Entrepreneuriat, La Marina BJ — Sept mois après l’annonce du soutien de la Banque mondiale aux femmes entrepreneures béninoises, La Marina BJ s’est procuré des détails techniques et juridiques de l’accord projet signé récemment entre l’Association Internationale de Développement (IDA) et la Caisse des Dépôts et de Consignation du Bénin (CDC Bénin). Pour lever les capitaux nécessaires sur le marché financier, la CDC Bénin ne fonctionnera pas en direct : l’accord lui impose la création d’une entité ad hoc dédiée et l’atteinte d’un quota de 60 % d’investisseurs privés.
En janvier dernier, l’annonce de l’enveloppe de 60 milliards de FCFA (100 millions USD) accordée par la Banque mondiale au Bénin soulevait un vent d’espoir pour le financement des « Championnes Agodjié » (Lire LMBJ du 17/01/2026). Cependant, au-delà des orientations stratégiques, la concrétisation de cette ambition repose sur un montage d’ingénierie financière inédit dans l’histoire de la finance publique béninoise. L’accord de projet, conclu directement entre l’IDA et la CDC Bénin, lève le voile sur l’obligation légale de constituer une entité dédiée pour orchestrer cette levée de fonds sur le marché obligataire régional.
La création obligatoire d’un SPV
Pour porter l’émission des titres sur le marché financier, la CDC Bénin ne pourra pas agir en son nom propre. L’accord contractuel consulté par La Marina BJ stipule expressément la création d’une entité ad hoc réglementée, désignée sous le terme de Regulated SPV (Special Purpose Vehicle régulé), soit une structure juridique publique autonome, constituée selon le droit béninois, dotée de sa propre gouvernance et de sa propre comptabilité auditée, conformément aux exigences de l’IDA. Cette structure aura notamment pour mission de porter l’émission des Gender Bonds (obligations axées sur le genre) libellées en Francs CFA dans un délai maximal de trente mois à compter de l’entrée en vigueur de l’accord.
Un document d’évaluation de la Banque mondiale que nous avons également consulté confirme le caractère inédit de l’opération : la CDC Bénin y est désignée comme premier émetteur — c’est-à-dire une institution qui n’a jamais émis d’obligations sur le marché financier et qui accède pour la première fois à ce statut — justifiant la mise en place d’un mécanisme de rehaussement de crédit et d’une assistance technique dédiée. Cette assistance est financée via le fonds fiduciaire Joint Capital Market Program, programme conjoint de développement des marchés de capitaux porté par la Banque mondiale et la Société Financière Internationale, sur validation du ministère béninois de l’Économie et des Finances. Le même document précise que l’instrument pourrait être structuré comme une obligation sociale à thématique genre ou comme une obligation de développement durable, sa forme définitive devant être arrêtée avec l’arrangeur financier qui sera sélectionné pour piloter l’opération.
La contrainte majeure de ce montage réside dans l’obligation d’atteindre le marché : l’accord exige qu’au moins 60 % des obligations axées sur le genre émises soient obligatoirement souscrites par des investisseurs privés institutionnels ou commerciaux.
Le double verrou
Pour sécuriser les souscripteurs privés appelés à acheter les titres émis par ce SPV, l’accord intègre une mécanique de garantie à deux niveaux. La CDC Bénin doit constituer un compte séquestre (Escrow Account) — un compte bloqué dont les fonds ne peuvent être débloqués que sous certaines conditions contractuelles précises, ici validées par un comité technique de pilotage — logé dans une banque commerciale nationale sélectionnée. En cas de défaillance d’un partenaire dans le remboursement des crédits accordés aux PME, la CDC Bénin débloquera les fonds de ce compte sous forme de prêt junior — dont le remboursement est subordonné, c’est-à-dire passe après celui d’autres créanciers en cas de défaut — au SPV, afin d’honorer le paiement des coupons et du capital dus aux investisseurs privés.
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De leur côté, les institutions financières locales souhaitant distribuer ces lignes de crédit devront franchir un filtre strict : conformité réglementaire, autonomie de gestion et adoption d’un système de gestion environnementale et sociale conforme aux exigences de l’IDA. L’accès aux ressources du programme ne sera pas systématique pour toutes les entreprises de femmes. Le contrat scelle une liste rouge d’exclusions environnementales et sociales intransigeante : tout projet entraînant la conversion ou la dégradation de zones forestières, générant des impacts négatifs sur des voies d’eau internationales ou des habitats naturels, ou impliquant des réinstallations involontaires de populations sera banni d’office du financement.
Prévu pour une durée d’exécution de vingt ans, l’accord sur le programme WEDAF impose par ailleurs à la CDC Bénin le recrutement rapide d’un auditeur indépendant du secteur privé et d’un spécialiste en gestion financière, dans un délai de six mois. La CDC Bénin dispose désormais d’un compte à rebours de trente mois pour créer sa société ad hoc, obtenir les agréments réglementaires nécessaires et réussir sa première émission obligataire.
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