Votre portail vers l'information stratégique au Bénin, en Afrique et au-delà
Votre portail vers l'information stratégique au Bénin, en Afrique et au-delà

Ville de Cotonou : que retenir du grand oral de Luc Gnacadja pour faire « changer d’échelle » la capitale économique ?

Décentralisation, La Marina BJFeux tricolores en panne, toilettes publiques, marchés d’arrondissement et refonte du financement local : invité de Bénin TV pendant une heure et sept minutes, le maire de Cotonou, Luc Gnacadja, a présenté en détail mais avec réserve sur sur certaines échéances, son programme municipal « Cotonou 2026-2033 : un pacte de transformation ». Face aux journalistes Marie Léa Yemadjro (SRTB) et Rachida Houssou (Bip Radio), l’édile a défendu une feuille de route ambitieuse, formellement adoptée par le Conseil communal le 26 juin dernier.

Structuré autour de cinq axes et sept leviers stratégiques, ce plan entend propulser la capitale économique béninoise dans une nouvelle dimension. Décryptage des grandes annonces de ce grand oral.

Une mobilité repensée à l’échelle du Grand Nokoué

Sur le dossier sensible des feux tricolores hors service, objet de récriminations régulières de la part des usagers, Luc Gnacadja a tenu à clarifier la méthode adoptée. Pour l’autorité municipale le retard dans le remplacement des équipements ne relève ni d’un manque de budget, ni d’une inertie administrative, mais d’un choix de coordination macro-urbaine : la municipalité a choisi d’intégrer ses actions à un système de gestion centralisé à l’échelle de tout le Grand Nokoué. D’après le maire, ce chantier d’envergure doit démarrer au cours de ce second semestre 2026.

Selon les informations rapportées par notre journaliste contributeur Noé William HOUNKANRIN, l’ambition dépasse la simple signalisation routière. Rattaché au quatrième levier du plan communal (« se réconcilier avec sa mobilité »), le projet de mobilité urbaine durable mise sur le potentiel hydrographique de la région. Le maire a réaffirmé sa volonté de développer une alternative lacustre pour contourner les axes saturés reliant Abomey-Calavi à Cotonou, une liaison par l’eau capable de ramener le temps de trajet à 15 minutes. Le lac fait partie de cette conurbation qui va tout changer, a rappelé Luc Gnacadja, soulignant qu’un tiers des quartiers de Cotonou possède une composante lacustre. À terme, la vision défendue est celle d’une ville marchable et sécurisée, dotée de trottoirs arborés garantissant le confort des déplacements scolaires de proximité.

Vers une montée en gamme des services urbains

Sur le front de la salubrité et du cadre de vie, la municipalité aligne pour la première fois une trajectoire chiffrée concernant les infrastructures sanitaires. Sur les 165 quartiers que compte la commune, 100 sites bénéficieront de l’installation de toilettes publiques au cours de la première phase, soit près des deux tiers du territoire, précise l’autorité municipale. La seconde phase étendra la couverture à l’ensemble des quartiers, certains points stratégiques à forte densité économique en recevant deux. L’accent est mis sur la durabilité et le respect des usagers, le maire insistant sur la nécessité de concevoir des lieux de dignité entretenus au quotidien.

Concernant le commerce de proximité, une distinction nette a été opérée entre les grands marchés dits structurants, à l’instar de Tokplégbé, portés financièrement par l’État central, et les marchés d’arrondissement. C’est sur ces derniers, qualifiés de moteurs de l’économie populaire, que la mairie concentrera ses investissements. Bien que des contraintes techniques liées à l’assainissement ralentissent le démarrage sur certains sites, la construction d’infrastructures de type hangar a été confiée à la Société immobilière d’aménagement urbain. L’objectif sous-jacent est de rationaliser les coûts de sortie afin de garantir des tarifs d’exploitation accessibles aux petits commerçants.

La révolution du financement local

Interrogé sans détour sur l’adéquation entre ses ambitions et les capacités réelles des caisses municipales, Luc Gnacadja a admis que les ressources actuelles demeurent insuffisantes. Il a profité de l’occasion pour lever le voile sur un mécanisme financier méconnu du grand public : les grands travaux d’asphaltage qui transforment les quartiers de Cotonou constituent un préfinancement du gouvernement, que la commune rembourse progressivement sur ses quotes-parts de transferts nationaux.

⚠️ Toute reproduction, même partielle de nos articles, sans mention explicite de la source lamarina.bj est strictement interdite et constitue une violation du droit d'auteur.

Ce modèle de gestion s’inscrit dans une transition institutionnelle majeure. Le Fonds d’appui au développement des communes (FADeC) cède désormais la place au tout nouveau Fonds d’investissement communal (FIC). Luc Gnacadja, qui siège au conseil d’administration du FIC en tant que représentant désigné par l’Association nationale des communes du Bénin, attend beaucoup de ce nouvel instrument : contrairement au mécanisme précédent, ce nouveau fonds, affirme le maire, offrira aux municipalités solvables la capacité de lever directement des fonds sur les marchés financiers.

Pour optimiser ces ressources, le maire prône une refonte managériale interne, engagée dès ses 100 premiers jours de mandat, axée sur une culture du résultat qui impose la mutation de l’administration communale vers des objectifs mesurables, en abandonnant la seule logique de justification des procédures. Il exige par ailleurs des procédures plus agiles afin de réduire les délais administratifs, pointant du doigt la lourdeur des contrôles a priori capables d’étirer l’attribution d’un moindre appel d’offres sur neuf mois et de paralyser la consommation des crédits. Face aux craintes persistantes d’une décentralisation de la corruption, l’édile a rappelé que les communes figurent parmi les structures les plus contrôlées du pays. Sa stratégie repose sur un allègement des verrous en amont, couplé à un renforcement drastique et sans concession des sanctions a posteriori.

Une diplomatie économique au service de la régionalisation

Pour matérialiser son plan d’action, la ville de Cotonou refuse de dépendre des seules subventions étatiques et mise sur sa propre crédibilité économique. En fluidifiant l’environnement des affaires, avec pour objectif de ramener de six mois à six semaines le délai d’installation des entreprises, la municipalité anticipe un doublement, puis un triplement à court terme de ses ressources propres.

Cette quête de partenariats a d’ailleurs conduit le maire à mener des offensives de charme à l’international, notamment à Londres, et à renforcer ses liens de coopération bilatérale, à l’image des récents échanges avec l’ambassadeur des Pays-Bas au Bénin sur les problématiques environnementales. En positionnant Cotonou comme un écosystème fiable et attractif pour les investisseurs, Luc Gnacadja entend faire de sa municipalité le véritable moteur de la politique de régionalisation économique amorcée par le gouvernement pour le département du Littoral. Le ton est donné, pour la capitale économique, la transformation à grande échelle commence dès maintenant.

Restez connectés à l’actualité en temps réel en rejoignant notre chaîne WhatsApp pour ne rien manquer : actus exclusives, alertes, et bien plus encore.

Partager cet article
Lien partageable
Précédent

BRVM : La stabilité de la BOA et de la LNB préserve le pôle béninois du coup de mou du marché régional

Suivant

Face à Anna Bjerde et la Banque Mondiale, comment le commando ministériel de Romuald Wadagni a verrouillé le double arbitrage à 320 millions $

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Lire article suivant