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Dr Roméo Kossi Fangninou (ABDC) : « La paix entre le Bénin et le Niger ne doit pas être qu’un sourire diplomatique »

Diplomatie, La Marina BJAprès trois ans d’une fermeture des frontières qui asphyxie les économies locales, Cotonou et Niamey amorcent un dégel spectaculaire. Dans une tribune intitulée « Bénin–Niger : la décrispation à l’épreuve du réalisme », le Dr Roméo Kossi Fangninou, expert en gouvernance démocratique et Secrétaire général de l’Association Béninoise de Droit Constitutionnel (ABDC), passe ce rapprochement au crible de la realpolitik. Pour le juriste, la volonté politique affichée par le président Romuald Wadagni et le général Abdourahamane Tiani doit urgemment dépasser le stade des symboles pour se confronter aux dures réalités sécuritaires et souverainistes.

Trois longues années, c’est le temps qu’il aura fallu pour que le Bénin et le Niger, deux nations historiquement unies « par l’histoire, la langue et le sang », tentent de briser la glace institutionnelle. Depuis le coup d’État de juillet 2023 à Niamey, suivi des sanctions de la CEDEAO, l’axe Cotonou-Niamey s’était installé dans un silence glacial, rythmé par des accusations croisées. L’alternance politique à Cotonou a rebattu les cartes. Pour son investiture, le président béninois a choisi d’inviter les délégations de l’Alliance des États du Sahel (AES) et de se rendre lui-même à Niamey. Mais pour le Dr Roméo Kossi Fangninou, si l’espoir renaît, la diplomatie ne peut se nourrir de faux-semblants; pour être pérenne, il prône une paix qui « ne soit pas qu’un sourire diplomatique »,

L’illusion du volontarisme face aux choix stratégiques

Le Dr Fangninou structure son analyse en mettant en opposition la diplomatie des gestes et la rationalité froide des États. D’un côté, il salue « l’amorce manifeste d’une décrispation bilatérale », matérialisée par la création d’un comité technique. Cependant, le juriste tempère immédiatement l’enthousiasme général en rappelant que ces symboles politiques, bien que nécessaires, « ne suffisent pas à eux seuls à rouvrir une frontière : il fallait qu’ils se traduisent en un cadre de travail concret ». Derrière les poignées de main se dresse en réalité « la persistance du réalisme souverainiste comme frein structurel ».

Selon l’expert, le volontarisme affiché par le nouveau gouvernement béninois se heurte à des lignes rouges doctrinales. Le chef de l’État béninois a tracé une limite implicite en montrant que le Bénin tend la main, mais sans abdiquer ses choix stratégiques propres, notamment son ancrage dans la CEDEAO que le Niger a quittée. Une telle posture démontre de manière évidente qu’aucune ouverture ne se fera au détriment de l’intérêt national béninois.

L’urgence d’agir

Si le Bénin prône une ouverture mesurée, le Niger oppose une « méfiance sécuritaire persistante ». La délégation nigérienne conditionne toute réouverture des frontières à des exigences strictes et non négociables. Elle réclame notamment un accord de non-agression pour éviter que le territoire voisin ne serve de base arrière de déstabilisation, ainsi qu’une transparence totale sur les présences militaires étrangères installées au Bénin. Pour le Secrétaire général de l’ABDC, cette posture n’est pas un simple refus de dialoguer, mais l’expression d’un État rationnel qui protège rigoureusement ses intérêts. Il rappelle à ce titre qu’en relations internationales, la confiance ne se décrète pas et qu’elle se construit plutôt par des garanties vérifiables.

L’analyse du Dr Fangninou se veut aussi un véritable plaidoyer pour les populations locales. Pendant que les chancelleries s’observent et négocient à pas feutrés, les peuples paient le prix de la fermeture. Face à l’urgence humanitaire et économique, l’expert propose deux leviers pragmatiques pour transformer enfin la volonté politique en paix durable. Il convient d’abord de fixer un calendrier précis et public de réouverture, assorti d’étapes vérifiables, pour donner la visibilité nécessaire aux acteurs économiques. Il est tout aussi crucial d’opérationnaliser sans délai la cellule bilatérale de renseignement proposée par Niamey, afin d’en faire le socle d’une confiance sécuritaire solide à long terme.

En guise de conclusion, Roméo Kossi Fangninou rappelle l’évidence qui devrait pousser les deux pays à la transparence en soulignant que « notre ennemi commun inquiète plus que nos partenaires d’ailleurs ne rassurent ». Refusant le politiquement correct, il signe une sentence finale en forme de feuille de route pour Cotonou et Niamey. Sa conviction profonde est qu’il n’y a pas de formule magique dans ce processus, mais qu’il y a de la magie dans la formule de la transparence et de la confiance réciproques entre les deux États.

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