Agrobusiness, La Marina BJ — Alors que le secteur agricole ouest-africain peine encore à convaincre les investisseurs institutionnels, le Bénin transforme ses filières phares d’anacarde et d’ananas en véritables aimants à capitaux. Selon le dernier rapport d’étape du Projet d’Appui à la Compétitivité des Filières Agricoles et à la Diversification des Exportations (PACOFIDE) consulté par La Marina BJ, le dispositif a permis d’attirer plus de 106 millions de dollars d’investissements privés dans l’agribusiness local. Entre modernisation des infrastructures d’exportation et hausse spectaculaire des volumes commercialisés, le pays affine sa stratégie pour s’imposer comme un hub logistique et agro-industriel de premier ordre.
Dans un paysage économique régional marqué par la recherche de moteurs de croissance résilients, les performances de l’agriculture béninoise tranchent par leur dynamisme financier. Le PACOFIDE, dont l’enveloppe globale révisée atteint désormais 330 millions de dollars via trois crédits de l’Association internationale de développement (IDA), franchit un cap décisif dans son volet d’attractivité du secteur privé. En atteignant 106 millions de dollars de capitaux privés mobilisés, le programme dépasse ses cibles initiales et démontre que la structuration des chaînes de valeur à haut potentiel n’est plus seulement une question d’aide au développement, mais une opportunité d’investissement rentable.
Les fers de lance d’une commercialisation en pleine expansion
La hausse marquée des volumes commercialisés constitue le principal moteur de cet engouement. Portés par les programmes de réhabilitation des vergers — ayant déjà permis de restaurer 161 743 hectares d’anciennes plantations d’anacarde —, les producteurs appuyés par le PACOFIDE affichent une progression de 120,55 % des volumes de cajou mis sur le marché à fin juin 2026. Du côté de l’ananas, la commercialisation s’est envolée de 96,4 %, soutenue par le renouvellement de 3 622 hectares de plantations et le déploiement d’une unité de production de plants in-vitro.
Cette montée en puissance quantitative s’accompagne d’une exigence qualitative stricte : près de 99,9 % de la production présentée à l’export respecte désormais rigoureusement les normes internationales. Selon le document, les tests menés par le Laboratoire central de sécurité sanitaire des aliments (LCSSA) confirment la conformité de la quasi-totalité des échantillons d’anacarde et d’ananas analysés, un préalable indispensable pour sécuriser les investisseurs et accéder aux marchés internationaux.
La conquête de Pékin
Pour transformer ce potentiel agricole en devises, le Bénin investit massivement dans ses infrastructures de sortie. À l’aéroport international de Cotonou, l’aménagement du terminal à froid s’accélère sous la houlette des investissements du PACOFIDE. Avec des voies d’accès réalisées à 87 % et une unité de production de plants in-vitro avancée à 78 %, les infrastructures de la chaîne du froid doivent entrer en service d’ici fin novembre 2026.
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Parallèlement, la diplomatie commerciale béninoise touche au but sur le marché chinois. Grâce au soutien apporté à l’Agence de promotion des investissements et des exportations (APIEx) pour finaliser les procédures d’exigence sanitaire (SOPs) et de traitement par fumigation, les premières expéditions d’ananas frais béninois vers la Chine sont attendues avant la fin de l’année 2026. Une ouverture stratégique qui offre un débouché massif aux exportateurs et renforce la crédibilité du label Bénin.
Toutefois, malgré ce bilan financier flatteur, l’exécution sur le terrain n’est pas exempte de frictions administratives. Le rapport révèle plusieurs goulots d’étranglement qui ralentissent le déploiement complet des chantiers hydro-agricoles du PACOFIDE. La suspension temporaire des travaux d’aménagement sur 400 hectares de périmètres irrigués, dans l’attente du recrutement d’un nouveau bureau de contrôle, illustre la lourdeur des mécanismes de passation des marchés. De même, la lenteur du décaissement des fonds de contrepartie pour certains sous-projets et le retard pris dans la finalisation du plan de réinstallation (RAP) pour la ferme modèle de 1 000 hectares contraignent les équipes opérationnelles à un suivi rapproché. Ces rigidités procédurales maintiennent la notation du risque fiduciaire à un niveau « Substantiel » et ont amené le bailleur de fonds à reclasser la progression vers l’atteinte des objectifs de développement de « Satisfaisant » à « Modérément Satisfaisant », bien que les risques liés à la conception technique et à la capacité institutionnelle aient été ramenés à un niveau « Modéré » à fin juin 2026.
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