Agrobusiness, La Marina BJ — Autorisé lors du conseil des ministres du 8 mai 2024, la création d’une exploitation agricole industrielle de 1 000 hectares pour la filière ananas nécessite un Plan de Gestion Environnementale et Sociale (PGES) chiffré désormais à plus de 900 millions de FCFA. Mais loin des seuls enjeux de déboisement ou d’irrigation, la majeure partie de l’enveloppe est absorbée par les indemnisations liées à un passif foncier qui remonte à près d’une décennie.
Pour imposer l’ananas béninois, et particulièrement la variété Pain de sucre du Plateau d’Allada, sur les étals mondiaux, l’État béninois et la Banque mondiale déploient les grands moyens. Dans le cadre du Projet d’Appui à la Compétitivité des Filières Agricoles et à la Diversification des Exportations (PACOFIDE), la mise en place d’une « ferme élite » d’une emprise globale de 1 200 hectares à Glo-Djigbé dans la commune d’Abomey-Calavi constitue la pierre angulaire de cette offensive agrobusiness. Pourtant, la lecture détaillée de l’Étude d’Impact Environnemental et Social (EIES) approfondie du projet révèle une réalité financière inattendue : l’essentiel de l’effort budgétaire de sécurisation ne porte pas sur les solutions écologiques, mais sur le règlement d’un contentieux foncier historique.
Une facture E&S de 937 millions de FCFA
Selon le rapport final d’EIES consulté par La Marina BJ, le coût global d’exécution du Plan de Gestion Environnementale et Sociale (PGES) s’élève exactement à 937 306 637 FCFA. Ce montant global intègre l’ensemble des mesures d’atténuation des risques, la surveillance de la qualité de l’air et de l’eau, les formations en santé et sécurité au travail (SST), la sensibilisation contre les violences basées sur le genre (VBG) ainsi qu’un programme de reboisement compensatoire de 13 110 arbres sur 20 hectares pour résorber les émissions générées par le défrichement. Dans la répartition détaillée des dépenses, le Plan d’Action de Réinstallation (PAR) capte à lui seul la somme impressionnante de 731 060 749 FCFA, ce qui représente 77,99 % du budget d’impact global.
À côté de ce poste majoritaire, les mesures d’atténuation environnementales proprement dites et la reconstruction de l’école primaire publique représentent 97 712 900 FCFA, soit 10,42 % de l’enveloppe. Les autres charges se partagent entre le recrutement des experts HSE et d’un sociologue de chantier pendant dix-huit mois pour 36 000 000 FCFA (3,84 %), les opérations de surveillance et de suivi environnemental confiées aux laboratoires et directions techniques pour 23 400 000 FCFA (2,50 %), ainsi que les frais d’appui institutionnel et de formation s’élevant à 3 500 000 FCFA (0,37 %). Enfin, une réserve pour imprévus et coûts indirects de 5 % vient compléter le tableau financier à hauteur de 44 633 637 FCFA (4,76 %).
L’héritage foncier du projet d’aéroport
L’explication de cette concentration budgétaire réside dans la nature même du site retenu pour l’aménagement. Les 1 200 hectares ciblés font en réalité partie du domaine public réservé à l’origine pour la construction de l’aéroport international de Glo-Djigbé. Déclaré d’utilité publique par décret dès 2006, ce périmètre a ensuite fait l’objet d’un arrêté préfectoral de cessibilité en 2017. Bien qu’une procédure nationale de dédommagement ait été engagée par l’Agence Nationale des Domaines et du Foncier (ANDF) et l’Agence de Développement du Périmètre de Glo-Djigbé (ADPG), l’emprise physique du sous-projet agricole abrite encore de nombreuses occupations humaines et économiques.
L’inventaire social minutieux mené sur le terrain recense précisément 238 personnes affectées par le projet (PAP) qui détiennent des biens dans la zone. Sur le plan des infrastructures et de l’habitat, le projet nécessite la libération de 43 habitations, le déplacement de 3 forages, d’une église, de 2 couvents et de 3 divinités situées directement dans l’emprise, sans oublier la délocalisation obligatoire de l’École Primaire Publique (EPP) de Glo-Tanmè et de ses 78 élèves. À cela s’ajoute un impact agricole majeur matérialisé par 329 hectares de plantations privées et de cultures vivrières, ce qui représente plus de 4 300 arbres à valeur économique comme des palmeraies ou des vergers d’agrumes qu’il convient d’indemniser.
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Les exigences strictes des normes
Si la réglementation nationale béninoise encadre l’expropriation pour cause d’utilité publique, le classement du projet en « Risque Substantiel » par la Banque mondiale impose l’application de la Norme Environnementale et Sociale n°5 (NES n°5). Contrairement aux procédures nationales classiques, la NES n°5 exige la compensation intégrale au coût de remplacement, la restauration des moyens de subsistance pour les exploitants informels et une assistance spécifique aux populations vulnérables. Le budget de 731 millions de FCFA alloué au PAR couvre ainsi non seulement la valeur foncière et immobilière restante, mais intègre également la reconstruction intégrale de l’école primaire affectée, le déplacement sécurisé des cultes locaux en concertation avec les dignitaires, et la compensation des récoltes agricoles.
En arbitrant en faveur du raccordement au réseau SBEE, de la construction de forages dédiés et de l’évitement partiel des habitations du village de Dokanmè, l’étude d’impact valide une approche de réduction des dommages. Pour le PACOFIDE, l’apurement définitif de ce passif foncier conditionne le démarrage des travaux d’aménagement de la première tranche de 200 hectares.
Si l’EIES documente l’ampleur du passif foncier, les missions de supervision conduites par la Banque mondiale en novembre 2024 puis en juin 2025 apportent un éclairage complémentaire; À la date de la dernière mission, ce passif n’était toujours pas soldé, et le bailleur, tout en soumettant au gouvernement trois options pour débloquer le dossier, elle-même n’excluait pas de renoncer au site actuel. Pour l’unité de gestion du projet PACOFIDE, l’apurement définitif de ce passif foncier conditionnait le démarrage des travaux d’aménagement de la première tranche de 200 hectares du projet de la ferme élite de Glo-Djigbé.
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