Politique, La Marina BJ – Alors que le Bénin installe les structures de sa nouvelle gouvernance au sommet de l’État, le principal parti d’opposition s’enfonce dans une guerre d’usure devant les juridictions de droit commun. L’audience annoncée pour le jeudi 18 juin devant la Cour d’appel de Cotonou scellera-t-elle le divorce définitif entre Éric Houndété et l’appareil du parti ? Décryptage d’un crash annoncé.
Il est des combats que l’on mène pour imposer une vision, et d’autres que l’on s’inflige simplement pour ne pas acter sa propre défaite. La nouvelle audience prévue ce jeudi 18 juin 2026 devant la Cour d’appel de Cotonou s’inscrit indubitablement dans la seconde catégorie. En fixant une date pour l’examen du recours formé par Éric Houndété contre la décision ayant confirmé Nourénou Atchadé à la tête du parti Les Démocrates, les magistrats s’apprêtent à jouer le énième acte d’un vaudeville dont l’opinion publique béninoise a, déjà, décroché. Pour qualifier la démarche du camp de l’ancien premier vice-président, on peut dire qu’elle ressemble fort à un baroud d’honneur désespéré. Pour la démocratie béninoise, c’est le feuilleton de trop.
Le péché originel de la succession
L’affaire, qui paralyse l’alternative d’opposition depuis plus de trois mois, puise sa source dans le vide laissé par l’ancien président de la République Thomas Boni Yayi. Le 3 mars dernier, la démission surprise de l’ancien chef de l’État pour raisons de santé ouvrait une succession à haut risque. Si Éric Houndété a immédiatement assumé l’intérim, ses ambitions se sont fracassées sur la stratégie de la ligne dure du parti lors du Conseil national du 22 mars 2026. Ce jour-là, Nourénou Atchadé est propulsé au sommet dans une ambiance électrique.
La réplique d’Éric Houndété ne s’est pas fait attendre. Dès le lendemain, sur les ondes de Matin Libre, il dénonçait un déni des statuts et réaffirmait sa légitimité. Portée devant les tribunaux par ses conseils, la contestation d’une « présidence fantoche » a pourtant buté, le 29 avril, sur le rejet du juge Armel Azodogbehou. En choisissant d’interjeter appel, Éric Houndété s’enferme dans une guerre des tranchées qui devrait épuiser ses derniers soutiens.
L’incohérence politique en héritage
Mais c’est sur le terrain de la crédibilité que le bât blesse. Comment feindre de disputer l’âme et l’appareil des Démocrates quand, dans le secret des états-majors, le choix de la Rupture a déjà été acté ? Lors de la dernière campagne présidentielle, Éric Houndété, flanqué d’une vingtaine de cadres du parti et d’autres alliés, a ostensiblement enfreint la ligne officielle pour rejoindre l’équipe du candidat et président Romuald Wadagni. Cette indiscipline caractérisée avait d’ailleurs provoqué, le 27 mars, la suspension des frondeurs (Lire LMBJ du 27/03/2026).
Voir aujourd’hui le banni contester à nouveau la légitimité de la maison qu’il a politiquement désertée pour le camp d’en face vide le débat de toute substance éthique. Le diagnostic est que cette action en justice sert davantage d’exutoire personnel ou de stratégie de positionnement que de projet de refondation. L’opposition béninoise, pour ne pas dire le camp dissident, offre le spectacle d’une armée mexicaine sans troupes : à force de traîner ses querelles devant les juridictions, elle s’est d’elle-même disqualifiée du débat républicain.
Le pays avance, l’opposition plaide
Pendant que les avocats s’écharpent sur les vices de procédure, la réalité institutionnelle est implacable. Sortis exsangues des élections générales du début de l’année, Les Démocrates n’alignent plus aucun député, aucun maire, aucun levier de pouvoir. Le parti fondé par Boni Yayi est devenu une coquille vide, minée par des démissions en cascade de cadres de premier plan.
Le contraste est d’autant plus saisissant que le calendrier national s’accélère. Investi le 24 mai après son succès au premier tour face à Paul Hounkpè, le président Romuald Wadagni dicte le tempo. Les premières initiatives de la nouvelle équipe gouvernementale, notamment la décrispation diplomatique avec le Niger, captivent l’opinion. Symptôme suprême de cette impuissance collective : le camp d’Atchadé lui-même a dû publier un communiqué pour saluer la gestion de ce dossier par le chef de l’État (Lire LMBJ du 7/06/2026).
Dans ce contexte de reconfiguration générale, qu’espère encore obtenir le camp Houndété ce jeudi ? Une victoire sur le fil devant la Cour d’appel ne ferait qu’ajouter de l’anarchie au chaos. Une confirmation du premier jugement acterait définitivement sa mise au ban. Le verdict du 29 avril offrait pourtant une porte de sortie honorable : un cadre juridique stable, fût-il contesté, pour acter les dissidences et rebâtir ailleurs. En s’accrochant aux prétoires, Éric Houndété et consorts commettent l’erreur classique de confondre le temps du droit et celui de l’opportunité politique. À force de vouloir sauver la face devant les juges, l’ancien leader de premier plan du parti Les Démocrates prend le risque de précipiter ce qu’il restait de son capital de sympathie dans le fossé de l’indifférence générale. Ce qu’il reste du parti n’a pas besoin d’un énième renvoi d’audience, mais d’un sursaut de lucidité. Évident, mais sans doute trop tard pour éviter l’agonie.
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