Culture , La Marina BJ – Alors que le pays se prépare à une transition au sommet de l’État, La Marina BJ a mis la main sur les statuts approuvés de la Maison de l’Artiste, une pièce maîtresse du legs institutionnel de l’exécutif sortant. Les dispositions confirment la création d’un appareil professionnel clé en main, structuré autour d’un parlement de 84 élus départementaux issus de sept filières distinctes. L’analyse de l’acte réglementaire permet de comprendre comment l’infrastructure culturelle est désormais prête à accueillir les ambitions du prochain septennat, offrant pour la première fois une représentativité nationale et équitable à l’ensemble des créateurs du territoire.
Si la mesure présidentielle du 4 mars 2026 traçait les lignes de force du nouveau statut de l’artiste, l’acte du 11 mars dernier vient d’en allumer le moteur ( Lire LMBJ du 16/03/2026). En approuvant les statuts de la Maison de l’Artiste, le gouvernement béninois ne se contente pas de créer une administration supplémentaire : il fonde une véritable chambre professionnelle dotée d’une souveraineté inédite.
La fin du centralisme
L’innovation majeure de cette réforme réside dans son équation mathématique consistant à accorder sept filières artistiques pour les douze départements. Les arts plastiques, la musique, le cinéma, la danse, la littérature, les arts de l’oralité et le numérique disposeront chacun d’un représentant élu par département. Ce maillage à double entrée brise définitivement l’hégémonie de Cotonou sur la vie culturelle en permettant au plasticien de Nikki ou au conteur de Zogbodomey de disposer de la même voix institutionnelle que ses pairs de la métropole.
Selon les précisions de notre journaliste contributeur David Agboton après lecture des statuts, ces 84 élus ne siègeront pas pour la forme puisqu’ils auront la charge de voter le budget, d’adopter le plan stratégique et de ratifier la convention collective des travailleurs culturels. Ce pouvoir de décision effectif fait passer l’artiste du statut de spectateur à celui d’acteur de sa propre régulation.
De plus, la Maison de l’Artiste devient l’autorité exclusive de délivrance de la carte professionnelle qui mute désormais en un véritable outil de souveraineté. En tenant le registre national, l’institution met fin à l’ère de l’informel et impose un nouveau cadre aux créateurs. L’enjeu de cette immatriculation est d’abord électoral puisque le registre fera office de liste électorale officielle pour désigner les 84 représentants du secteur. Sur le plan économique, ce document devient le sésame obligatoire pour accéder aux guichets de financement public, aux contrats encadrés par l’État ainsi qu’aux divers dispositifs de soutien institutionnel. Cette reconnaissance statutaire garantit ainsi que seuls les acteurs professionnels et identifiés pourront bénéficier de l’accompagnement de la puissance publique.
Le bras armé du prochain septennat
Cette structuration n’est pas un hasard de calendrier car elle intervient à quelques semaines de l’investiture du président élu, Romuald Wadagni, prévue le 24 mai prochain. Le projet de société du futur chef de l’État repose en grande partie sur un Programme national d’excellence artistique incluant des rémunérations mensuelles pour les créateurs les plus méritants. Sans un registre fiable et une institution représentative, un tel programme serait impossible à piloter efficacement. La Maison de l’Artiste offre donc à la future administration l’infrastructure prête à l’emploi pour déployer sa politique de promotion territoriale à travers les pôles de splendeurs. L’exécutif sortant lègue ici un appareil institutionnel clé en main qui transforme la promesse politique en un mécanisme opérationnel immédiat.
Le défi qui attend désormais la communauté culturelle est celui des urnes pour valider ce changement de paradigme. Pour la première fois d’ici quelques mois, la scène artistique béninoise vivra une campagne électorale professionnelle d’envergure nationale qui sera entièrement orchestrée par voie électronique. Le succès de cette réforme de structure dépendra de la capacité des créateurs à se mobiliser pour élire des pairs capables de gérer un budget autonome et de négocier des accords de partenariat internationaux. En héritant de cette institution, le futur exécutif hérite aussi d’une obligation de cohérence consistant à organiser rapidement ces élections pour que le Parlement des créateurs soit en place avant le lancement des grands chantiers du septennat. La rupture de méthode est désormais inscrite dans les textes et il appartient désormais aux 84 futurs élus de la transformer en une rupture de réalité sur le terrain.
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