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Budget rectificatif 2026 : l’État béninois revoit à la hausse ses prévisions douanières en pariant sur deux réformes

Gouvernance, La Marina BJ Adopté en Conseil des ministres le 3 juin 2026 et transmis au Parlement, le projet de loi de finances rectificative (PLFR) pour la gestion 2026 table sur une progression de 7,4 % des recettes de la Direction générale des douanes. Derrière cette ambition se cachent deux réformes majeures : le verrouillage des importations de riz et le croisement systématique des données fiscales. Un pari adossé à une solide dynamique de performance, mais dont les résultats restent à consolider sur le second semestre.

Dans la note de présentation du PLFR 2026 consultée par La Marina BJ, une ligne du tableau budgétaire retient l’attention par l’ampleur de sa révision : les recettes brutes de la Direction générale des douanes (DGD). Celles-ci bondissent de 882,4 à 947,4 milliards de FCFA, soit une hausse de 65 milliards de FCFA. C’est la plus forte progression enregistrée parmi toutes les régies financières de l’État dans cette révision budgétaire. Ce bond ne relève pas d’une simple réévaluation conjoncturelle. Il s’ancre dans deux réformes concrètes, explicitement citées comme les moteurs de cette révision. Un choix qui s’inscrit d’ailleurs dans la continuité d’une année 2025 record pour la douane coïncidant avec la perspective de la réouverture totale des frontières entre le Bénin et le Niger.

La réforme du riz

La première réforme annoncée est la plus visible. Par une décision du 22 avril 2026, l’ex-directrice générale des douanes, Adidjatou Hassan Zanouvi, remplacée le 3 juin par le colonel Raouf Malèhossou Aboudou a fixé les modalités d’application de l’arrêté portant règles particulières applicables aux opérations de dédouanement du riz au Bénin (Lire LMBJ 29/04/2026).

Le dispositif est inédit. Désormais, toutes les opérations de dédouanement de riz destiné à la consommation nationale sont soumises à une autorisation préalable annuelle. Pour l’obtenir, les importateurs doivent montrer patte blanche en étant légalement constitués et en exerçant au Bénin depuis au moins trois ans. Ils doivent également disposer d’un numéro fiscal valide et être parfaitement à jour de l’ensemble de leurs obligations fiscales, douanières et sociales. Tout opérateur sous le coup d’un contentieux non apuré ou d’un manquement déclaratif se retrouve d’office exclu du circuit.

Mais la condition la plus drastique reste financière : l’octroi du précieux sésame est subordonné au dépôt d’une caution minimale d’un milliard de FCFA, consignée en espèces sur un compte dédié du Trésor public. À cela s’ajoute un engagement d’importation mensuelle oscillant entre 50 000 et 100 000 tonnes. L’objectif affiché est triple, sécuriser les recettes face à la sous-facturation, garantir la qualité des produits et professionnaliser la filière. L’enjeu est de taille mais le Bénin fait office de hub de réexportation de riz vers les pays de l’hinterland et le Nigeria. En formalisant ce flux historiquement marqué par l’informel et la sous-déclaration, l’exécutif béninois entend capter dès cette année la valeur réelle de ces flux massifs.

L’arme numérique

La seconde réforme, plus discrète, s’avère structurellement plus profonde. Il s’agit du croisement systématique des fichiers entre la DGD et la Direction générale des impôts (DGI), via une plateforme d’échange interconnectée par l’Identifiant Fiscal Unique (IFU). Ce dispositif permet de traquer en temps réel les incohérences : opérateurs importants sans déclarer de revenus correspondants, sous-évaluation des marchandises ou détournements de régimes d’exonération.

Les prémices de cette modernisation numérique se lisaient déjà dans le bilan de l’exercice précédent. Fin 2025, malgré la fermeture continue de la frontière nigérienne et la volatilité du naira, la DGD avait mobilisé 861,2 milliards de FCFA (soit un taux de réalisation de 111,5 % des prévisions). Cette surperformance, portée par le ciblage affiné des flux à risque, avait fait progresser les droits de douane à l’importation de plus de 20 %. C’est cette recette que le PLFR 2026 entend aujourd’hui généraliser.

Une trajectoire haussière partagée par les autres régies

Si la douane sert de locomotive, les autres administrations financières suivent la même tendance, bien que de manière plus modérée. Dans le PLFR, les recettes prévues pour la Direction générale des Impôts passent de 1 443,2 à 1 456,2 milliards de FCFA, ce qui représente une hausse de 0,9 % par rapport au budget initial de l’année. De son côté, la Direction générale du Trésor progresse avec des projections révisées de 141,8 à 148,9 milliards de FCFA. Si la Direction générale des Douanes mène la marche avec son bond de 882,4 à 947,4 milliards de FCFA, l’Agence nationale du domaine et du foncier reste parfaitement stable à 5,0 milliards de FCFA.

Cette progression de la DGI, première régie en volume, contenue traduit une approche conservatrice : l’État ne crée aucun nouvel impôt et n’augmente pas les taux, misant uniquement sur l’élargissement naturel de l’assiette lié à la croissance économique, maintenue à 7,5 %. Nommé le 3 juin dernier, le nouveau directeur général de l’institution, Erick Maxime Mensah Akakpo-Djihountry, aura pour mission d’accélérer cette modernisation de la collecte. De son côté, le Trésor public (DGTCP) progresse de 5,0 %, soutenu par de meilleures perspectives sur les produits financiers et une politique d’apurement des restes à recouvrer. Enfin, les dons budgétaires (20 milliards) et les fonds de concours (54,6 milliards) restent stables, signalant une visibilité maîtrisée des appuis extérieurs.

Au total, les recettes du budget général passent de 2 547,1 à 2 632,2 milliards de FCFA (+3,3 %). En intégrant le budget annexe du FNRB et les comptes d’affectation spéciale, les recettes budgétaires globales s’établissent à 2 736,1 milliards de FCFA (contre 2 645,9 milliards initialement prévus, soit +3,4 %).

Le défi de l’exécution

Malgré cet optimisme comptable pour les douanes, la prudence reste de mise. Ces deux réformes majeures n’en sont qu’à leurs balbutiements opérationnels. La réforme de la filière riz, entrée en vigueur en avril, n’avait que quelques semaines d’existence au moment de la formulation du collectif budgétaire.

Son impact réel sur la seconde moitié de l’année dépendra du nombre d’opérateurs capables d’aligner le milliard de FCFA de caution, du maintien des volumes importés et de la rigueur des contrôles douaniers sur le terrain. Quant à l’interconnexion DGI-DGD, son succès dépendra de la fin définitive du fonctionnement en silos de ces deux administrations. La trajectoire est tracée, reste à en valider l’exécution qui passe par le vote du parlement.

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