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À Cotonou, l’agenda russo-béninois se structure avant l’investiture de Romuald Wadagni

Diplomatie, La Marina BJNeuf jours avant la passation de pouvoir prévue le 24 mai, la diplomatie béninoise n’a pas pris de vacances. Le 15 mai 2026, S.E.M. Igor Evdokimov, Ambassadeur de la Fédération de Russie accrédité au Bénin et au Togo, a été reçu au Ministère béninois des Affaires étrangères par S.E.M. Franck Armel Afoukou, Ambassadeur, Secrétaire général du département ministériel. L’entretien, annoncé par la représentation diplomatique russe à Cotonou, a porté sur « les grands dossiers bilatéraux et multilatéraux » ainsi que sur « la coopération au sein de l’ONU et de ses institutions spécialisées ».

La formulation, sobre mais précise, s’inscrit dans un tempo diplomatique qui s’est significativement accéléré ces dix-huit derniers mois entre les deux pays. Ce n’est pas la première fois que les deux diplomates se font face. En novembre 2025 déjà, Evdokimov et Afoukou s’étaient entretenus, notamment de la préparation de la participation béninoise à la 2e Conférence ministérielle Russie-Afrique — dont la tenue, initialement annoncée pour novembre, avait été reportée et s’est finalement tenue au Caire les 19 et 20 décembre 2025.

Plus récemment, en avril 2026, c’est la directrice du département du partenariat avec l’Afrique au ministère russe des Affaires étrangères, Tatiana Dovgalenko, qui avait rencontré le secrétaire général Afoukou, avec des échanges axés sur la coopération bilatérale et la situation sécuritaire en Afrique de l’Ouest et dans la région du Sahel (Lire LMBJ du 23/04/2026). La rencontre de ce 15 mai s’inscrit donc dans un cadre de dialogue régulier, dont la fréquence reflète la densification de l’agenda russo-béninois.

Un partenariat en construction accélérée

Sur le plan sécuritaire, les avancées les plus saillantes ont été documentées au cours de l’été 2025. L’ambassadeur Evdokimov avait alors annoncé que la Russie et le Bénin finalisaient les préparatifs en vue de la signature d’un accord intergouvernemental de coopération militaire, la défense et la sécurité étant définies comme « l’un des domaines prioritaires » de la relation bilatérale, dans un contexte de menaces terroristes pesant sur l’Afrique de l’Ouest et la région sahélo-saharienne. Cet accord, officiellement présenté comme un outil de lutte contre le terrorisme, facilite également l’accès des navires militaires russes aux ports béninois.

Sur le plan énergétique, le dossier Rosatom demeure l’un des chantiers en suspens les plus structurants. Dès novembre 2024, l’ambassadeur Evdokimov avait indiqué que le Bénin envisageait un mémorandum d’entente avec le géant nucléaire public russe. Une démarche cohérente avec la stratégie régionale de Moscou : l’agence Rosatom a, en l’espace de quelques années, tissé des partenariats nucléaires civils avec une dizaine de pays africains.

Le timing politique de Cotonou

La tenue de cet entretien à neuf jours de l’investiture du président élu Romuald Wadagni n’est pas sans signification. Dans les transitions politiques, la continuité de l’appareil diplomatique est précisément assurée par le secrétariat général du MAE. Sans qu’on puisse affirmer que cette rencontre ait été expressément motivée par l’échéance du 24 mai, on peut y lire, dans la pratique des chancelleries, un signal de continuité : Moscou entretient le dialogue avec Cotonou sans attendre la formation du nouveau gouvernement.

La Russie compte d’ailleurs sur la participation du Bénin au troisième sommet Russie-Afrique de 2026 au plus haut niveau, l’ambassadeur Evdokimov ayant précisé récemment que des « plans d’action concrets et des orientations claires de coopération » ont déjà été élaborés en amont. Le nouveau chef de l’État béninois sera attendu sur ce terrain dès les premières semaines de son mandat.

La dimension onusienne, un enjeu de positionnement

La mention explicite, par l’ambassade de Russie au Bénin, de « la coopération au sein de l’ONU et de ses institutions spécialisées » mérite attention. Elle suggère que le partenariat russo-béninois ne se limite pas au registre sécuritaire ou économique : il comporte vraisemblablement une dimension de coordination en matière de votes, de positions et de candidatures au sein du système multilatéral — un terrain où Moscou entend peser, dans un contexte géopolitique marqué par les tensions liées à la guerre en Ukraine et les reconfigurations d’alliances.

L’ambassadeur russe avait d’ailleurs souligné, dans une interview accordée à l’agence TASS en février 2026, que Moscou souhaitait contribuer à la normalisation des relations entre le Bénin et le Niger, se proposant comme médiateur dans les tensions entre Cotonou et Niamey. Une posture qui illustre la manière dont la Russie entend se positionner comme partenaire global du Bénin, y compris sur les dossiers de voisinage.

La rencontre intervient dans un contexte sous-régional complexe. À Cotonou même, l’ambassadeur de l’Union européenne Stéphane Mund affirmait, lors de la Journée de l’Europe le 8 mai, que l’UE resterait « un partenaire fiable » du Bénin, une prise de position largement lue, dans les cercles diplomatiques, à l’aune d’une influence russe croissante en Afrique de l’Ouest. Le Bénin, qui n’a pas suivi la trajectoire de rupture avec les partenaires occidentaux empruntée par ses voisins sahéliens, navigue de fait dans un espace de concurrence d’influence, maintenant des relations avec Moscou tout en préservant ses partenariats traditionnels.

L’entretien du 15 mai, discret dans sa forme, s’avère dense dans ses implications : il acte la continuité du dialogue russo-béninois au seuil d’une alternance présidentielle et préfigure des dossiers que le prochain gouvernement Wadagni devra intégrer dans sa politique étrangère dès les premières semaines de prise de fonction.

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