Gouvernance, La Marina BJ – Alors que le gouvernement béninois peaufine sa stratégie de professionnalisation du transport artisanal, un incident majeur vient de secouer le processus de sélection des experts. Un groupement de firmes a été évincé de la mise en concurrence pour la mission technique dédiée à cette réforme, après avoir produit de fausses pièces. Récit d’une tentative d’entorse à la déontologie qui aurait pu fragiliser l’une des réformes les plus sensibles du Grand Nokoué.
Par la décision N°2026-018 du 05 mars 2026, l’Autorité de Régulation des Marchés Publics (ARMP) a ordonné le rejet de l’offre du groupement GACI/IMMERGIS/URBA CONSULTING. Cette décision fait suite à une dénonciation de la Personne Responsable des Marchés Publics (PRMP) de la SIRAT SA, structure chargée de superviser la mission technique dédiée à la professionnalisation du secteur.
Tout commence le 24 juillet 2025, lorsque la SIRAT lance l’Avis à Manifestation d’Intérêt (AMI) n°014. L’enjeu : recruter une firme pour réaliser les études de professionnalisation des acteurs du transport artisanal (zémidjans, klobotos, etc.) et appuyer la mise en œuvre du plan d’action (Lire LMBJ du 07/08/2025). Lors de l’évaluation des dossiers, la Commission note une anomalie de taille : une attestation de bonne fin d’exécution, relative à un mécanisme institutionnel de mobilité, est déclarée fausse par la Communauté de Communes Bassin de Pont-à-Mousson (France), l’organisme qui aurait dû la produire.
Une défense entre « confiance » et « manque de temps »
Auditionné le 20 janvier 2026 par le Conseil de Régulation de l’ARMP, le mandataire du groupement (l’entreprise GACI) a tenté de justifier cette légèreté par une « confiance mutuelle » envers ses partenaires internationaux. Il a affirmé n’avoir pas eu les moyens de vérifier l’authenticité des pièces reçues par voie électronique, plaidant également des délais trop courts. Des arguments balayés par l’ARMP. L’organe de régulation a rappelé qu’en vertu de l’article 64 du Code des marchés publics, tout candidat a l’obligation de vérifier l’authenticité des pièces justificatives de son offre.
En l’espèce, le caractère non authentique des attestations a été jugé établi. Dans sa décision, le Conseil de Régulation, présidé par Séraphin Agbahoungbata, a ordonné le rejet de l’offre du groupement GACI/IMMERGIS/URBA CONSULTING. De plus, la SIRAT est désormais autorisée à poursuivre le recrutement du consultant sans ce groupement. L’ARMP ne s’arrête pas là et annonce qu’elle poursuit les investigations, ce qui pourrait mener à des sanctions plus lourdes, telle qu’une exclusion temporaire de la commande publique.
Un calendrier bousculé
Cet incident dépasse la simple péripétie administrative : il touche au cœur d’une réforme sociale majeure. Alors que l’initiative de professionnalisation devait s’incarner dès décembre 2025 pour répondre aux engagements du Projet de Mobilité Urbaine Durable (PMUD-GN), cette découverte a lourdement bousculé l’agenda gouvernemental.
Pourtant, la diligence de la PRMP de la SIRAT, qui a saisi l’ARMP dès le 26 novembre 2025, laissait espérer un dénouement rapide. Il aura néanmoins fallu plusieurs mois d’instruction et d’auditions contradictoires pour que l’organe de régulation rende son arbitrage en mars 2026. Si cette décision permet enfin la reprise de la procédure, elle met en lumière un défi persistant : la conciliation entre l’urgence des réformes politiques et les délais incompressibles de la sécurisation juridique des grands marchés de l’État.
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