Agriculture, La Marina BJ – Pour son ultime Conseil des ministres ce mercredi 13 mai 2026, le président sortant, Patrice Talon, a sanctuarisé la campagne agricole 2026-2027. Face à une flambée mondiale des prix, l’État mobilise près de 32 milliards de FCFA pour maintenir le coût des engrais à un niveau supportable pour les paysans.
L’émotion était palpable ce mercredi au Palais de la Marina. Entre deux dossiers techniques, Patrice Talon a fait ses adieux à son équipe de gouvernement, sollicitant leur « grâce » pour les rigueurs de son mandat. Mais au-delà de la posture d’adieu, le Chef de l’État a posé un acte politique fort en engageant les finances publiques sur une campagne agricole qui se jouera sous l’égide de son successeur, le président élu Romuald Wadagni.
Le bouclier contre l’inflation mondiale
Cette décision ne relève pas de la simple routine administrative mais constitue une réponse d’urgence à un marché mondial des fertilisants totalement embrasé. Le choc géopolitique provoqué par le conflit en Iran et les tensions croissantes dans le détroit d’Ormuz, point de passage de 30 % des engrais mondiaux, a fait exploser les cours de manière spectaculaire.
En seulement deux mois selon les informations de notre journaliste contributeur Marc TODO, la tonne d’urée a bondi de plus de 50 % pour frôler les 726 dollars. Sans cette intervention directe de l’État, les agriculteurs béninois auraient été contraints de payer leurs intrants au prix réel du marché, une option jugée inacceptable par le gouvernement béninois qui refusent de sacrifier l’autosuffisance alimentaire du pays.
Près de 32 milliards de FCFA sur la table
En nette hausse par rapport aux campagnes récentes, l’enveloppe de 31,875 milliards de FCFA représente l’effort le plus élevé depuis la campagne 2025-2026. En injectant ce montant, l’exécutif béninois parvient à absorber l’onde de choc inflationniste pour le compte des producteurs. Grâce à ce mécanisme, le prix du sac de 50 kg de NPK vivriers reste fixé à 17 000 FCFA alors que son prix réel sur le marché s’élève à 24 250 FCFA, représentant une économie directe de 7 250 FCFA par sac pour le producteur. Le sac de NPK coton est quant à lui maintenu à 17 000 FCFA au lieu de 23 500 FCFA, soit 6 500 FCFA d’économie par sac. Le sac d’urée est maintenu à 15 000 FCFA au lieu de 19 250 FCFA, tandis que le chlorure de potassium reste accessible à 14 000 FCFA malgré un prix réel de 17 250 FCFA.
Afin de rassurer pleinement les acteurs de la filière de l’or blanc, le gouvernement a également procédé au verrouillage des prix d’achat du coton-graine. Le coton-graine conventionnel de premier choix sera payé 300 FCFA le kilogramme, tandis que le coton biologique de premier choix est fixé à 360 FCFA le kilogramme. Concernant le volet des produits phytosanitaires, les tarifs restent stables avec par exemple un coût de 6 615 FCFA pour le traitement contre les Jassides, garantissant ainsi une protection efficace des cultures sans aucun surcoût pour l’exploitant agricole.
Cet investissement massif vise un objectif stratégique clair qui est d’atteindre la barre symbolique des 700 000 tonnes de coton pour la saison 2026-2027. Après avoir généré plus de 223 milliards de FCFA de recettes d’exportation au cours de l’année 2025, la filière cotonnière s’impose plus que jamais comme le poumon économique vital du pays. En quittant la tête du pays le 24 mai prochain, Patrice Talon laisse derrière lui un secteur soutenu à bout de bras par la puissance publique, avec un cumul de subventions aux engrais dépassant les 160 milliards de FCFA depuis 2022. Cet héritage solide place désormais une responsabilité importante sur les épaules de son successeur, Romuald Wadagni, qui devra s’assurer que ce moteur essentiel de l’économie béninoise continue de tourner à plein régime.
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