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Burkina Faso : Pourquoi la Banque mondiale injecte 72 milliards dans la protection sociale

Inter, La Marina BJLe Groupe de la Banque mondiale a validé, le 15 juillet, un nouveau financement de 120 millions de dollars en faveur du Burkina Faso. Baptisé PARPS, ce projet sur temps long prend le relais d’une décennie de filets sociaux. Son défi est d’adapter l’aide d’urgence à la crise des déplacés internes tout en posant les bases d’une autonomisation économique durable.

Au Burkina Faso, l’urgence humanitaire et le développement à long terme doivent désormais avancer du même pas. C’est tout le sens de la décision prise ce 15 juillet 2026 par le Groupe de la Banque mondiale, qui a approuvé un financement de 120 millions de dollars, soit environ 72 milliards de FCFA, pour lancer le Projet d’autonomisation économique des ménages pauvres et vulnérables pour la résilience et la protection sociale adaptative. Ce nouveau programme quinquennal cible directement 120 000 bénéficiaires, avec une priorité absolue accordée aux personnes déplacées internes ainsi qu’aux rapatriés, deux groupes durement éprouvés par la crise sécuritaire qui secoue le pays.

Capitaliser sur dix ans d’acquis

Pour mobiliser cette enveloppe stratégique, l’institution de Washington a combiné deux de ses leviers financiers les plus flexibles. Un premier montant de 100 millions de dollars est alloué sous forme de crédit par l’Association internationale de développement, la filiale de la Banque dédiée aux pays à faible revenu. À cet apport s’ajoute un don de 20 millions de dollars octroyé par le Programme de protection sociale adaptative au Sahel. Cette formule hybride reflète la double vocation du projet, qui vise à maintenir un filet de sécurité pour les plus démunis tout en renforçant la résilience globale des populations face aux chocs climatiques et économiques réguliers dans la bande sahélienne.

Le nouveau projet s’appuie sur les fondations solides posées par son prédécesseur, le projet de filets sociaux Burkina Naong Sa Ya, qui signifie mettre fin à la pauvreté, actif entre 2014 et 2024. Le bilan de cette décennie montre que près de un million trois cent mille bénéficiaires directs issus de deux cent neuf mille ménages répartis dans neuf des treize régions du pays ont reçu une aide sociale. Parmi eux, plus de sept cent soixante-trois mille personnes ont été secourues par des transferts monétaires réactifs aux chocs. De plus, environ 77 % de ces bénéficiaires appartenaient aux 40 % les plus pauvres de la population, ce qui confirme la performance du ciblage par les équipes de la Banque.

Au-delà des indicateurs chiffrés, la période écoulée a permis d’établir un véritable cadre national pour les filets sociaux grâce à l’adoption du Programme national pour l’autonomisation économique des ménages pauvres et vulnérables. Elle a aussi permis de renforcer l’expertise nationale et de mettre en place un centre d’appels dédié au traitement des plaintes des usagers. L’un des grands chantiers actuels sera de moderniser et d’élargir ce registre social national en l’interconnectant avec les bases de données sur l’assurance maladie et le recensement des personnes déplacées, afin de garantir une identification plus précise et sans doublons des populations cibles.

Du « social » pur à l’inclusion productive

Cette intervention s’imbrique étroitement dans la Stratégie nationale de protection sociale 2024-2028 du gouvernement burkinabè et soutient le lancement du Programme d’appui à l’autonomisation économique des ménages pauvres et vulnérables. Elle marque un glissement doctrinal important, passant de l’assistance passive à l’accompagnement actif des ménages. Le projet intègre les instruments clés de la protection sociale adaptative en combinant des filets sociaux réguliers et réactifs aux chocs, des programmes d’inclusion économique, ainsi qu’une forte synergie entre les interventions humanitaires et de développement.

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Sur le terrain, la directrice régionale du pôle Afrique de l’Ouest et du Centre à la Banque mondiale, Trina Haque, insiste sur la nature double, à la fois productive et protectrice, de l’approche. Il ne s’agit plus seulement de distribuer des allocations de subsistance, mais de lier les transferts monétaires à un accès concret aux actifs productifs et financiers. Les priorités opérationnelles mettent l’accent sur le développement des compétences, la sécurité alimentaire, la nutrition et la santé, qui constituent le socle d’emplois plus nombreux et de meilleure qualité. Le projet se concentre également sur l’autonomisation économique des femmes et sur le renforcement des capacités de résistance des ménages face aux dérèglements climatiques.

Un pivot dans un portefeuille de 4 milliards de dollars

Cette approbation survient alors que l’institution consolide massivement son ancrage au Burkina Faso. Au premier semestre 2026, le portefeuille de la Banque dans le pays comptait vingt-six opérations réparties sur quatorze secteurs, pour des engagements globaux s’élevant à 4,13 milliards de dollars, englobant dix-huit projets nationaux et huit projets régionaux. Le représentant résident de la Banque mondiale au Burkina Faso, Hamoud Abdel Wedoud Kamil, souligne que ce projet concrétise l’engagement continu de l’institution à soutenir les efforts gouvernementaux de consolidation du système de protection sociale, en accord avec le cadre de partenariat-pays.

Cette dynamique s’aligne sur le cadre de partenariat national 2026-2031 présenté au Conseil d’administration en avril dernier, qui oriente l’essentiel des interventions vers la santé, l’éducation, l’accès à l’électricité et la productivité agricole. Sur le plan macroéconomique, la croissance du PIB burkinabè est projetée à 6,1 % pour l’année 2026, sous l’hypothèse d’une amélioration continue de la sécurité, d’une pluviométrie favorable et d’une stabilité politique. Cependant, l’institution anticipe une décélération à 5,5 % d’ici 2028. Dans cette configuration économique vigilante, le déploiement rapide de ce nouveau projet se présente comme un amortisseur social indispensable pour stabiliser l’économie locale par la base.

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