique majeur du Bénin doit franchir l’obstacle du foncier. Un plan de réinstallation de 193 pages, finalisé en mars 2026 et consulté par La Marina BJ, détaille l’indemnisation de 554 personnes impactées par les travaux préparatoires. Décryptage du »contrat social » d’un chantier à 300 millions de dollars.

La métamorphose du fleuve Ouémé commence sur la terre ferme. Pour que le barrage Dogo-Bis et ses 128 MW deviennent réalité, l’État béninois doit d’abord tracer 152 km de pistes et électrifier 23 localités. Mais ce tracé ne traverse pas un désert : il croise des vies, des commerces et des terres ancestrales. Le Plan d’Action de Réinstallation (PAR), piloté par le groupement IVATIS/GERS/SEBODDI, fixe désormais les règles du jeu en établissant qu’aucun coup de pioche ne sera donné sans que les chèques ne soient signés.

Les enquêtes menées fin 2025 dans les communes de Kétou, Ouinhi, Zagnanado, Covè et Dassa-Zoumè ont permis d’identifier 554 Personnes Affectées par le Projet (PAP), gravitant autour de 2 479 personnes à charge. Agriculteurs, commerçants de proximité, pêcheurs ou transporteurs : ce sont des acteurs de l’économie rurale ordinaire, dont les terres et les activités se trouvent sur l’emprise des futurs travaux. Parmi eux, 421 hommes et 133 femmes, sept personnes vulnérables, et une large majorité de propriétaires coutumiers dans une zone où le titre foncier formel reste l’exception.

La facture de 346,2 millions de FCFA

L’inventaire géolocalisé des biens affectés constitue un véritable scanner de la vie rurale. Quarante et une maisons d’habitation seront démolies. Deux cent quatre-vingts infrastructures commerciales — boutiques, hangars, appâtâmes — devront être déplacées, principalement dans la zone de Kétou. Sur le plan agricole, le projet nécessite le sacrifice de près de 19 hectares de terres et de près de trois mille arbres fruitiers, notamment des anacardiers et des manguiers. La dimension sacrée n’est pas oubliée : trois lieux de culte traditionnels liés aux divinités Vodoun seront déplacés, une opération qui fera l’objet d’un accompagnement spécifique respectant les rites ancestraux.

Pour se conformer aux exigences de la Banque mondiale et garantir l’acceptabilité sociale du processus, le gouvernement a budgétisé un montant total de 346 220 153 FCFA. Le principe retenu est celui du coût de remplacement : les biens sont indemnisés à neuf, sans tenir compte de leur vétusté. Le poste financier le plus lourd concerne les infrastructures commerciales, avec plus de 87 millions de FCFA, suivi de l’habitat qui mobilise environ 58 millions.

Pour les populations les plus fragilisées, un Plan de Restauration des Moyens de Subsistance prévoit des formations en entrepreneuriat et en gestion financière des indemnités. L’objectif est explicite : s’assurer que les compensations servent à reconstruire durablement, et non à colmater une brèche passagère.

La ligne rouge

C’est le message fort de ce document; l’État s’impose une discipline de fer dans la conduite des opérations. La libération des emprises est strictement conditionnée au paiement intégral et préalable des compensations dues aux populations. Pour gérer les frictions inévitables, un mécanisme de recours à cinq niveaux a été instauré, permettant de traiter chaque plainte dans des délais stricts, depuis l’échelon du chef de village jusqu’aux tribunaux.

Les communautés, consultées lors de vingt-deux séances publiques, ont formulé des attentes sans ambiguïté plus précisément sur la transparence totale sur les listes d’indemnisation, la pulblication des calendriers de travaux au moins trente jours à l’avance, et le respect des droits coutumiers à chaque étape. Des exigences que l’administration devra honorer pour que le dialogue engagé ne reste pas lettre morte.

Financé par la Banque mondiale et faisant partie du projet de société du président élu Romuald Wadagni, ce premier volet social est un véritable crash-test pour l’administration béninoise du prochain septennat. La réussite de cette phase préparatoire, prévue entre 2026 et 2028, conditionnera la sérénité du grand chantier hydro-multifonctions de Dogo-Bis sur le long terme. Plus qu’un simple document technique, ce plan d’action est le gage de l’acceptabilité sociale d’un projet d’envergure qui doit, à terme, protéger les populations des inondations tout en apportant une réponse structurelle aux besoins énergétiques du Bénin.

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