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Bénin : dans les coulisses de la ratification de la convention de financement du Musée d’art contemporain de Cotonou

Coopération, La Marina BJC’est un pas de géant pour le paysage culturel et économique ouest-africain. Le vendredi 10 juillet 2026, l’Assemblée nationale du Bénin a donné son feu vert pour la ratification du décret n° 2025-723 du 3 décembre 2025, portant ratification de la convention de crédit signée à Cotonou le 24 juin 2025 entre la République du Bénin et l’Agence Française de Développement (AFD). Derrière cet acte administratif se cache une enveloppe de 16,398 milliards (25 millions d’euros), destinée au financement du Musée d’Art Contemporain de Cotonou (MACC). Plongée dans les coulisses d’une plénière où la diplomatie financière a rencontré l’ambition culturelle.

Si le montant impressionne, ce sont les modalités de ce prêt qui ont capté l’attention de la commission de l’Éducation, de la Culture, de l’Emploi et des Affaires sociales, saisie au fond, ainsi que des commissions des Finances et des Échanges, des Relations extérieures, de la Coopération au développement, de la Défense et de la Sécurité, saisies pour avis. Selon les informations rapportées par notre journaliste contributeur Noé William HOUNKANRIN, ces commissions se sont réunies conjointement le 2 juillet 2026 avec le gouvernement pour instruire le dossier. Négocié à un taux d’intérêt annuel de 0,84 % sur les montants décaissés et non encore remboursés, ce crédit s’étale sur une durée de 15 ans. Le montage prévoit également deux commissions : une commission d’engagement de 0,5 % l’an à compter de la signature de la convention, et une commission d’instruction de 0,5 % du montant nominal du crédit, versée en totalité avant la signature.

La véritable clé de voûte de l’accord reste son différé de remboursement de 5 ans. La première échéance est fixée au 24 décembre 2030, la dernière au 24 juillet 2045, soit un remboursement échelonné sur 30 versements semestriels. Le député Assan Seibou, président du groupe parlementaire Bloc Républicain, a insisté sur ce point lors de sa prise de parole : le gouvernement ne commencera à rembourser qu’au terme de ce différé, période durant laquelle le bâtiment et les investissements devront être achevés. Selon lui, le grand défi reste d’accélérer le chantier pour que ce soient les ressources propres générées par le musée qui financent, à terme, le remboursement de la dette.

Où iront les 16,3 milliards ?

Le rapport présenté par le député Armand Gansè, rapporteur de la commission de l’Éducation, de la Culture, de l’Emploi et des Affaires sociales, présidée par l’honorable Éléonore Yayi Ladékan, détaille la répartition du financement en trois composantes. La première composante, consacrée à la construction du musée (bâtiment, aménagement paysager de l’ensemble de la parcelle, voirie, réseaux divers et scénographie), absorbe 77,6 % du montant total. La deuxième composante, dédiée à l’appui au lancement et à la mise en exploitation du musée, assistance technique, maîtrise d’ouvrage, mise en service et assistance en cas de panne des équipements, représente 6,6 % de l’enveloppe.

La troisième composante, relative au suivi et au pilotage du projet, prise en charge partielle de l’équipe projet de l’Agence Nationale des Patrimoines Touristiques, audit et suivi-évaluation, mobilise 3,7 % des fonds. Les 12,1 % restants sont fléchés vers les études, le suivi du chantier, la maîtrise d’ouvrage déléguée ainsi que la conception architecturale et scénographique du musée.

Un débat consensuel, mais une vigilance affichée

Le rapport de la commission a reçu un avis favorable des commissions des Finances et des Échanges (C2) et des Relations extérieures et de la Défense (C5). Lors de la discussion générale, chaque groupe parlementaire disposait de 15 minutes de temps de parole. Pour l’Union Progressiste le Renouveau (UPR), le député Sohou Alexandre a salué l’ambition du projet tout en rappelant la responsabilité des députés de veiller à la pertinence et à l’efficacité de l’utilisation des ressources empruntées par l’État, appelant à une gestion rigoureuse et durable de l’infrastructure pour que le musée demeure, au-delà de sa construction, un équipement culturel vivant et financièrement viable. La députée Cécile Ahouménou (UPR) a insisté sur les conditions financières avantageuses du prêt, qu’elle attribue à la crédibilité du Bénin auprès de ses partenaires techniques et financiers, et a plaidé pour une implication accrue des femmes à toutes les étapes du projet, formation, emploi et entrepreneuriat.

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Le député Joël Godonou a exprimé des réserves plus appuyées, évoquant le poids de la dette souveraine et les risques de viabilité budgétaire pour un secteur culturel dépendant des financements internationaux, ainsi que le ratio entre prêt et subvention. Il a également soulevé l’impact du futur quartier culturel et créatif sur les populations riveraines, et a insisté pour que le MACC ne soit pas uniquement un lieu d’exposition international, mais une vitrine permanente pour les artistes plasticiens béninois et un centre de formation pour les jeunes professionnels de la culture.

Répondant à ces préoccupations, la présidente de la commission, Éléonore Yayi Ladékan, a indiqué que les points d’inquiétude, notamment sur l’endettement, avaient trouvé réponse dans les éléments transmis par le gouvernement, rappelant que le chantier avait déjà démarré depuis février 2026 avec de premières réalisations concrètes, et que le Bénin, salué pour l’exemplarité de l’exécution de son budget dans la sous-région, ne ferait pas exception sur ce chantier. Au terme des discussions, les commissaires ont recommandé au gouvernement d’impliquer les universitaires et experts nationaux dans la mise en œuvre du projet, pour garantir un transfert de compétences durable en ingénierie muséale.

Le grand pari du PIB culturel

Institué par le décret n° 2022-096 du 9 février 2022 portant création et approbation de ses statuts, modifié par le décret n° 2024-1072 du 31 juillet 2024, et régi par la loi n° 2020-20 du 2 septembre 2020, le Musée d’Art Contemporain de Cotonou dépasse le cadre de la simple infrastructure touristique. C’est un choix macroéconomique assumé qui vise à faire des industries culturelles et créatives le deuxième contributeur au PIB national, juste derrière l’agriculture.

Déjà lancé sur le terrain depuis février 2026 avec de premières réalisations concrètes, le chantier du MACC entre désormais, grâce au vote de l’Assemblée nationale, dans sa phase de déploiement maximal.

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