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Interdiction des poulets importés au Bénin : l’échéance ratée de 2024, le mirage de 2033 ?

Aviculture, La Marina BJ La promesse était nette, datée, solennelle. Le 17 avril 2023, l’ancien ministre de l’Agriculture, Gaston Dossouhoui, fixait un cap ultra-ambitieux aux aviculteurs béninois : au 31 décembre 2024, plus aucun poulet congelé ni œuf de table étranger ne franchirait les frontières nationales. Trois ans plus tard, alors que Cotonou abrite son premier Salon Expo Avicole, le constat est que les poulets importés inondent toujours le marché, et l’horizon de la souveraineté alimentaire vient de glisser subtilement vers 2033.

Le Palais des Congrès de Cotonou accueillait jeudi 25 juin 2026 le lancement de la première édition du Salon-Expo Avicole du Bénin, placée sous le thème de la souveraineté alimentaire. Représentant le Chef de l’État, le ministre de l’Agriculture, de l’Élevage et de la Pêche, Adin Yeton Bloukounon Goubalan, a planté le nouveau décorum en soulignant que le gouvernement, à travers la vision Bénin 2033, entend faire de l’aviculture l’une des filières stratégiques de création d’emploi. Il a rappelé que le Gabon et le Maroc l’avaient fait, incitant le Bénin à réduire de façon progressive sa dépendance.

Cette formule résonne comme un aveu d’échec pour les producteurs. En 2023, les mêmes arguments avaient servi à décréter un protectionnisme radical, mais entre-temps, la réalité des chiffres a rattrapé la rhétorique. Pour mesurer l’ampleur du défi, il faut noter que la consommation nationale s’élève à environ 100 000 tonnes par an alors que la production locale de 2024 stagne autour de 20 000 tonnes, laissant un déficit structurel de 80 000 tonnes entièrement couvert par les importations. Cette situation est accentuée par une guerre des prix agressive, puisque le kilo de poulet importé s’écoule entre 1 000 et 1 200 FCFA, là où le coût de revient du poulet local oscille entre 1 800, 2 000 et 3500 FCFA.

Le jeu des comparaisons

L’interdiction brute au 31 décembre 2024 était un vœu pieux car la filière locale souffre d’une dépendance critique en amont, notamment parce que 80 % des poussins d’un jour sont importés et que l’aliment de bétail représente à lui seul plus de 60 % du coût de production. Le 28 février 2025, le porte-parole du gouvernement, Wilfried Léandre Houngbédji, avait dû acter ce rétropédalage face à la presse en expliquant qu’une interdiction radicale au 1er janvier 2025 aurait créé une situation difficile avec une tension sur le marché et un surenchérissement des coûts. C’était une décision pragmatique pour éviter une crise sociale, notamment lors des fêtes de fin d’année où se concentrent 70 % de la consommation annuelle. Toutefois, tout n’est pas noir dans ce bilan puisque les données croisées de l’Itavi et d’Eurostat indiquent que le Bénin a réussi à réduire ses importations de poulet de 40 % en provenance des pays tiers et de 43 % en provenance de l’Union européenne entre 2023 et 2024, ce qui constitue une baisse notable bien qu’encore insuffisante pour combler le gouffre.

Le ministre Bloukounon Goubalan a ouvertement cité les exemples du Maroc et du Gabon, mais cette comparaison met en exergue le déficit de moyens du côté béninois. Au niveau du partenariat marocain, la forte présence à Cotonou d’Ahmed El Bouari, ministre marocain de l’Agriculture, et de la Fédération interprofessionnelle du secteur avicole du Maroc montre un appui technique réel et structuré pour la tenue du salon. En revanche, l’agressivité gabonaise révèle un contraste saisissant car le Gabon, sur un marché pourtant plus modeste, n’a pas hésité à aligner 775 milliards de FCFA à travers cinq contrats majeurs pour produire 130 000 tonnes de poulets d’ici 2027 et financer son Plan opérationnel d’urgence pour la filière avicole. Si le Bénin veut véritablement s’inspirer de ces réussites, la question budgétaire reste entière quant aux investissements massifs que l’État compte injecter face aux géants d’Afrique du Nord ou d’Afrique Centrale.

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Des avancées réelles mais trop sectorielles

Le tableau de l’aviculture béninoise comporte de vrais motifs de satisfaction, à commencer par l’explosion de la production d’œufs qui est passée de 7 800 tonnes en 2019 à plus de 20 000 tonnes grâce aux élevages modernes du Sud. De plus, des initiatives structurantes garantissent le renouvellement générationnel, à l’instar du programme des 1 000 Jeunes en Aviculture et de l’ouverture en janvier 2026 de dix filières avicoles dans les lycées techniques agricoles pour préparer l’avenir de la profession. Mais le nœud gordien reste agricole et le ministre l’a lui-même confessé durant le salon en expliquant que pour nourrir une industrie avicole digne de ce nom, la production nationale de maïs, actuellement bloquée à 1,8 million de tonnes, doit être impérativement multipliée par quatre. Cela prouve bien que la souveraineté avicole exige avant tout une véritable révolution céréalière en amont.

Ce que révèle la trajectoire du dossier avicole béninois depuis 2023, c’est moins un manque de volonté politique qu’un sérieux déficit de préparation opérationnelle, car une interdiction douanière ne crée pas magiquement des infrastructures de production. Une étude de l’ADPME publiée en février 2026 rappelle d’ailleurs les urgences absolues du secteur, à savoir la mise en place d’assurances agricoles, la stabilisation du prix des intrants, la construction d’abattoirs modernes et l’application de régulations sanitaires strictes. Autant de chantiers majeurs qui auraient dû précéder l’effet d’annonce de l’année 2023 pour rendre les ambitions tenables.

Le Salon Expo Avicole de Cotonou marque, espérons-le, le passage à une approche plus scientifique et moins politique. Mais en repoussant désormais ses ambitions à l’horizon 2033, le Bénin prend le risque de regarder, de loin, ses voisins africains prendre une longueur d’avance définitive. Le nouveau ministre martèle que le pays peut le faire, et il a raison sur le fond, mais pour faire comme le Gabon et le Maroc, il faut désormais arrêter de décréter et commencer à budgétiser.

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