Infrastructures, La Marina BJ – La Marina BJ a consulté les derniers rapports de supervision du Programme d’aménagement des routes cotonnières au Bénin, publiés le 8 mai 2026 par le bailleur. Le bilan est celui d’un chantier qui avance, mais qui court encore après son calendrier initial, huit ans après le démarrage des financements.
La route Djougou–Péhunco–Kérou–Banikoara n’est pas un chantier ordinaire. Sur 209,68 kilomètres, elle traverse le cœur agricole du Nord-Bénin, reliant les grands bassins cotonniers et céréaliers aux centres de consommation du pays. Réduire de dix à quatre heures le trajet des poids lourds entre Djougou et Banikoara est l’objectif principal mais derrière cette promesse logistique se joue l’avenir du cœur agricole du Nord-Bénin. Selon notre journaliste contributeur Noé William HOUNKANRIN qui a consulté le dernier rapport de supervision, le chantier avance, mais il est « sous haute surveillance ».
Le bitume gagne du terrain
À la date de la mission de supervision conduite du 31 mars au 17 avril 2026, les équipes de la BAD ont enregistré 175,96 km de routes bitumées, soit un taux d’exécution physique global de 68,20 % pour l’ensemble des trois lots de travaux. En termes de linéaire, il reste donc moins de 34 kilomètres à réaliser pour atteindre la cible finale.
Le détail par lot révèle cependant des disparités notables selon notre journaliste contributeur Noé William HOUNKANRIN. Le lot 3 affiche le taux le plus élevé avec près de 96 % d’avancement, tandis que les lots 1 et 2 se situent respectivement à 91 % et 85 %. Ces écarts témoignent de difficultés inégales selon les sections, contraintes topographiques, disponibilité des matériaux, ou rythme de mobilisation des entreprises.
La BAD note explicitement que « le rythme d’avancement des travaux routiers n’est pas encore satisfaisant » et a demandé aux entreprises d’élaborer des plannings généraux d’achèvement, lot par lot, pour maintenir l’objectif d’une finition avant le 31 décembre 2026.
Le point noir du bilan
Si le bitumage progresse, la photographie est sensiblement différente pour les autres volets du programme. Les infrastructures socio-économiques, à savoir la réhabilitation de 18 écoles et centres de santé, construction de 9 hangars de marchés, réalisation de 9 forages, création de retenues d’eau pour le maraîchage, fourniture de 50 unités de transformation agricole, affichent toutes un taux de réalisation physique de zéro.
Ces composantes ne sont pas abandonnées selon le rapport : elles sont engagées dans des procédures d’acquisition qui, selon les rapports, en sont au stade de la signature des contrats de consultants chargés d’élaborer les dossiers d’appel d’offres. En clair, les travaux n’ont pas encore démarré, et pour 2026, l’ambition se limite à finaliser les études préalables et lancer les appels d’offres. Ce retard, reconnu par la BAD, n’est pas jugé rédhibitoire à ce stade, mais il déplace inévitablement les échéances d’impact social sur les populations riveraines.
Une exception notable
Dans ce tableau d’ensemble, un indicateur se distingue positivement selon notre journaliste contributeur David Agboton qui a également consulté le rapport pour La Marina BJ. Le programme de formation des jeunes aux métiers du BTP a non seulement atteint sa cible, mais l’a dépassée : 280 jeunes formés pour un objectif de 200, dont 61 jeunes femmes, soit 101,67 % de la cible genre fixée à 60. Ce résultat, salué dans les deux rapports, constitue l’un des impacts sociaux les plus concrets et les plus mesurables du programme à ce stade. Il illustre la pertinence des chantiers-écoles comme levier d’employabilité dans des zones où l’offre de formation professionnelle reste limitée.
Toutefois les superviseurs de la BAD identifient trois risques principaux susceptibles de compromettre l’achèvement du programme dans les délais révisés. Le premier est l’accentuation du retard sur les travaux routiers. L’objectif d’achèvement avant fin 2026 est jugé tendu par les équipes de supervision, qui ont demandé la mise en place de mesures de diligence spécifiques par chaque entreprise. Le deuxième concerne les délais contractuels arrivés à échéance. Les contrats des entreprises de travaux et de la mission de contrôle sont techniquement expirés, plaçant les parties dans une situation juridiquement irrégulière. La régularisation doit intervenir avant le 30 mai 2026 pour le volet principal. Le troisième risque est celui de suspension des décaissements sur le compte spécial, faute de transmission dans les délais du Programme de travail et budget annuel (PTBA) 2026, approuvé par le comité de pilotage — et du rapport d’audit financier de l’exercice 2025. La date butoir est fixée au 30 juin 2026. Un gel des décaissements à ce stade du programme aurait des conséquences directes sur la continuité des chantiers.
Pour la Direction Générale des Travaux Publics, organe d’exécution du programme, les prochaines semaines seront décisives. Achever les 34 kilomètres restants, régulariser les situations contractuelles, transmettre les documents financiers requis, lancer les appels d’offres pour les pistes connexes et les infrastructures sociales, le tout avant la fin de l’année, constitue un agenda particulièrement chargé pour une administration qui gère simultanément un montage à cinq bailleurs.
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