Litige commercial, La Marina BJ – Le Tribunal de Commerce de Cotonou a condamné le pasteur et promoteur immobilier Edgard Marius Minaboua GUIDIBI à rembourser la somme de 55.028.420 FCFA à l’institution de microfinance FINANCIAL DEVELOPMENT (FINADEV) SA. Saisie en mars 2026, la juridiction commerciale a prononcé la résolution d’un accord de dation en paiement signé quatre ans plus tôt, après avoir constaté que le terrain cédé pour éponger la dette faisait l’objet d’une contestation foncière. Ce jugement commercial vient alourdir le passif judiciaire de l’ancien conseiller technique à la Présidence de la République, placé sous mandat de dépôt en octobre 2025 par la Cour Spéciale des Affaires Foncières dans une procédure d’instruction toujours en cours.
L’affaire qui vient de trouver son dénouement devant le Tribunal de Commerce de Cotonou s’enracine dans un feuilleton financier vieux de dix ans. En octobre 2016, Edgard GUIDIBI contractait un prêt de 100 millions de FCFA auprès de FINADEV SA pour financer ses activités commerciales. Face à des difficultés chroniques de remboursement, et après un rééchelonnement infructueux de la dette en 2018, les deux parties avaient cru sceller la paix définitive le 11 avril 2022 par un mécanisme juridique bien précis : une dation en paiement. Par cet acte notarié, le débiteur Edgard GUIDIBI transférait à l’institution financière la propriété d’un terrain d’un hectare et demi situé à Hêvié Ahouanondja, éteignant ainsi le solde restant de sa créance, arrêté à 55.028.420 FCFA. Mais ce règlement en nature reposait sur un actif profondément instable.
Le piège d’un terrain contesté
L’apparente résolution du conflit n’a duré que deux mois. En juin 2022, la société Global Service Plus, fondée par Edgard GUIDIBI lui-même, informait officiellement FINADEV qu’un litige foncier opposait la collectivité venderesse d’origine, la collectivité TCHIN, à de tierces personnes revendiquant des droits de propriété sur le domaine. Ce conflit a immédiatement paralysé les procédures de morcellement, empêchant FINADEV de valoriser ou de revendre le terrain pour récupérer ses fonds.
Face à cet actif totalement gelé, l’institution de microfinance a mis en œuvre la clause résolutoire prévue à l’article 7 de la convention de dation. Cette clause de sauvegarde stipulait expressément que si une action en revendication par des tiers surgissait sur la parcelle, FINADEV n’aurait pas à en attendre l’issue et pourrait exiger le remboursement immédiat de la créance en numéraire. En mars 2026, l’administrateur provisoire de FINADEV SA, Monsieur ADONON C. Aymar, a donc assigné le promoteur pour demander la résolution de la dation et le retour à une obligation de paiement en cash.
Le verdict implacable
Devant la formation de jugement présidée par le magistrat Codjo Jonas KONON, assisté des juges consulaires Irène A. F. ASSOGBA et Amoudath O. BELLO, la défense d’Edgard GUIDIBI, assurée par Maître Rodrigue GNANSOUNNOU, a tenté de soulever l’incompétence du tribunal de commerce au profit des juridictions d’Abomey-Calavi et a contesté la force probante du litige foncier invoqué. Les juges ont méthodiquement rejeté ces arguments, rappelant que le prêt initial finançait une activité commerciale de vente de biens mobiliers, ce qui lui confère la nature d’un acte de commerce par nature au sens du droit OHADA, justifiant pleinement la compétence des juridictions commerciales de Cotonou.
Sur le fond, le tribunal a validé la pleine efficacité de la condition résolutoire inscrite dans l’acte notarié. Les juges ont souligné que la preuve de la contestation foncière était indiscutable puisqu’elle découlait du courrier d’avertissement envoyé par la propre société du débiteur. En conséquence, le tribunal a prononcé la résolution de la dation en paiement, ordonné le retour du terrain litigieux dans le patrimoine du promoteur, et condamné Edgard GUIDIBI à restituer à FINADEV SA la somme principale de 55.028.420 FCFA assortie des intérêts de droit, le tout assorti d’une exécution provisoire à hauteur de la moitié de la condamnation.
Ce jugement commercial s’inscrit dans une trajectoire judiciaire particulièrement préoccupante pour le promoteur immobilier. Déjà condamné en mars 2020 par le Tribunal de première instance de Cotonou à huit mois de prison avec sursis et une amende de 500.000 FCFA pour escroquerie avec appel au public et association de malfaiteurs, Edgard GUIDIBI a vu sa situation s’aggraver radicalement en octobre 2025. Interpellé le 22 octobre par la Brigade criminelle, puis déféré le 28 octobre devant le parquet spécial de la Cour Spéciale des Affaires Foncières (CSAF), il a été placé sous mandat de dépôt sur la base de trois chefs d’accusation : association de malfaiteurs, escroquerie par appel public et stellionat, infraction caractérisée par la vente ou l’hypothèque de biens sur lesquels on ne dispose d’aucun droit réel, délit particulièrement fréquent dans les contentieux fonciers béninois. La procédure d’instruction devant la CSAF est toujours en cours.
C’est donc dans ce contexte judiciaire déjà lourd que le Tribunal de Commerce de Cotonou inflige à Edgard GUIDIBI, le 4 juin 2026, une condamnation commerciale supplémentaire à 55 millions de FCFA. Trois fronts judiciaires, pénal, foncier et commercial, pèsent désormais simultanément sur l’ancien gérant et fondateur de Global Service Plus.
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