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Face à Anna Bjerde et la Banque Mondiale, comment le commando ministériel de Romuald Wadagni a verrouillé le double arbitrage à 320 millions $

Coopération, La Marina BJL’épilogue de la tournée régionale d’Anna Bjerde à Cotonou s’est soldé par un tour de force budgétaire pour l’exécutif béninois. Derrière le déploiement protocolaire du nouveau Cadre de partenariat pays (2026-2036) doté de 2,6 milliards de dollars, une table ronde restreinte a mis en scène l’ingénierie financière du gouvernement béninois. En alignant chirurgicalement leurs priorités sectorielles sur la trajectoire de la « Vision 2060 », quatre ministres ont acté le déblocage imminent de 320 millions de dollars répartis sur deux infrastructures critiques : l’indépendance énergétique et la sanctuarisation du capital humain.

Le premier dossier clé de cette table ronde a mis en exergue la stratégie offensive du ministre de l’Économie et des Finances, Aristide Médenou, soutenu par son homologue de l’Énergie, de l’Eau et des Mines, Édouard Dahomey. Les deux hommes ont verrouillé une enveloppe de 150 millions de dollars US exclusivement fléchée vers le lancement des travaux de construction du complexe hydroélectrique multifonctionnel Dogo-Bis. Loin d’un simple projet de fourniture de courant, l’équipe gouvernementale avec au premier plan le ministre délégué en charge de la mobilisation des ressources extérieures, Hugues Oscar Lokossou, a défendu un projet à haute rentabilité transversale, conçu comme un moteur de transformation structurelle pour le bassin du fleuve Ouémé.

150 millions $ pour amorcer le grand réveil énergétique

Les projections techniques défendues par l’exécutif béninois face aux équipes d’Anna Bjerde affichent des ambitions macroéconomiques lourdes avec une capacité de production de plus de 120 MW injectés dans le réseau national pour stabiliser l’offre. Cet investissement garantit également une sécurité agro-industrielle majeure grâce à plus de 170 000 hectares de terres agricoles irriguées dans les départements du Plateau, des Collines, du Zou et de l’Ouémé. Enfin, l’impact social se traduira par la génération directe de plus de 180 000 emplois et le désenclavement complet de la zone via l’aménagement de 151,96 km de pistes rurales.

Édouard Dahomey a profité de ce grand oral pour inscrire Dogo-Bis dans la nouvelle doctrine d’indépendance énergétique du pays. Face à la dépendance historique au thermique, le ministre de l’énergie a dévoilé l’accélération du mix renouvelable béninois, annonçant au passage le déploiement imminent du tout premier projet éolien national aux côtés du solaire photovoltaïque. La directrice générale des opérations de la Banque mondiale, Anna Bjerde, a elle-même adoubé la vision technique du tandem en déclarant que des projets comme celui-ci permettraient de garantir l’approvisionnement énergétique pour l’avenir, ce qui est essentiel pour tout le Bénin et plus largement pour le monde entier.

Toutefois, en coulisses, ce financement astreint le gouvernement à une stricte discipline opérationnelle puisque le site intervient en zone humide sensible classée sites Ramsar, ce qui positionne le projet à risque élevé aux yeux de l’institution de Bretton Woods et oblige le gouvernement béninois à se conformer à huit normes environnementales et sociales strictes pour la gestion des réinstallations et de la biodiversité (Lire LMBJ du 30/01/2026).

Le pari Alafia

Le second arbitrage de 170 millions de dollars, baptisé programme Alafia, illustre l’approche purement capitaliste et pragmatique de la gestion sociale du gouvernement du président Romuald Wadagni. Face à la délégation du Groupe de la Banque mondiale, le ministre de la Santé, Benjamin Hounkpatin, est venu avec un constat clinique implacable indiquant que la malnutrition constitue actuellement près de 35 % du fardeau nutritionnel du Bénin.

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Pour inverser la tendance, le gouvernement a refusé le saupoudrage humanitaire classique au profit d’un investissement de productivité à long terme axé sur la théorie des 1 000 premiers jours. L’ingénierie de cet accord repose sur un principe de retour sur investissement sanitaire consistant à garantir l’accès à des suppléments nutritionnels pour les femmes enceintes, les femmes allaitantes et les nourrissons de moins de deux ans. En protégeant le développement cérébral dès le ventre de la mère, l’État sécurise les capacités cognitives de sa future force de travail. C’est ce qu’a rappelé avec force Aristide Médenou à nos confrères de la SRTB en soulignant qu’un enfant mal nourri au cours de cette phase critique hypothèque ses facultés intellectuelles futures, et par extension, la compétitivité économique du pays de demain.

L’ancrage souverain du plan décennal

Au-delà de ces 320 millions de dollars d’engagements directs, la réussite du commando ministériel réside dans sa capacité à avoir dicté les termes du Cadre de partenariat pays pour les exercices 2027-2036. Sous la supervision de Hugues Oscar Lokossou, ministre délégué en charge de la Mobilisation des ressources extérieures, les négociateurs béninois ont obtenu que l’enveloppe globale de 2,6 milliards de dollars de la Banque mondiale, de l’IFC et de la MIGA soit rigoureusement indexée sur la Vision 2060 récemment formalisée par le Chef de l’État Romuald Wadagni.

À l’issue de son audience avec le Président Romuald Wadagni au Palais de la Marina, Anna Bjerde a réaffirmé, au micro de la direction de la communication de la présidence du Bénin, l’engagement de l’institution à accompagner la mise en œuvre de cette vision, avec un accent particulier sur la réduction de l’extrême pauvreté et le soutien au secteur agricole, une formulation diplomatique qui, dans les faits, consacre la capacité de l’exécutif à avoir imposé sa propre grille de priorités à l’un de ses principaux bailleurs. Les interventions couvriront l’ensemble du territoire avec trois lignes de front prioritaires portant sur l’augmentation drastique des rendements agricoles pour sécuriser les revenus des producteurs ruraux, la transformation digitale accélérée et une orientation massive des capitaux vers l’insertion socio-économique et l’emploi des jeunes.

En transformant une visite d’évaluation en une plateforme d’arbitrages financiers fermes, le commando ministériel du président Romuald Wadagni vient de donner le coup d’envoi opérationnel de la transformation structurelle de l’économie béninoise pour la prochaine décennie.

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