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Administration sans papier au Bénin : deux ans après les décrets fondateurs, place à l’exécution ?

Gouvernance, La Marina BJEn signant le 24 juillet une circulaire conjointe actant la dématérialisation du fonds documentaire public, les ministères du Budget et de la Transformation digitale posent un acte fort. Si cette initiative s’inscrit dans la continuité des engagements du président Romuald Wadagni, ses modalités pratiques de mise en œuvre restent à préciser.

La transition vers une administration dématérialisée passe de la théorie à la directive budgétaire. Par la circulaire n°0142/MBFP/MTDI/SP-C signée le 24 juillet 2026, Rodrigue Chaou, ministre délégué chargé du Budget et de la Fonction publique, et Mahuna Akplogan, ministre de la Transformation digitale et de l’Innovation, formalisent la dématérialisation du fonds documentaire des administrations publiques béninoises. L’objectif affiché par l’exécutif est double : réduire l’empreinte carbone de l’État et rationaliser les dépenses de fonctionnement liées au stockage et à l’archivage physique.

Loin de constituer un point de départ isolé, ce texte vient accélérer un processus juridique déjà structuré. Le cadre normatif de la gestion des archives repose en effet sur deux décrets fondamentaux (n°2024-1407 et n°2024-1408) adoptés en Conseil des ministres le 11 décembre 2024, complétés en mars 2025 par le Référentiel général de gestion des archives (RéGGA), puis par le décret n°2025-363 du 2 juillet 2025 fixant les conditions d’exercice de l’activité de prestataire de service d’archivage électronique. La nouveauté apportée par la circulaire du 24 juillet réside dans l’alliance opérationnelle qu’elle consacre entre le ministère du Budget et celui de la Transformation digitale. En liant la maîtrise des dépenses d’État à la modernisation des workflows documentaires, les deux départements ministériels entendent transformer une obligation d’archivage en un levier direct d’efficience budgétaire.

Généralisation d’une trajectoire sectorielle

Cette orientation prolonge des initiatives déjà éprouvées au sein de ministères pilotes. Le ministère de l’Économie et des Finances a progressivement dématérialisé plusieurs démarches essentielles (bulletins de visite médicale, relevés de solde et de pension, dossiers de capital décès), tandis que la Direction générale des Impôts a totalement numérisé la délivrance du quitus fiscal en amont des dernières élections générales. Selon les informations rapportées par notre journaliste contributeur David Agboton, la nouvelle directive vise à étendre cette approche, jusqu’ici sectorielle, à l’ensemble du périmètre administratif.

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Cette exigence de rationalisation s’inscrit dans un contexte budgétaire précis. La loi de finances rectificative pour 2026, votée le 19 juin dernier, a révisé les dépenses d’État à 3 223,136 milliards de FCFA, soit une hausse de 5,2 % que la Direction générale du Budget attribue principalement à la majoration des charges de la dette publique, à l’augmentation des dépenses de transferts et au renforcement des dépenses d’investissement. Dans cette conjoncture, la recherche de gisements d’économies sur le fonctionnement quotidien constitue une priorité stratégique pour l’exécutif.

Si le signal politique du Président Romuald Wadagni est désormais clair, les modalités pratiques du basculement opérationnel demeurent à préciser. Les orientations communiquées par le gouvernement ne détaillent pas encore le calendrier d’exécution par phase, la désignation d’administrations pilotes, ni l’infrastructure technique retenue pour la gestion électronique des documents (GED). Par ailleurs, si l’argument environnemental est mis en avant pour justifier la réduction du papier, le lien de cette réforme avec le Plan d’action pour l’économie circulaire 2025-2035, adopté en février dernier, n’a pas été formellement établi. La précision de ces paramètres techniques et financiers permettra de mesurer concrètement l’impact de cette directive sur le fonctionnement quotidien des services publics.

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